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Un élu bloque le Sénat américain avec un discours de près de 13 heures

La tempête de neige n’a pas frappé Washington comme prévu mercredi mais un autre événement a pris le Capitole par surprise: un discours de 12 heures et 52 minutes du sénateur Rand Paul, pour bloquer la confirmation de John Brennan à la tête de la CIA.

Le républicain, héros de la frange libertaire du parti, entendait protester contre le manque de transparence de l’administration de Barack Obama autour du programme secret d’assassinats ciblés par drones, et l’utilisation éventuelle de ceux-ci sur le territoire américain. Le Sénat lui a offert la plus efficace des plateformes. Le règlement permet aux orateurs de garder la parole jusqu’à épuisement, même si les 99 autres sénateurs souhaitent la lui couper. Ici, on ne plaisante pas avec les droits de la minorité. A 11h47 mercredi matin, Rand Paul annonce: “Je me lève aujourd’hui pour commencer l’obstruction de la nomination de John Brennan à la CIA. Je parlerai jusqu’à ce que je ne puisse plus parler”.

Un gros classeur à anneaux posé sur son pupitre, il lit des notes, des articles de Wired.com, des Post-It: un long flot de paroles entrecoupé de réflexions improvisées et forcément répétées. Le marathon verbal fait partie du folklore sénatorial. Le record appartient à Strom Thurmond, qui défendit la ségrégation raciale pendant 24 heures et 18 minutes en 1957. Vers 15h, le sénateur du Texas Ted Cruz le compare avec admiration au personnage fictif de M. Smith, joué par James Stewart dans le film “M. Smith au Sénat” en 1939, et qui a ancré dans la mémoire collective le “filibuster”, le terme de piraterie qui désigne cette obstruction parlementaire.

Après cinq heures de discours, avec tout Washington pendu aux lèvres du sénateur, le chef de la majorité démocrate, Harry Reid, tente un compromis: encore 90 minutes de débat, puis un vote. “J’objecte”, annonce Rand Paul. – On terminera demain”, répond Harry Reid. “Je suis là pour attirer l’attention sur un principe constitutionnel, pour pousser l’administration à admettre publiquement qu’ils ne tueront pas d’Américains qui ne sont pas combattants”, poursuit Rand Paul, dont le coup d’éclat se répercute à la télévision et sur Twitter (#StandWithRand).

Il exige une lettre de Barack Obama confirmant que l’exécutif n’a pas le pouvoir d’ordonner une frappe par drone sur le sol américain contre un Américain “dans un café à San Franciso ou un restaurant à Houston”, sans procès. “Allez-vous, dans le Bureau ovale, passer en revue des fiches avec des photos d’Américains et décider qui va mourir et qui va vivre?” Le matin, le ministre de la Justice Eric Holder a répondu lors d’une audition que des frappes de drones aux Etats-Unis étaient en théorie possibles dans des circonstances “extraordinaires” comme le 11-Septembre. Et l’Américain dans un café ? “Je ne pense pas que ce soit une utilisation appropriée de la force létale”, a-t-il répondu, rechignant à la déclarer anticonstitutionnelle.

Sur Twitter et internet, le sénateur devient un héros des conservateurs pour sa révolte. Une quinzaine de collègues le rejoignent dans l’hémicyle pour lui poser des questions, en fait une façon détournée de lui accorder quelques minutes de répit. Mais Rand Paul s’interdit de boire, et il n’a pas le droit de s’asseoir ou d’aller aux toilettes, au risque de perdre la parole. A 0h39, c’est finalement sa vessie qui le pousse à abandonner. “J’ai découvert qu’il y avait certaines limites à l’obstruction, dont je vais devoir m’occuper dans quelques minutes”.

Applaudissements. Rand Paul aura propulsé le débat sur les drones à la Une. Aux journalistes qui l’attendent dans le Capitole déserté, il dit que la Maison Blanche s’est même engagée à lui répondre jeudi matin, avant de confier : “J’ai mal aux jambes, j’ai mal aux pieds, j’ai mal partout”. Quant à John Brennan, sa confirmation aura lieu au plus tard samedi, ont annoncé les démocrates.

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