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Un Français bouscule la finance mondiale

La perte de 2 milliards de dollars dévoilée jeudi par JPMorgan Chase vient notamment d’un courtier de Londres, Bruno Michel Iksil, qui rejoint Fabrice Tourre et Jérôme Kerviel dans le club des Français qui bousculent les plus grandes banques du monde.

C’est un article du Wall Street Journal le 6 avril qui avait braqué pour la première fois les projecteurs sur ce courtier surnommé “la baleine de Londres” en raison de l’énormité de ses paris, ou plus récemment “Voldemort”, référence au méchant aux immenses pouvoirs de la saga Harry Potter. M. Iksil, rattaché à la division d’investissement en propre de la première banque américaine, JPMorgan, s’était mis à vendre massivement des “credit default swap” (CDS), des contrats destinés à se protéger d’un éventuel défaut de paiement d’une institution.

En cas de faillite de l’organisation concernée, celui qui a vendu le CDS doit verser une certaine somme à l’acheteur, comme une “prime” assurance. L’ampleur des positions de M. Iksil, qui travaille depuis 2007 chez JPMorgan, prenait de court ses confrères de la City. A raison, puisqu’en quelques semaines, ces paris ont mal tourné. Une source proche du dossier a admis vendredi que M. Iksil était à l’origine de ces pertes, “mais pas exclusivement lui”.

C’est donc la troisième fois en quatre ans qu’un courtier français se retrouve montré du doigt, même si cette fois, il n’y a pour l’instant aucune accusation de malversation. Il y a deux ans, c’est Fabrice Tourre, un autre courtier de Londres travaillant pour l’américaine Goldman Sachs qui se retrouvait dans la ligne de mire, accusé d’avoir trompé des investisseurs avant la crise en leur vendant des produits dérivés adossés à du crédit immobilier. A longueur de courriels à sa petit amie, il se surnommait “Fab le Fabuleux”, et ironisait sur “les pauvres petits emprunteurs peu solvables” qui ne “vont pas faire de vieux os”.

Lors d’une audition au Congrès sur l’affaire aux côtés de dirigeants de Goldman Sachs, il avait fait l’unanimité contre lui en omettant de s’excuser. Il avait été jugé “suffisant” et arrogant. Il attend aujourd’hui d’être jugé à New York alors que Goldman Sachs a pour sa part soldé l’affaire pour 550 millions de dollars avec les autorités américaines.

En 2008, c’est un courtier de la Société Générale, Jérôme Kerviel, qui avait failli couler le géant bancaire français, pour avoir accumulé et dissimulé des pertes gigantesques de près de 5 milliards d’euros. Le scandale avait entraîné la chute du patron de la banque de l’époque, Daniel Bouton. Le trader aux faux airs de Tom Cruise a été jugé seul responsable de ce cataclysme en première instance. Il a déposé plainte fin avril contre la Société Générale pour avoir dissimulé des preuves démontrant que la banque avait connaissance de ses activités. La “Soc Gen” a contre-attaqué.

“C’est vrai que beaucoup des pertes bancaires récentes viennent de Londres ou de Paris”, constate Erik Oja, analyste de Standard and Poor’s à New York. Il n’y voit cela dit qu’une coïncidence mais se demande si les licenciements qui ont eu lieu dans les banques sur ces places financières n’ont pas entraîné une diminution du contrôle du risque.

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