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Un Français va passer trois mois dans l’espace

Le décollage de la navette Atlantis, qui devait emmener le spationaute français Léopold Eyharts vers la station spatiale internationale (ISS) pour une mission de trois mois, est à nouveau retardée.

Après quelques problèmes techniques qui ont retardé son départ, initialement prévu jeudi, la navette américaine Atlantis devrait décoller prochainement du centre spatial Kennedy en Floride. Parmi les sept membres d’équipage, le Français Léopold Eyharts et l’Allemand Hans Schlegel vont porter haut les couleurs de l’Europe au cours de cette mission d’au moins onze jours à destination de la station spatiale internationale (ISS), ce gigantesque complexe orbital en voie d’achèvement qui gravite à 350 kilomètres au-dessus de nos têtes.

"Il s’agit d’une étape essentielle pour l’Europe qui, de simple partenaire de l’ISS, va enfin accéder au statut de copropriétaire aux côtés des États-Unis, de la Russie, du Canada et bientôt des Japonais", se félicite Jean-Jacques Dordain, le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA). Atlantis emporte en effet dans sa soute Columbus, le premier laboratoire spatial européen qui doit être fixé dans la nuit de samedi à dimanche à la proue de l’ISS, sur le côté tribord du module Harmony.

Ce grand cylindre argenté de 10,3 tonnes (pour 7 m de long et 4,5 m de diamètre) offrira 75 m³ d’espace vital supplémentaire à l’équipage de la station. Il permettra surtout aux Européens de faire de la science dans l’espace de manière autonome sans devoir recourir, comme par le passé, aux installations américaines ou russes. Contrôlé par l’ESA depuis le centre de l’agence spatiale allemande (DLR) près de Munich, Columbus devrait accueillir pendant dix ans plus de 2000 expériences en microgravité dans des domaines variés.

Premier spationaute à voler depuis Philippe Perrin en juin 2002, Léopold Eyharts séjournera au moins deux mois et demi dans l’ISS, jusqu’au prochain vol de navette qui doit livrer, à la mi-février, les premiers éléments du laboratoire japonais Kibo.

Le Français aura la lourde tâche d’assurer la mise en route de Columbus et l’installation d’une partie de ses dix cases à équipement (ou racks, plus deux plates-formes externes). La moitié de ces racks sera utilisée par les États-Unis, en échange du lancement du module par leur navette Atlantis. De même, l’ESA paiera en nature sa contribution au fonctionnement de l’ISS en livrant du fret au moyen de son vaisseau automatique ATV, dont le premier lancement est prévu début février 2008. D’un coût estimé à 880 millions d’euros, surtout financé par l’Allemagne (41%), l’Italie (23%) et la France (18%), Columbus a failli ne jamais voler. Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis les premières études avec un lancement prévu en 1992, année du cinquième centenaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (d’où le nom de Columbus…). L’abandon par les Américains de leur projet de station Freedom a d’abord failli lui être fatal.

En mars 1996, l’ESA ressort le projet des cartons pour l’ISS et confie sa réalisation à la firme allemande Dasa (aujourd’hui intégrée à EADS-Astrium) qui sous-traite sa construction à l’italien Alenia Spazio. Columbus verra son budget amputé de moitié et son volume réduit des deux tiers… Mais six ans plus tard, il est prêt à être lancé. Manque de chance: l’assemblage de l’ISS a (déjà) pris du retard. Pis: en février 2003, la catastrophe de Columbia et l’interruption des vols de navettes, seuls vaisseaux capables d’emporter une telle charge auprès de la station, le clouent une nouvelle fois au sol. Ce n’est qu’après le vol réussi de Discovery, en juillet 2006, que la Nasa va reprendre les missions de ses trois navettes pour terminer l’assemblage de l’ISS fin 2010. Au final, un peu plus de 8 % des éléments de la station seront "made in Europe".

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