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Un journaliste français parti sur les traces du photographe Robert Frank

En marge de la grande rétrospective de l’œuvre de Robert Frank qui a lieu du 22 septembre au 3 janvier au Metropolitan Museum à New York, Phillipe Séclier, journaliste français, présentera son documentaire An American Journey dès le 30 septembre sur les grands écrans du Film Forum pour une durée d’une semaine.

C’est en 2005, lors de l’exposition « Storylines » de Robert Frank, dans la galerie du Tate Modern de Londres, que Philippe Séclier s’est décidé. « En revoyant ces images, cinquante années après leur publication, j’ai juste senti que c’était le bon moment pour moi de reprendre la route, et de suivre ses traces, » explique le réalisateur. C’est ainsi que le projet a commencé. Reprenant l’itinéraire du photographe, Philippe Séclier est parti, seul, se replonger dans l’histoire de ces lieux et de ces personnages qui ont composé l’ouvrage de Robert Frank. « C’était très important de faire le même voyage, de retrouver les mêmes endroits afin de mieux retrouver l’esprit du livre » raconte-t-il, « je voulais comprendre pourquoi depuis 30 ans il y a une sorte de prise de conscience quant à ce que Robert Frank représente ».

Ancien rédacteur en chef adjoint du Figaro, Philippe Séclier n’en est pas à sa première aventure sur les traces d’un livre. Après avoir publié son premier ouvrage photographique Hotel Puerto en 2001, ce grand passionné du huitième art s’était lancé sur le parcours du poète Pier Paolo Pasolini, en Italie, pour en faire un livre La longue route de sable. Reprenant les textes exacts de l’auteur, il y avait ajouté ses propres clichés, ainsi que d’autres documents inédits. Mais cette fois-ci, c’est le film qu’il a préféré.

Tout comme Robert Frank, qui à l’époque ne disposait que d’un appareil photo discret, Philippe Séclier n’est parti qu’avec une caméra DV, sans trépied, lumière artificielle ou autre matériel. Il nous embarque alors dans une Amérique que l’on connaît peu et qui en cinquante années a beaucoup évolué. Faisant le rapprochement entre les images tournées et les photos de Robert Frank, il juxtapose les deux époques et met en évidence la modernité dont faisait preuve le livre The Americans. Racisme, clivage riches/pauvres, drogue… Autant de thèmes qui sont toujours d’actualité et qui préoccupait déjà Robert Frank en 1955.

En partant de la première maquette du livre entreposée à Houston, puis en passant par les archives du National Gallery of Art à Washington, et au fil des rencontres de témoins comme d’experts, Philippe Séclier explique à sa manière pourquoi il y eut un avant et un après The Americans. Prenant des plans parfois flous, sous-exposés ou même désaxés, Philippe Séclier cherche à troubler : « Tout ce qu’il a montré, on peut le voir maintenant et j’ai choisi de filmer cette intemporalité, de semer le doute dans la tête du public pour l’imprégner de cet univers, celui du livre, celui de la solitude, de l’artiste errant. J’ai joué sur le grain et la façon de capturer les images, tout en conservant les couleurs pour ne pas prêter dans la confusion ».

Après 15 000 miles parcourus, 70 heures d’enregistrements, et 4 années de travail, de recherches et de voyage, Philippe Séclier se déclare fort d’une expérience humaine d’ampleur, comme ce fut le cas de celui dont il a suivi les pas, et livre un regard sensible sur le travail du « génie » et de « l’avant-gardiste » qu’était déjà Robert Frank il y a cinquante ans.

Quant à la suite, l’homme de 50 ans se permet d’être un peu évasif : « je vais souffler un peu, » confie-t-il dans un sourire, « pour l’instant je suis juste heureux de pouvoir montrer ce film ». Prochaine étape, le 13 octobre en Floride.

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