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Un marché à la française au cœur de Chicago

En douze ans, sur la côte Est et dans le Midwest, les French Market de Bensidoun USA se sont imposés comme des rendez-vous saisonniers et populaires qui ont dynamisé les Main Streets de villes rurales ou de banlieue. Sébastien Bensidoun inaugure aujourd’hui son premier marché couvert dans la gare Ogilvie de Chicago avec vingt-sept commerçants présents à l’année.

Il est neuf heures du matin sur l’aire de parking de la mairie White Plains dans l’État de New York et Sébastien Bensidoun, en tournée, jette un coup d’œil sur la qualité des fruits et légumes, vérifie les prix et sert des mains. Ceux des vendeurs bien sûr qui chaque semaine pendant la belle saison viennent poser leurs étals et leurs marchandises sur cette petite place piétonne – jusqu’à 16 heures – mais également ceux des clients qui viennent faire leurs courses. Comme le maire, Joseph Delfino, par exemple, en route pour son bureau. Ils viennent saluer celui qui, ici comme dans une quinzaine de municipalités, a mis le jour de marché au calendrier.
Car en important aux États-Unis le concept de marché à la française, Sébastien Bensidoun, n’a pas seulement su accompagner le changement des habitudes alimentaires des Américains, il est surtout devenu un partenaire-clé dans la revitalisation des centres villes. Un rôle qu’il endosse visiblement avec plaisir, d’autant que le lancement du premier French Market à Wheaton dans l’Illinois rencontra, il y a douze ans, un succès mitigé. « On avait prospecté sept huit villes dans la banlieue de Chicago et Wheaton était très motivé, mais le marché ne décollait pas et les autres projets ne se développaient pas », se souvient Sébastien Bensidoun. « Mon père pensait à l’époque que les Américains n’étaient pas encore prêts à se rendre au marché pour choisir leurs aliments et cuisiner à la maison », ajoute-t-il. Jusqu’à une émission de télé leur étant consacré et diffusée à heure de grande écoute en 2000 sur la chaîne locale WGN News, qui transforme le demi-échec en coup de génie : « Tout à coup nous étions demandés partout. » Aujourd’hui 3 000 à 4 000 personnes font leur marché à Wheaton, et les habitués ne repartent jamais sans scones – petits pains ronds – dans leur panier.
Ce développement fait écho à la multiplication des farmers markets constatée ces dernières années à travers les États-Unis. Le département de l’Agriculture (USDA) en recense 5274, soit une augmentation de 13 % par rapport à l’an dernier. « Dans certains cas, explique Sebastien Bensidoun, nous prenons en fait la succession de farmers markets, en proposant aux fermiers de continuer avec nous s’ils le désirent. » Des fromagers, pâtissiers, fleuristes, joailliers et autres artisans viennent compléter le paysage.

Un plus pour l’économie locale

À Niles, 12 000 habitants, dans le Michigan où Lisa Croteau, la dynamique Program manager du Main Street Project a fait le siège des Bensidoun jusqu’à ce qu’ils acceptent de l’aider à monter une franchise. « Nous étions en train de concevoir un projet de renaissance de notre centre ville », explique Lisa Croteau. Et parce que nous sommes dans une région très rurale avec beaucoup d’agriculteurs, les farmers markets étaient trop nombreux et offraient peu de choix. Depuis sa première saison notre French Market s’est imposé dans la région comme une destination. La fréquentation pendant les jours d’été peut atteindre 1200 personnes », estime-t-elle. « Et cela a fait un bien fou au commerce local. »
La famille Bensidoun gère des marchés depuis quatre genérations, dont une vingtaine sur Paris, des marchés alimentaires principalement comme le marché bio de Raspail qui tous les dimanches attirent le who’s who de la capitale mais également les puces de Montreuil et de Vanves où des dealers japonais et américains cherchent les bonnes affaires.
Sébastien, comme son frère Pascal – qui fait partie du comité de jumelage Paris-Chicago – a appris le métier « à la dure » , sur le terrain – du montage des bâches à l’enlèvement des poubelles en passant par le placement des stands. C’est lui qui a initié la conquête de l’Amérique. « Je suis tombé amoureux très jeune des États-Unis, explique-t-il. « Dans des circonstances un peu particulières, puisque je m’y rendais pour des raisons de santé. Mais je n’arrêtais pas de dire à mon père que je voulais y tenter ma chance. »
Au début, le cadet des Bensidoun raconte volontiers qu’il fut obligé de prendre son bâton de pélerin pour aller faire le tour des chambres de commerce ou frapper aux portes de magazins français, italiens ou américains pour les convaincre de participer à ces French Markets. « Aujourd’hui c’est moi qu’on contacte », plaisante-t-il.
Les vendeurs sélectionnés s’acquittent d’un droit auprès de Bensidoun USA – qui loue l’espace aux municipalités. Ils ne sont pas sous contrat mais sont soumis à un règlement : arriver à l’heure, respecter l’espace alloué, amener des marchandises de qualité et observer des prix justes. « C’est la réputation du marché qui est en jeu. Mais en douze ans on a vraiment eu qu’un seul vendeur exclu. »

La gare de Chicago, un emplacement stratégique

Pour le chef pâtissier Dimitri Fayard, propriétaire de Vanille, à Chicago, les French Markets représentent « un très bon retour sur investissement car il y a peu de frais de mise en place et les clients reviennent sur le stand chaque semaine. »
Vanille fera partie de la trentaine d’enseignes présentes à l’année sur l’emplacement stratégique marché couvert de la gare d’Ogilvie où transitent 110 000 passagers tous les jours, et à proximité duquel travaille en semaine environ 412 000 employés. MetraMarket, le projet d’aménagement de la gare dévéloppée par US Equities – est devenu réalité après sept longues annés de réflexion et de financement. Bensidoun USA gère aussi les autres boutiques du hall mais le French Market de 1450 m² en sera la principale attraction. Lorsqu’on évoque le marché couvert de Manhattan à titre de comparaison, il saute sur l’occasion pour préciser que justement le Grand Central Market est l’antithèse de son projet : « Nous voulons que les gens aient le choix avec de la qualité et des prix raisonnables. C’est pourquoi aussi ils se retrouvent parfois en concurrence. Ce qui m’intéresse, c’est le brassage. Surtout pas de se retrouver dans un marché à moité vide avec des produits de qualité certes mais inabordables. »
Bensidoun USA croule aujourd’hui sous les demandes de villes de Californie ou Floride mais Sébastien qui passe déjà beaucoup de temps dans l’avion, loin de France et de ses deux petites filles, Ava et Levana, n’est pas encore prêt à ajouter des miles supplémentaires à sa carte de Frequent Flyer, ni de déléguer à une telle distance. D’autant qu’il suit maintenant de près un projet du premier French Market sur Manhattan, qui devrait voir le jour au printemps.

Infos pratiques :

Chicago French Market, 131 N. Clinton
Ouvert de 7 h 30 à 19 h 30 du lundi au vendredi et de 8 h 30 à 18 h le samedi.
Le parking e

st situé dans le MetraMarket complex, près de l’entrée principale. Le parking est gratuit pendant une heure à partir de 20 dollars d’achat.

La liste des commerces sur le marché couvert de Chicago et les horaires :
www.frenchmarketchicago.com

www.bensidounusa.com

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