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Un père anglophone et son fils unis par le français

À Louisville, dans le Kentucky, James Natsis, un Américain d’origine grecque, a décidé de ne parler qu’en français à son fils de trois ans et demi pour lui permettre de devenir bilingue. Portrait d’un fervent défenseur de la langue de Molière.

Il parle de son « épiphanie » dans un français impeccable, légèrement teinté d’un mélange d’accent américain et d’intonations d’Afrique de l’Ouest. Rien ne prédestinait James Natsis, un Américain d’origine grecque de 50 ans habitant Louisville dans le Kentucky, à parler le français. Et encore moins à ne communiquer que dans la langue de Molière avec son fils Ashton, trois ans et demi. « Ma femme est américaine et quand elle était enceinte, je lui ai dit que je ne parlerai à notre fils qu’en français », explique-t-il. « Comme nous n’avons pas accès à des programmes d’immersion en français dans les écoles de Louisville, je suis le seul contact qu’Ashton ait dans cette langue ».

Les racines de l’intérêt de James Natsis pour le bilinguisme sont ancrées dans son enfance à St. Louis dans le Missouri. « Mon père est né en Grèce, ma mère aux États-Unis mais de parents grecs », raconte-t-il. « Ils nous parlaient en anglais et nous avons boudé le grec, car nous avons grandi dans un quartier complètement anglophone. Nous avions même honte de parler le grec. »

James Natsis avait fait un peu de français à l’école, mais il dit avoir véritablement découvert cette langue en 1982, lors d’un voyage en Europe. « C’est une épiphanie », glisse-t-il. « À l’époque, je voyageais avec mon cousin. Nous avions visité en train la Belgique wallonne, l’Allemagne, la Suisse, le village natal de mon père en Grèce, l’Italie. En arrivant à la frontière française, nous avons dû changer de train. Je me suis retrouvé dans le wagon-restaurant avec un femme qui m’a dit « Pardonnez-moi monsieur, s’il vous plaît ». Je connaissais ces mots et y ai repensé pendant la semaine que nous avons passée en France. »

Depuis ce jour-là, le français n’a littéralement plus quitté James Natsis. De retour aux États-Unis, il a décidé de prendre des cours de français, puis s’est rendu au Québec ainsi que dans des pays d’Afrique de l’Ouest. « Quand je voyageais en Amérique du Sud par exemple, je passais toujours par les Alliances Françaises », poursuit-il. « Je rencontrais régulièrement des gens qui parlaient français et cette langue m’a beaucoup servi. »

Père et fils ne conversent aujourd’hui qu’en français. « Pour que cela marche et qu’Ashton apprenne le français, il faut que je lui parle exclusivement dans cette langue » , explique Jim Natsis.  Ce dernier a d’ailleurs pris les choses en main pour promouvoir la langue de Molière à Louisville et y constituer un réseau francophone. En juillet 2008, il a lancé l’Association francophone du Kentucky. Le directeur des affaires internationales de l’Université étatique de Virginie occidentale, travaille également avec les différentes communautés francophones de sa ville, dont les Haïtiens, les Sénégalais et Congolais. « C’est le visage changeant de la francophonie aux États-Unis », précise James Natsis. « Et souvent, le français se perd dans ces communautés, car il ne s’enseigne plus. » 

Plusieurs initiatives ont été lancées à Louisville. Une station de radio, Radio Bonheur, émet pour les ressortissants haïtiens du Kentucky. L’Alliance Française a mis sur pied « Les petits amis », un programme en français chaque samedi pour les 3-4 ans. James Natsis reconnaît les difficultés qu’il a eues pour intéresser les plus grands au programme d’appui scolaire en français qu’il a essayé de mettre sur pied dans l’école publique de Louisville dirigée par sa femme. « Si nous avions proposé des cours de volley-ball, cela aurait marché », glisse-t-il. « Mais l’enseignement d’une langue étrangère est plus compliqué. »

Ashton grandit et James Natsis va rapidement être confronté à l’absence d’infrastructure scolaire en français pour son fils. Dans sa « stratégie » pour transmettre à Ashton la langue qui le passionne, les DVD jouent un rôle central. « Nous regardons le film Madagascar ou la série Scoubidou en français », dit-il. « Il faut que je sois têtu et essaie de parler autant que possible à mon fils en français. (…) Quand tu ne nais pas dans un environnement multilingue, il faut le créer ». James Natsis affirme espérer pouvoir convaincre son fils des bienfaits du bilinguisme. Et si Ashton décidait de « faire de la résistance » en parlant à son père en anglais ? « Je suis plus grand et plus fort  », répond James Natsis en riant. « S’il veut se “faciliter la vie”, le meilleur moyen sera de me parler français ! »

Infos pratiques

Association francophone de Kentucky
www.francophoneky.com

Radio Bonheur
www.radiobonheur.net

Alliance Francaise de Louisville
www.aflouisville.org

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