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Un Pissarro volé remis à la France

Trente ans après avoir été volé au musée Faure d’Aix-les-Bains, Le marché aux Poissons, un tableau de Camille Pissarro va enfin retourner en Savoie. Le 25 janvier 2012, lors d’une cérémonie organisée au musée Kreeger de Washington, les agents des douanes américaines, qui ont récupéré l’œuvre en 2003 à New York, ont officiellement remis le tableau à François Delattre, l’ambassadeur français.

S’il ne paye pas de mine, ce petit monotype (œuvre obtenue à partir du pressage unique d’un support peint) de 20 cm sur 15, n’en a pas moins été estimé à 62 000 euros. Plus connu pour ses peintures, Pissarro, n’avait réalisé que 24 monotypes, dont seulement 12 en couleurs comme Le marché aux poissons.

C’est en novembre 1981, que le Pissarro a été dérobé  – en même temps qu’un tableau de Renoir qui, lui, n’a toujours pas refait surface – au musée Faure. « Jaqueline Rivolet, une employée du musée a aperçu deux toiles dépasser du manteau d’un visiteur, a raconté John Morton, le directeur des douanes américaines lors de la cérémonie, elle l’a poursuivi mais le voleur a réussi à s’échapper. »

Le marché aux poissons traverse ensuite l’Atlantique et aurait été vendu à une galerie texane, à San Antonio en 1984. Croyant avoir une simple copie en sa possession ou soucieux de se débarrasser du fruit d’un recel, le directeur de la galerie aurait cédé le tableau peu de temps après à sa secrétaire pour 8 500 dollars. Celle-ci le fait expertiser, et, pas désintéressée, décide à son tour de vendre le Pissarro.

Happy ending

Mis aux enchères chez Sotheby’s en 2003, le monotype, qui figure dans l’Art Loss Register (le registre des œuvres d’art perdues), est rapidement repéré par la maison new-yorkaise. Interpol est prévenu et demande aux services américains des douanes d’intervenir. La proposition de rachat pour 4 750 euros de la part du musée Faure restant lettre morte, une longue procédure judiciaire est lancée. Après un jugement où l’employée du musée sera invitée à témoigner à New York en 2009, puis un appel confirmant la décision en 2011, la secrétaire se voit forcée de rendre le tableau. L’ayant acquis légalement, elle ne sera toutefois pas condamnée par la justice américaine. Prescription oblige, le voleur présumé ne le sera pas plus par les tribunaux français.

Mais l’essentiel n’est pas là, rappelle John Morton : « Nous ne nous occupons pas simplement de vols, nous voulons aussi protéger l’héritage culturel des autres pays ». De son côté, l’ambassadeur François Delattre s’est félicité du « happy ending » qui a conclu la traque du Marché aux poissons. Un heureux dénouement qui n’est pas une première puisqu’en 2011, les douanes américaines avaient déjà rendu deux tableaux aux musées français, Les Blanchisseuses souffrant des dents d’Edgar Degas, volé au Havre en 1973, et la Fille de pêcheur de Jules Breton, volé en 1918 à Douai par l’armée allemande.

Remis à l’ambassadeur français, Le marché aux poissons devrait rapidement effectuer son retour en Savoie via la valise diplomatique et reprendre place au milieu des autres Pissarro du musée Faure qui attend malheureusement toujours son Renoir.

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