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Un regard français sur le festival du film de Chicago

Denis Dercourt, le réalisateur de Demain dès l’aube est le seul Français présent dans le jury du 46e festival international de Chicago. Habitué de ce rendez-vous, où il a présenté plusieurs films, il espère une grande diversité dans la sélection des longs-métrages pour aiguiser son oeil de cinéaste.

Pourquoi avez-vous accepté cette année de faire partie du jury de ce 46e Festival du film international de Chicago ?

J’ai déjà présenté plusieurs de mes films à ce festival, dont les deux derniers La Tourneuse de pages et Demain dès l’aube mais aussi mon tout premier long-métrage Le déménagement. Dès le début de ma carrière, il y avait donc une forte connexion avec ce rendez-vous. Alors, quand on devient un habitué de la « maison », il est d’usage de passer de « l’autre côté ». On me propose souvent de faire partie de  jury.  La plupart du temps, je décline car je travaille ou je préfère rester avec ma famille, mais là c’était différent. Il y a une atmosphère incroyable ici.

Dix-neuf longs-métrages qui portent les couleurs tricolores sont au programme cette année. Comment expliquez-vous cette si grande représentation du cinéma français dans ce festival?

La plupart des grands festivals internationaux ont une histoire particulière avec la France. Déjà, nous avons le plus grand festival au monde, Cannes, qui irrigue les festivals du monde entier. La production ou la co-production françaises sont également très riches car il existe dans notre pays une importante aide à la création cinématographique.  La France est  aussi le pays du film d’art et d’essai. Il faudrait cependant qu’à chaque fois la qualité soit au rendez-vous, ce qui n’est pas forcément toujours le cas.

Avez-vous vu des films ratés depuis le début de cette 46e édition?

Non, ce n’est pas ce que je veux dire. Les festivals sont faits pour exprimer la variété de ce qui existe dans le cinéma, mais parfois on est face à des tentatives qui ne sont pas abouties. C’est intéressant de voir ce travail, mais il n’est pas possible d’avoir 19 chefs-d’œuvre au final. Le danger du cinéma français c’est que les réalisateurs se complaisent dans une position trop favorable. Dans les pays où il est plus difficile voire dangereux de faire un film, la qualité s’en ressent.

Est-ce qu’en tant que membre du jury français, vous avez des attentes particulières ?

La position du Français est toujours un peu spéciale. Dans nos salles obscures, nous accueillons beaucoup de films étrangers et la notion de pluralité est assez importante. Notre cinéma porte beaucoup sur la société, les relations humaines et sociales. Ce n’est pas un cinéma de grands espaces, mais plutôt urbain et qui parle beaucoup. En discutant avec les autres membres du jury, je me suis aperçu que nos critères sont néanmoins sensiblement les mêmes. Il faudra ensuite faire la part des choses avec ce qu’attend le public. Les spectateurs ici sont souvent très avertis et cultivés. Ils viennent pour voir des films différents de ce qui se fait aux États-Unis, où il n’y a pas vraiment de films d’art et d’essai mais plutôt des grosses productions.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Je vis désormais à Berlin, et je vais peut-être faire un film en allemand. Mais faire partie d’un jury international où l’on peut voit des propositions cinématographiques du monde entier me conforte dans l’idée de vivre à l’étranger pour enrichir ma propre façon de faire du cinéma. On ne dilue pas son identité, mais, au contraire, on la conforte. Souvent en réunion avec les autres membres du jury, on parle plus des films en fonction de leur pays d’origine qu’en les nommant par leur titre.  Je ne m’étais pas rendu compte à quel point un film peut avoir un caractère national.

Infos pratiques:

46e Festival international du film de Chicago, du 7 au 21 octobre, AMC East 221, 322 E. Illinois Street à Chicago.

www.chicagofilmfestival.com

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