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Un tour de l’Amérique du Nord à la voile pour sensibiliser aux conséquences du réchauffement climatique

Olivier Pitras, premier skipper à avoir traversé l’océan Arctique à la voile, en 1999, par le passage du Nord-Ouest, retente l’aventure polaire à bord du Southern Star, pour informer le public sur les conséquences du réchauffement climatique. À San Francisco, l’une des étapes du parcours, rencontre avec un amoureux de la nature et des océans.

Olivier Pitras nous accueille « chez lui », dans la cabine principale du Southern Star, un beau dériveur de 24 mètres de long, spécialement conçu pour la navigation arctique. Une partie de l’équipage est sortie visiter San Francisco, mais Olivier Pitras est resté à bord pour organiser la semaine d’escale. Au programme de cette étape californienne, les énergies alternatives.

Vous avez choisi de faire ce tour de l’Amérique du Nord pour parler du réchauffement climatique. Que faites-vous concrètement au cours du voyage pour abordez ce thème ?

Nous menons trois types d’actions : nous sommes en train de réaliser un documentaire pour sensibiliser le grand public aux thématiques de l’environnement. Le premier épisode est déjà sorti et suit notre voyage depuis notre départ de Norvège en mai 2008 jusqu’au Groenland. Six épisodes sont prévus en tout et le premier a déjà été racheté par de nombreuses chaînes étrangères. Nous avons un caméraman en permanence à bord du bateau et le réalisateur Thierry Robert nous rejoint de temps en temps au moment des escales. Nous menons également un travail de recherche en partenariat avec le département chimie de l’IUT de Marseille et réalisons enfin une enquête de terrain où nous interrogeons des autochtones. De Nuuk (la capitale du Groenland) jusqu’à Point Barrow (au nord-ouest du Canada), nous avons rencontré de nombreux Inuits.

Presque dix ans après avoir traversé l’Arctique par le passage du Nord-Ouest (passage maritime qui relie l’Atlantique au Pacifique par le nord, entre les îles arctiques du Grand Nord canadien), avez-vous pu constater des signes du réchauffement climatique ?
Oui, les différences sont hallucinantes : il y a neuf ans, par exemple, la glace était très dense entre Gioa Haven (ville sur une île au nord-est du Canada) et Point Barrow (nord-ouest du Canada). Cette fois-ci, il n’y avait presque pas de glace entre les deux villes. Je ne prétends pas que cette seule différence de glaciation est un signe suffisant du changement climatique, mais les interviews menées avec les Inuits nous ont permis de confirmer ce constat. En dix ans, le peuple inuit a vu de nouvelles espèces animales apparaître : les chauves souris, par exemple, qui peuvent désormais survivre dans cette région. Les Inuits nous ont également parlé du problème de l’érosion côtière et de la fonte des glaces de plus en plus rapides.

Qu’est ce qu’un navigateur peut apporter de nouveau sur le thème du réchauffement climatique ?

Pendant l’année, je fais de l’éco-tourisme au nord de la Norvège et j’ai constaté que les gens sont avides de découvrir la nature et les thématiques de l’environnement par le biais de la navigation. Je suis donc conscient de l’incidence qu’un navigateur peut avoir pour toucher le grand public ; les expéditions en mer font rêver les gens. Ce voyage est donc un très bon vecteur de communication. Par exemple, un professeur d’histoire-géographie de Bordeaux suit notre expédition, semaine par semaine, et s’en sert comme outil pédagogique pour ses élèves. C’est beaucoup plus vivant d’enseigner les climats et l’influence de l’homme sur les climats à partir d’images et de témoignages d’Inuits !

De Vancouver à New York (l’expédition passe par le Mexique et le golfe de Panama), vos escales seront désormais plus urbaines que lors de la première partie de votre expédition. Que faites-vous lorsque vous vous arrêtez dans une ville telle que San Francisco.

Dans les grandes villes, nous organisons des conférences avec des centres de recherche. Nous essayons également de rencontrer des personnes qui ont mis en place des initiatives en faveur de l’environnement. À San Francisco par exemple, nous allons rencontrer un ingénieur qui a créé l’équivalent des éoliennes mais au niveau individuel. Ce sont des turbines à vent personnelles. À Vancouver, le village olympique a été conçu de manière à dépenser le moins d’énergie possible : ils vont récupérer la chaleur des égoûts pour alimenter plus de 70 % du village.

Que pensez-vous du Grenelle de l’environnement ?
Je trouve que c’est assez tiède et que c’est surtout de la démagogie de la part du gouvernement. Il y a quand même des initiatives en France, mais cela n’avance jamais aussi vite qu’on le voudrait. Les créateurs du village olympique à Vancouver sont allés à Paris pour étudier le système des vélibs. La France a donc parfois de bonnes idées en matière d’environnement !

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