Subscribe

Unanimité autour du plan européen sur la dette

Le plan annoncé à Bruxelles pour enrayer la crise de la dette en Europe, qui a aussitôt galvanisé les Bourses, a été salué avec des nuances comme un pas dans la bonne direction par les grands partenaires de la zone euro tels la Chine, le Japon et la Russie.

Les banques, les premières concernées car elles vont renoncer à 50% de leurs créances à l’égard de la Grèce, ont salué le plan et indiqué vouloir travailler avec Athènes, tout en enjoignant les gouvernements à continuer à faire pression. L’accord obtenu jeudi au forceps devrait “soutenir la confiance des marchés” et insuffler une “nouvelle vitalité” à l’intégration européenne, a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mme Jiang Yu, saluant le “consensus européen”. Le président chinois Hu Jintao a pour sa part espéré que cet accord “aiderait à stabiliser les marchés financiers”, dans un entretien téléphonique jeudi avec son homologue français Nicolas Sarkozy, a rapporté la chaîne de télévision CCTV. L’UE est le premier partenaire commercial de la Chine et aussi le premier débouché pour ses exportations.

Selon des diplomates européens, la Chine serait prête à abonder le Fonds européen de stabilité financière (FESF), que la zone euro entend faire passer de 440 milliards à 1.000 milliards d’euros, mais aucune information officielle chinoise n’est pour l’instant venue confirmer cette information. Le Japon a été plus précis sur ses intentions. Le ministre des Finances, Jun Azumi, a promis que son pays prendrait “les mesures nécessaires” pour aider l’Europe. Depuis le début de l’année, le Japon a investi 2,68 milliards d’euros, soit 20% du montant total des emprunts émis par le FESF.

Le Japon, deuxième plus important détenteur mondial de devises, après la Chine, s’inquiète de l’appréciation de sa monnaie, le yen, que provoque la crise de l’euro. La Russie, elle, a assorti sa satisfaction de doutes apparents sur le caractère définitif et suffisant des mesures prises par les Européens et souligné que l’aide des pays émergents ne serait pas inconditionnelle.

Loin de l’enthousiasme du ministre français de l’Economie, François Baroin, qui a estimé que l’accord des 17 pays de la zone euro avait “sauvé” la monnaie européenne, le conseiller économique du Kremlin, Arkadi Dvorkovitch, n’a jugé, lui, que “suffisant pour le moment” le compromis obtenu. M. Dvorkovitch a par ailleurs répété que la Russie était prête à soutenir la zone euro dans le cadre du Fonds monétaire international (FMI), soulignant que la position russe était “coordonnée” avec les autres pays Brics (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud). Mais, a-t-il averti une augmentation des contributions de ces pays au FMI devait passer par un “renforcement de leur rôle” au sein de cette institution encore dominée par les puissances occidentales.

Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, voit dans l’accord “une étape importante”, qui permettra de “gagner du temps”. Mais les dirigeants de la zone euro ont encore à prendre des décisions difficiles, a-t-il insisté. La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a salué, elle, sans restriction les “progrès substantiels”, félicitant les dirigeants de la zone euro d’avoir mis sur pied “un programme qui va répondre à la crise dans la région”. Confirmant qu’elle allait donc “recommander au conseil d’administration du FMI le versement de la prochaine tranche de prêt” à la Grèce, elle a cependant insisté sur l’application “des réformes économiques acceptées”. Et, a-t-elle averti, “il va être important de détailler davantage les modalités de fonctionnement du FESF amélioré”.

Autre “important pas en avant” selon l’ex-ministre française des Finances, la décision de recapitaliser les banques, pour un montant de 106 milliards d’euros, selon un document publié par l’Autorité bancaire européenne (EBA). Or les marchés estiment que les besoins globaux en Europe sont nettement supérieurs et le FMI a lui-même parlé de 200 milliards d’euros. La Fédération allemande des banques privées (BdB), qui a souligné “leur contribution essentielle” au succès du double sommet européen, a enjoint les gouvernements à “continuer de faire pression” sur la Grèce et les autres pays en crise pour qu’ils se réforment. L’Institut de la finance internationale (IIF), représentant des banques, a affirmé sa volonté de “travailler avec la Grèce”. “Au nom du secteur privé, l’IIF est d’accord pour travailler avec la Grèce, les autorités de la zone euro et le FMI pour développer un accord volontaire et concret sur la base ferme d’une réduction de 50% de la dette nationale grecque détenue par les investisseurs privés”, a indiqué dans un communiqué Charles Dallara, directeur de l’Institut.

Le ministre britannique des Finances, George Osborne, a souligné que le Royaume-Uni, étant hors de la zone euro, n’allait pas directement contribuer au plan de sauvetage. “Si des pays comme la Chine (…) veulent contribuer, très bien, mais la Grande-Bretagne a un déficit et les contribuables britanniques doivent payer pour les banques britanniques”, a-t-il ajouté.

La perspective d’une contribution éventuelle de la Chine n’est en revanche pas du goût de partisans d’une Europe fédérale comme l’eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit pour qui c’est “une mauvaise solution, politiquement dangereuse”.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related