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Une cinéaste française aux sources du cinéma indépendant américain

Le documentaire Blank City de Céline Dahnier offre une plongée vers les origines du cinéma indépendant américain par une jeune réalisatrice française partie à la rencontre de voix new-yorkaises éclectiques et, pour certaines, disparues.

On pouvait difficilement rêver mieux que le tremplin du cinéma indépendant new-yorkais, le festival de Tribeca, pour lancer le documentaire de Céline Danhier, Blank City. Le film, qui relate la naissance du cinéma indé américain, était projeté à quelques pas du quartier qui l’a vu naître et qu’il a en retour, façonné.

Stranger than paradise, de Jim Jarmusch (1984).

C’était il y a plus de trente ans, des jeunes gens bohèmes avaient investi les espaces urbains disponibles (lofts, galeries, cinémas) de l’East Village et du Lower East Side, refuge des marginaux échappés de la suburb américaine. Jim Jarmusch y logeait dans un loft pour 160 dollars par mois. Blank City revient sur les premiers pas de ces cinéastes mondialement connus, oubliés ou restés confidentiels. Céline Danhier, installée à New York depuis deux ans, examine dans le film le microcosme artistique et pluridisciplinaire qui a nourri pendant une décennie cette scène artistique de downtown, hors de l’industrie hollywoodienne et bien avant les films que l’on peut voir aujourd’hui à Sundance.

Une première œuvre réussie pour la jeune Française, venue à New York « fascinée par la ville », pour réaliser ce documentaire. La cinéaste, ancienne étudiante en droit à la Sorbonne, précise qu’elle a terminé le montage du film trois jours avant le festival. Elle s’est intéressée à ces films peu visibles, quoique fondateurs, qu’elle avait pu découvrir au Centre Pompidou, à Paris, ou à Kim’s Video à New York. « Je n’avais pas fait d’école de cinéma, pas d’argent ni de contacts », se souvient-elle. « J’ai envoyé des emails et les gens ont accepté de participer, tout le monde m’a aidé ».

Le film revisite ainsi les années 70 (et leur crédo sexe, drogues et rock’n roll) comme coïncidant avec l’émergence de cinéastes, d’abord amateurs, qui tournent avec des caméras 8 ou 16mm, à peu de frais, souvent dans la rue. Des tournages sauvages, des acteurs non professionnels : cette vague expérimentale qui succède aux films de Warhol ou aux débuts de Martin Scorsese, se poursuivra jusque dans les années 1980. Ce mouvement correspond également à l’avènement de courants picturaux et musicaux : c’est au même moment que naît le punk-rock, d’où un certain nombre de films sur le rock « montés sous speed ». Blank City permet notamment, à travers des images d’archives et de nombreux extraits, de redécouvrir des bijoux peu connus du grand public, les films de Jack Smith, Richard Kerne, Nick Zedde, James Nares, Beth B ou encore Bette Gordon. Des musiciens comme Debbie Harry (de Blondie), le peintre Jean-Michel Basquiat, le musicien et acteur John Lurie (Stranger than paradise), ou encore l’acteur Steve Buscemi y jouent en rôle décisif. Les voix de l’époque (celles qui ont survécu au tumulte), interrrogées dans le documentaire, se remémorent la crise économique, le chaos social, la jungle urbaine new-yorkaise et témoignent unanimement d’une liberté formelle, et de ton.

Le cinéaste Amos Poe apparaît comme l’inspirateur du mouvement, sans en être le chef de file, avec son remake punk de À bout de souffle, le film de Godard fondateur de la Nouvelle Vague. Avec l’émergence de ces jeunes talents, New York sort enfin de l’ombre et coupe le cordon qui le reliait au cinéma français pour trouver sa voix propre. À la Nouvelle Vague française succède ainsi la No Wave américaine, sa culture de rue et sa provocation. Dans les dernières années, celle-ci finira par sortir de l’East Village pour gagner en visibilité et en prestige (et signer, finalement son éclatement). L’arrivée de la celebrity culture, des yuppies de Wall Street et du sida conduisent à la fin de cette époque. « En fait, New York a toujours eu un rapport au commerce et au vol, » explique finalement Jim Jarmusch dans le film, qui se termine juste avant la débâcle consumériste des années 90, avec les effets que l’on connaît.

Infos pratiques :

Blank City, de Céline Danhier.

Tribeca Film Festival, vendredi 1er mai, 18h00. Tickets.

 

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