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Une église de New York s’offre un orgue français monumental

“On se croirait à Versailles à l’arrivée de Louis XIV!”, s’exclame l’organiste Dennis Keene en plaquant des accords sur l’orgue français flambant neuf de l’Eglise de l’Ascension à New York. “Nous n’avons pas ces sons aux Etats-Unis!”.

95 jeux d’orgue, 111 rangs, 6.183 tuyaux, 2 consoles, 7 claviers: cet instrument monumental, premier orgue importé de France à New York et premier de cette importance aux Etats-Unis, sera inauguré officiellement début mai, et trône déjà dans une église épiscopale (anglicane) construite en 1841 au sud de la 5ème avenue.

“Je viens de jouer l’Offerte “Vive le Roy” d’André Raison sur les étonnants Grands Jeux, constitués des bombardes, trompettes et cornets”, explique Dennis Keene, qui est allé partout en Europe avant de trouver Pascal Quoirin, facteur d’orgue près de Carpentras dans le sud de la France. “Un de mes anciens professeurs à Paris m’a suggéré d’aller le voir, et j’ai su immédiatement que j’avais trouvé”, dit-il.

“Je cherchais un instrument éclectique, qui puisse jouer de la musique baroque des XVIIe et XVIIIe siècles, mais aussi des oeuvres d’Olivier Messiaen”, un des principaux compositeurs du XXe siècle, poursuit ce passionné, qui dirige aussi un choeur, “Voices of Ascension”, nominé à plusieurs reprises pour les Grammy Awards.

Pour Pascal Quoirin, 62 ans, fondateur en 1970 de l’atelier de facture d’orgues qui porte son nom à Saint-Didier, en Provence, la commande fut une aubaine. “Elle représente deux ans et demi de chiffre d’affaires de l’atelier, qui compte 13 personnes. C’est une commande très importante à l’heure où en France la situation est catastrophique. L’Etat a complètement abandonné les entreprises du patrimoine”, explique à l’AFP, cet artisan mis en apprentissage à l’âge de 16 ans, et aujourd’hui vice-président du Groupement professionnel des facteurs d’orgue (GPFO). “La France a une longue histoire en matière de facture d’orgue, depuis les XIIIe-XIVe siècles, et bien sûr toute la musique religieuse du XVIIIe siècle a porté l’école française à son apogée”, poursuit-il.

L’orgue portera le nom des Manton, les héritiers d’Edwin Manton, un des fondateurs de l’assureur AIG, collectionneur et philanthrope, décédé en 2005. Ils ont financé le coût très élevé – plusieurs millions de dollars – de l’instrument. “Une bonne rénovation de l’ancien orgue de l’église aurait coûté 1,3 million à elle toute seule”, souligne Dennis Keene.

“Le transport de l’orgue a été épique, sept immenses conteneurs de métal scellés embarqués à Marseille, évidemment il y avait une grève, le bateau est passé par Malte, le voyage a duré plus de deux mois”, raconte l’organiste. Une fois l’orgue dédouané, Pascal Quoirin et ses assistants ont passé plusieurs semaines à l’assembler -l es bombardes font dix mètres de haut – puis encore plusieurs semaines à accorder chaque tuyau, en fonction de l’acoustique de l’église.

Avant l’inauguration prévue le premier mai, l’orgue est déjà opérationnel, et Dennis Keene se fait un plaisir d’en jouer. “Il va bien au-delà de mes attentes”, dit-il. “Et nous avons beaucoup plus de monde à la messe du dimanche, les gens viennent pour l’orgue”, conclut-il.

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