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Une enquête ouverte à Paris sur les biens détenus par Ben Ali en France

Le parquet de Paris a ouvert lundi une enquête préliminaire pour recenser et identifier l’origine des biens détenus en France par l’ex-président tunisien Ben Ali et son entourage, à la suite d’une plainte pour corruption de trois ONG.

Dix jours après la fuite de Tunisie de Zine El Abidine Ben Ali, la justice française a donné suite à la plainte des ONG Sherpa, Transparency International et à la Commission arabe des droits humains, qui soupçonnent notamment le clan Ben Ali de corruption, détournement de fonds publics et blanchiment. En fin de matinée, Nicolas Sarkozy avait assuré, lors d’une conférence de presse, que la France s’attachait “à la recherche systématique des richesses pillées qui doivent être rendues au peuple tunisien”.

Le parquet a confié l’enquête à l’office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) et à la cellule antiblanchiment du ministère de l’Economie, Tracfin. Dans les jours qui ont suivi la fuite du président tunisien, le gouvernement français avait demandé à Tracfin d’alerter les banques pour qu’elles signalent les mouvements financiers sur les comptes des Ben Ali mais aussi aux notaires et avocats d’être vigilants sur les actifs de la famille, les biens immobiliers en particulier.

Selon les plaignants, qui s’appuient sur des informations de presse, la fortune de l’ex-président et de son entourage est estimée à environ 5 milliards de dollars. Ils évoquent dans leur plainte “de fortes présomptions quant au fait qu’elle ne serait pas le fruit des seuls salaires et émoluments” du président tunisien déchu. Ils demandent un recensement des avoirs du clan Ben Ali et leur restitution au peuple tunisien.

Hôtel particulier avenue Foch

L’avocat de Sherpa, Me William Bourdon, s’est dit “satisfait” de l’ouverture de cette enquête mais, estime t-il, “un juge d’instruction aurait été plus adapté pour mener ces investigations, car cela permettrait un gel plus rapide et aisé des avoirs et aurait été plus cohérent avec le caractère international des infractions”. Pour sa part Daniel Lebègue, président de la scetion française de l’ONG Transparency International, a déclaré à l’AFP: “La première urgence est d’annoncer un blocage des avoirs de la famille ben Ali pour éviter leur évaporation. L’objectif ultime est la restitution de ces avoirs au peuple tunisien”.

Selon le Figaro, l’épouse de Ben Ali, Leïla Trabelsi, s’est offert en septembre un hôtel particulier avenue Foch, dans le XVIe arrondissement, acheté au nom de son unique fils de 6 ans. La famille serait également propriétaire d’un hôtel particulier dans le Marais à Paris acheté 37 millions d’euros, d’un chalet à Courchevel et d’une ou deux villas, sur la Côte d’Azur, d’après le quotidien.

De son côté, la justice tunisienne a ouvert une enquête judiciaire pour “acquisition illégale de biens” et “placements financiers illicites à l’étranger” contre le président déchu et sa famille, accusé d’avoir mis en coupe réglée le pays depuis 23 ans. La Suisse a décidé de bloquer le 19 janvier d’éventuels fonds appartenant au président tunisien.

Pour Françoise Cutajar, Professeur à l’Ecole de Management de l’Université de Strasbourg spécialisée dans la saisie et la confiscation des avoirs criminels, la France dispose avec la plateforme d’identification des avoirs criminels (PIAC), rattachée à l’OCRGDF, des moyens de repérer dans un premier temps tous les biens appartenant à Ben Ali, à sa famille et son entourage.

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