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Une Française du Tea Party en campagne

A quelques jours de la convention républicaine qui se tiendra à Tampa en Floride, du 27 au 30 août, les militants conservateurs sont en ordre de marche. Expatriée française aux Etats-Unis, Suzanne Guggenheim soutient la candidature de Mitt Romney contre Barack Obama, candidat à sa réélection. Comme un signe, cette Franco-Américaine est née le 6 juin 1944, jour du débarquement allié en Normandie. Diplomée de Sciences Po Paris, cette gaulliste a milité contre Mai 68 et lancé le syndicat nationaliste UNI. En 1981, elle et son mari s’installent aux Etats-Unis, “la terre de liberté et de responsabilité individuelle”. Devenue entrepreneur, l’activiste chevronnée fonde le mouvement conservateur Texas Tea Party Patriots PAC près de Houston en 2010. Sa cible ? La “politique d’extrême-gauche du président Obama”. Suzanne Guggenheim nous livre son analyse sur l’élection présidentielle américaine du 6 novembre prochain.

France-Amérique : Que pensez-vous du niveau de la campagne en cours ?

Suzanne Guggenheim : Avant que le nom du candidat républicain pour la vice-présidence ne soit connu, la campagne volait vraiment très bas. Nous avons atteint depuis un niveau plus intéressant, où les problèmes fondamentaux du moment et les solutions qu’il va falloir apporter sont enfin abordés. Ce n’est d’ailleurs pas ce que souhaite le pouvoir en place qui préfère utiliser des distractions secondaires et triviales, y compris des attaques de bas niveau, plus favorables à sa réélection. En agissant ainsi, les démocrates espèrent que les électeurs oublieront leur bilan.

Que pensez-vous du choix de Paul Ryan comme colistier de Mitt Romney ?

C’est l’un des meilleurs choix que pouvait faire le candidat républicain, dans la mesure où Paul Ryan est un homme politique, à la fois reconnu comme étant intellectuellement de haut niveau mais également moralement respecté par tous. Il possède en plus une facilité d’élocution nécessaire pour recentrer le débat.

N’auriez-vous pas préféré un candidat proche du mouvement Tea Party, comme le jeune sénateur de Floride d’origine cubaine, Marco Rubio ?

Ce n’est pas le problème essentiel. Il est vrai que Marco Rubio a souvent fait la une des médias ces derniers mois. Mais il possède encore peu d’expérience au niveau fédéral, même s’il a été le président de la chambre des représentants de son Etat pendant 4 ans, une fonction extrêmement valable.

Avez-vous observé une excitation particulière sur le terrain suite au choix de Paul Ryan ?

Oui, cela a complètement changé le niveau d’implication et de participation au sein des grassroots (la base, ndlr), qui tout d’un coup se sont enthousiasmés. Les gens se sont dit : “cette fois, on sait où on va, on aime où on va et on y va”. Auparavant, de nombreux militants restaient sur la réserve et faisaient remarquer que Mitt Romney n’était pas le plus conservateur des candidats républicains. Certains craignaient même que le choix de son futur vice-président ne renforce la tendance plus progressiste du GOP (Grand Old Party, ndlr) plutôt que sa tendance conservatrice. Avec Paul Ryan, la campagne s’est envolée du jour au lendemain. Son sérieux, sa connaissance des sujets, son dynamisme et sa longue expérience de représentant du Wisconsin au Capitole seront extrêmement positifs dans cette élection.

En 2008, la candidature de Sarah Palin comme colistière de John McCain avait aussi électrisé la campagne républicaine…

Effectivement, mais Paul Ryan est plus solide et mieux préparé. Il est surtout plus difficile à attaquer, parce que les femmes sont plus fragiles sur ce plan là. D’autre part, il dispose d’une assise à Washington bien plus large que celle de Sarah Palin, alors dans son premier mandat de gouverneur de l’Alaska et sans aucun réseau.

Le Tea Party est-il toujours aussi actif depuis sa création en 2009 ?

Personnellement, je le pense parce que je le vis. Des militants se réjouissent même que l’on croit notre mouvement assoupi ou disparu, ils se sentent ainsi plus tranquilles. Mais cette fausse impression est liée au fait que nos méthodes ont changé. Quatre ans, c’est long. Des centaines de milliers de personnes ont donné beaucoup de leur temps. C’est un phénomène incroyable. D’abord national, le Tea Party est progressivement descendu au niveau local. Pour résoudre les problèmes en profondeur et sur le long terme, les militants se sont dits qu’il fallait commencer par s’attaquer aux problèmes locaux et aux élections locales. Cela a permis de recruter et d’éduquer la population de façon plus efficace mais aussi moins visible.

Comment expliquez-vous la méfiance du Parti républicain vis-à-vis du Tea party ?

Il y a même de la part de l’establishment du GOP plus qu’une réticence, une très grande gêne. Parce que le Tea Party dérange. Une des raisons d’être de notre mouvement était de reconnaitre que nous nous étions endormis au volant, sans voir ce qui se passait. Nous pensions qu’il suffisait d’élire des gens qui avaient un programme qui nous plaisait, de les envoyer au Congrès de Washington, et qu’ils nous y représenteraient et feraient pour le mieux. Puis tout d’un coup, les gens se sont réveillés. Ils ont reconnu que le pouvoir corrompait, que l’homme était par nature paresseux, que nos politiciens nous avaient oublié et que derrière les beaux discours, ils ne disaient pas la vérité. Cette rébellion contre les élus n’a pas disparu.

Que pensez vous de la campagne menée par Barack Obama ?

La campagne agressive et négative du président n’a pas l’air de se dérouler très bien en ce moment. Les fonds se tarissent, bien qu’il y ait toujours de très généreux donateurs. L’argent des petits donateurs, lui, est devenu plus rare et le nombre de supporters dans ses meetings a beaucoup diminué. La campagne Obama ne vole pas très haut, ni par ses arguments, ni par la réception qui en est faite dans l’électorat.

Selon les derniers comptes, Mitt Romney (186 millions de dollars) disposait à la fin juillet d’un avantage financier de 60 millions de dollars sur son concurrent démocrate (124 millions de dollars).

L’argent n’est pas la seule chose qui compte. Il est important vu l’importance des médias et le coût faramineux des publicités, mais le pouvoir des activistes et des militants en tous genres est aussi déterminant. Et pour l’instant, je pense que c’est plutôt le duo Romney/Ryan qui a le vent en poupe devant le “ticket” Obama/Biden.

Mitt Romney se présente comme un candidat entrepreneur, fort de son expérience dans le monde économique. Est-ce la bonne stratégie à suivre ?

Ce n’est pas une mauvaise stratégie mais ce ne sera pas la seule. Dieu sait que les thèmes de campagne ne manquent pas. Celui de l’entrepreneur qui sait ce que c’est que de diriger une entreprise et de réussir est important dans la situation économique actuelle. La phrase malheureuse d’Obama aux entrepreneurs – “You didn’t build that” – ne peut d’ailleurs que servir à propulser cette rhétorique. Allez parler à n’importe quel petit businessman et demandez lui s’il pense que ce n’est pas lui qui a construit son entreprise mais l’Etat. Quand on connaît l’importance des petits business aux Etats-Unis… C’était une gaffe monumentale dont je me félicite.

La campagne très centrée sur les questions économiques se focalise de plus en plus sur le système de santé et le projet de réforme de Mitt Romney…

Il y aura plusieurs grandes branches au débat. Il y a bien sûr l’économie en général parce qu’elle est vitale et que tout le monde souffre de la crise. C’est un thème universel pour la population, frappée par le chômage. La question de la loi sur la santé de Barack Obama est aussi essentielle. Elle sera en grande partie mise en place à partir de 2013, mais les effets commencent déjà à se voir et à se ressentir. Enfin, il y a le thème de l’omniprésence et de l’intrusion de l’Etat qui pèsera sur la campagne. La façon dont la Maison-Blanche abuse de son pouvoir par le biais des décrets présidentiels, des “tsars” et utilise les différentes bureaucraties pour contourner les législateurs est aussi très critique et aura beaucoup de conséquences. Ce sont les trois grands thèmes de campagne qui devraient toucher et mobilier les masses.

Quelle place alors pour les questions de politique internationale ?

La politique étrangère et la situation au Proche-Orient sont évidemment importantes. L’administration actuelle va faire tout ce qu’elle peut pour ne pas en parler parce ce n’est pas un de ses points forts, malgré les promesses de 2008 qui devaient voir l’Amérique retrouver son statut dans le monde. Les faits ne lui donnent pas raison. J’espère que ce thème ne sera pas oublié pendant la campagne.

Quelle est votre réaction à la controverse lancée par le républicain Todd Akin, candidat au Sénat dans le Missouri, qui a affirmé avant de s’excuser qu’une femme victime d’un “véritable viol” tombait rarement enceinte ?

C’est une déclaration stupide. J’espère qu’il fera ce que tout homme politique honorable fait dans ce cas-là, se retirer de la course. Une méga gaffe d’autant plus stupide qu’il était pratiquement sûr de remporter l’élection. De notre côté, nous préférerions enterrer en vitesse cette affaire plutôt que les deux camps continuent à se défendre en montrant ce que les uns et les autres ont fait et dit de vil et de stupide. Essayons de recentrer le débat sur les vrais sujets au lieu de s’enfoncer dans ce genre de polémique. Ce n’est pas digne d’une campagne présidentielle.

Pensez-vous que Mitt Romney l’emportera dans l’Etat du Texas ?

Rien n’est facile de nos jours. Surtout qu’il peut toujours y avoir un problème, moins au Texas qu’ailleurs, de fraude électorale. Il ne faut jamais prendre les choses pour acquises. Mais en fin de compte, le Texas devrait aller à Mitt Romney.

Défendez-vous les “ID laws”, ces lois imposant la présentation d’une pièce d’identité le jour du vote ?

Absolument. Quand on pense que pour acheter un paquet de cigarettes, pour louer une voiture, ou même pour toucher un chèque en banque, il faut montrer son ID. Le vote est un processus fondamental au cœur de toute nation démocratique. Nier que cela soit normal de justifier son identité pour aller voter ne fait pour moi aucun sens.

Les critiques démocrates considèrent que ces lois sont discriminatoires et empêchent nombre d’électeurs issus des minorités d’aller voter.

Cette explication ne tient pas la route. Comment font-ils pour acheter leur paquet de cigarettes ? Et pour toucher les food stamps (bons alimentaires, ndlr), il faut aussi prouver son identité et personne n’a jamais dit que cela empêchait les personnes issues des minorités ou les gens défavorisés de toucher leurs food stamps.

On dit les Français des Etats-Unis en très grande majorité pro-Obama…

Je pense qu’ils sont plus partagés que cela. Je connais plusieurs expatriés français qui m’ont contactée via les réseaux sociaux à travers les Etats-Unis. Souvent, cette opinion pro-démocrate se retrouve chez ceux qui viennent temporairement, moins chez ceux qui s’installent sur le long terme et qui décident de rester définitivement.

Comment expliquez-vous que la popularité du président reste relativement élevée malgré les critiques sur son bilan politique ?

Il s’agit en partie d’un phénomène artificiel. Obama continue à bénéficier de ce dont il avait bénéficié en 2008, cette idée selon laquelle l’élection d’un président noir allait permettre de rendre tout plus facile et formidable. Sans compter que beaucoup refusent de le critiquer personnellement parce qu’ils ont l’impression, et on le leur répète assez souvent, que toute critique contre Obama est une critique raciste. Cela a créé une popularité artificielle, pas vraiment représentative du jugement de la population. Le rôle des médias, la pression intellectuelle, mais aussi le politiquement correct, s’imposent aux gens. Il s’agit plus d’un reflet émotionnel que politique.

Aux yeux des électeurs, Barack Obama apparaît clairement plus charismatique que Mitt Romney, jugé plus froid et distant…

Oui, c’est sûr. Mais l’apport de Paul Ryan, plus chaleureux, plus jeune et au contact facile avec les gens devrait permettre justement de franchir ce pas. Dans tous les cas, il est temps de déplacer le débat politique sur un plan autre qu’émotionnel.

Quelles sont vos craintes en cas de réélection de Barack Obama ?

Les risques sont forts. Un second mandat de Barack Obama tirera vraiment les Etats-Unis très loin de ce qu’ils sont encore actuellement. Avec l’utilisation abusive du pouvoir présidentiel, nous risquons d’assister à une transformation totale et complète de tous les processus et mécanismes qui ont fait l’Amérique. Et une majorité d’Américains ne veut pas de ce grand danger de socialisation du pays.

Que répondez-vous à la gauche américaine qui considère que le GOP vire trop à droite, sur l’immigration ou sur l’avortement par exemple ?

Je ne m’en suis pas encore rendu compte. J’attends qu’ils me le prouvent. Si l’on regarde toutes les campagnes précédentes, c’est leur éternelle plainte et elle n’est pas plus justifiée en 2012 que lors des années passées. Les démocrates ont toujours accusé les républicains d’être trop à droite. Le GOP n’a pas changé dans ses principes mais plutôt dans la pratique. Les candidats républicains font campagne sur un programme conservateur quasiment identique depuis 20 ou 30 ans, mais ils ont souvent voté pour des mesures plus à gauche, par facilité, par paresse ou par simple électoralisme. Certains hommes politiques ont trahi la confiance de leurs électeurs, disant une chose localement pour faire le contraire une fois à Washington.

Les sondages prédisent une élection très serrée. Quel est votre pronostic pour le 6 novembre ?

Il est encore trop tôt pour savoir. La plupart des Américains ne suivent pas la politique, à part lors des deux dernières semaines de campagne. Pour eux, tout se joue sur le candidat qui aura la phrase la plus amusante, la plus marquante ou celui qui fera la gaffe de trop. Il est donc difficile de faire un pronostic sérieux. J’espère la victoire de Mitt Romney. Nous sommes désormais sur une voie qui la rend possible. Mais rien n’est fait. Notre opposition fournira ses meilleurs arguments et toute sa force. La bagarre sera très difficile jusqu’au dernier moment, jusqu’au dernier jour.

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