Subscribe

Une icône de la mode

Icône de la mode franco-américaine, Rosamond Bernier présentait jeudi une conférence au Costume Institute du Metropolitan Museum, où un public curieux s’était massé pour écouter ses souvenirs prestigieux de la naissance de la haute-couture française.

Sur la scène garnie de mannequins luxueusement vêtus apparaît Rosamond Bernier, donnant, grâce à un aphorisme, le ton de la soirée : « La mode est un théâtre – réalisateurs, auteurs, joueurs. C’est la poésie à son meilleur… et un très gros business. »

Elle se souvient pourtant de l’époque où les Français n’étaient pas encore les rois de la mode : « Après la 2e guerre mondiale, personne n’avait aucune idée de ce qui se passait dans le milieu de la mode française. Les Français ont envoyé aux États-unis des poupées grandeur nature habillées en haute-couture… C’était le théâtre de la mode.» Elle raconte alors comment elle s’est retrouvée, parmi les premiers, plongée dans ce milieu de la haute-couture parisienne. : « En 1946-47, les magazines américains ont envoyé des journalistes pour faire des reportages sur la mode française. J’en faisais partie. »

Elle n’avait pourtant aucune expérience en tant que rédactrice de mode, mais Mrs. Chase, directrice de la rédaction de Vogue, lui a dit : « Ma petite, je reconnais une rédactrice de mode quand j’en vois une. » Accompagnée d’un dessinateur, elle s’installe à Paris, à l’hôtel Crillon « le seul qui ait le chauffage, le point de chute de tous les journalistes américains ».

Les premières soirées de mode se déroulent chez un militaire britannique. Les invités traversent la place de la Concorde en tenue de soirée. « Il n’y avait pas la circulation d’aujourd’hui à cette époque. »

Le premier défilé d’après-guerre est celui de Lucien Lelong, avec une collection dessinée par Dior. Sans le savoir, Rosemond Bernier avait alors acheté son premier Dior. En 1948, Dior a lancé le New Look, à son premier défilé les jupes de mannequins renversaient les cendriers sur la table. À la fin, Christian Dior pleurait, « parce que ce succès signifiait des années de travail pour les petites mains. Les Français étaient de retour dans le business. »

« Dior était extrêmement généreux avec moi », se souvient Rosamond Bernier. En 1949, il lui a offert une robe noire et verte. « Elle m’allait parfaitement, comme vous pouvez le voir, elle me va toujours », dit-elle fièrement, en montrant des photos récentes d’elle portant cette robe.

Alors qu’elle préparait son magazine L’Oeil, revue d’art dont elle était rédactrice en chef, avec une peinture de Fernand Léger en couverture, elle portait un tailleur noir et un manteau orange de chez Balenciaga. Son ami Matisse suggéra d’ajouter à la tenue une écharpe jaune. Un nénuphar fut nommé plus tard « l’écharpe jaune de Rosamond », en référence à cette tenue. C’était sa meilleure chance de passer à la postérité jusqu’à il y a quelques années, quand Louise Bourgeois a fait un moulage de ses mains ainsi que de celles de son mari.

Elle a gardé peu d’objets de cette époque: Elle a donné les plus utiles à ceux qui en avait besoin, parce qu’il faisait très froid à Paris. Elle a gardé tous les vêtement de soirée, dont elle a fait don principalement au Costume Institute (beaucoup étaient présentés sur des mannequins autour d’elle). Présentée à Gertrude Stein grâce à Pierre Balmain, elle a mis en scène la fameuse photo Stein, avec son caniche et un mannequin de Vogue. Elle est à l’arrière-plan sur cette photo.

Ses souvenirs de Gabrielle Chanel sont également très vivaces. Le salon de Mademoiselle Chanel a fermé après le deuxième guerre mondiale. « Elle a eu une aventure assez longue et publique avec un Nazi… On n’a jamais su pourquoi elle n’avait pas été en prison pour ça », dit-elle en suggèrant que quelqu’un de haut placé au gouvernement l’avait protégé. « Elle tenait des monologues torrentiaux. Elle m’écrasait verbalement ». « Les hommes ne sont pas faits pour habiller les femmes », lui a dit un jour Coco Chanel. Personne ne pensait qu’elle pouvait revenir et faire un comeback, mais elle l’a fait. En 1983, Karl Lagerfeld a fait revivre Chanel. « Depuis, 40 de ses kilos se sont évaporés », blague-t-elle. Avant d’ajouter plus sérieusement: « Comme Chanel, Karl Lagerfeld est un bavard. Mais jamais vantard. »

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related