Subscribe

USA: la crise des saisies immobilières onéreuse mais pas encore menaçante

Le gel de centaines de milliers de saisies immobilières aux Etats-Unis pourrait coûter très cher aux banques, mais il ne devrait pas menacer l’ensemble du système financier comme l’avait fait la faillite de Lehman Brothers fin 2008.

Trois des plus grands organismes de prêts hypothécaires, Ally Bank, JPMorgan Chase et Bank of America, ont annoncé ces dernières semaines le gel de leurs saisies en cours en raison d'”erreurs” de procédure: des documents signés sans vérification ou certifiés sans présence d’un notaire.

Dans une Amérique traumatisée par un chômage à près de 10% et des saisies immobilières record qui ont dépassé les 100.000 pour le seul mois de septembre, les associations de consommateurs ont été nombreuses à appeler à un moratoire généralisé.

En pleine campagne pour les élections de mi-mandat, la classe politique a embrayé. Mercredi, les autorités de 50 Etats ont joint leurs forces pour enquêter sur la question. Les autorités fédérales examinent elles aussi le problème.

De nombreux avocats ont d’ores et déjà déposé des plaintes en nom collectif pour le compte de propriétaires immobiliers dont le logement pourrait avoir été saisi indûment.

Ces nouvelles pesaient lourdement sur les valeurs bancaires. L’action de JPMorgan Chase chutait de 4,05% à 37,15 dollars vendredi vers 15H00 GMT à la Bourse de New York, alors qu’elle avait déjà cédé près de 3% la veille.

Bank of America cédait 4,76% à 12 dollars après une perte de 5,19% jeudi.

Wells Fargo et Citigroup reculaient de plus de 3% après avoir déjà nettement baissé la veille. Le premier a dit ne pas avoir de problèmes de procédures de saisies et le second est resté silencieux sur le sujet.

“Il n’y a pas d’inquiétudes sur les résultats des banques, mais sur l’étendue des coûts qui seront nécessaires pour régler cette histoire” a commenté Art Hogan, analyste de Jefferies, faisant état du chiffre de “100 à 250 milliards de dollars pour toutes les banques” qui circulent sur le marché.

“C’est peut-être exagéré, mais cela s’ajoute à un environnement difficile pour les banques déjà confrontées à une réglementation et des exigences de capitaux renforcées”, ajoute-t-il.

La Sifma, l’une des associations américaines du secteur de la finance, s’est alarmée de la possibilité d’un moratoire généralisé des saisies, qui serait selon elle “catastrophique”.

Le Washington Post citait jeudi un analyste de la maison de recherche Graham-Fisher, Josh Rosner, selon lequel un moratoire total sur les saisies “pourrait provoquer la même situation qu’en 2008”, allusion à la faillite de la banque Lehman Brothers qui avait plongé le système financier dans la tourmente.

Mais la plupart des analystes ne croient pas à un scénario catastrophe.

“Le pire serait que de nombreuses erreurs de procédure soient découvertes, que les 50 Etats demandent un gel de toutes les saisies qui durerait pendant des mois avec des poursuites de plus en plus importantes”, indique Erik Oja, analyste de l’agence de notation Standard and Poor’s, Po, qui a revu à la baisse sa recommandation pour Bank of America vendredi.

Selon lui, le scénario du pire est cependant peu probable et “l’affaire sera gérable”, même si elle imposera aux banques des dépenses d’avocats et le paiement d’amendes, ainsi que des provisions et des capitaux propres renforcés.

“Penser que cette affaire va faire sauter les banques, c’est pousser un peu loin”, renchérit Jaime Peters, analyste à la maison de recherche Morningstar.

Elle juge que ces difficultés ne devraient pas s’étendre aux banques plus petites, “qui n’ont probablement pas été confrontées au problème des signatures automatiques” de dossiers.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related