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Ute Lemper fait son cabaret au Carlyle à New York

Après avoir fait salle comble pendant trois jours en décembre dernier au Palais de Chaillot à Paris et rempli le Shaw Theater de Londres, la diva allemande du cabaret, Ute Lemper se produit en ce moment au bar du Carlyle à New York. Un grand moment de chansons en quatre langues à ne pas manquer.

Blonde, grande, mince, fourreau noir qui dévoile à peine ses jambes sans fin, et portant dans sa voix puissante un siècle de tradition du cabaret, Ute Lemper est une apparition. Alors que son dernier disque, Between yesterday and tomorrow (Edel, certains morceaux sont déjà en écoute ici : http://www.myspace.com/utelemperalbumpreview) est sur le point de sortir, elle retrouve une de ses scènes préférées jusqu’au 7 mars à New York : le café Carlyle.

La chanteuse y avait enregistré un album live entier, Blood and feathers. Il faut dire que ce lieu historique, aux fresques art déco signées par l’artiste français Marcel Vertes, se prête particulièrement bien au cabaret. Dans ce giron intimiste au style années 30, la voix d’Ute Lemper fait trembler, et l’on entend chaque mot prononcé, en anglais, en espagnol, en français et en allemand.

Entourée d’un pianiste et d’un accordéoniste, avec qui elle entretient une grande complicité, elle commence son tour de piste par du tango. Elle parvient à rendre new-yorkaise la folie « portena » de morceaux célèbres d’Astor Piazzola comme « Oblivion » ou « Buenos Aires », extraits de son avant-dernier album From Buenos aires to Paris. Puis s’allongeant sur le piano et sortant le chapeau melon, elle se transforme en Flapper authentique pour retourner au répertoire de Kurt Weill avec lequel elle s’était fait connaître à la fin des années 1980. Elle couvre aussi bien la jeunesse weimarienne (« Mackie Messer », « Bilbao ») que la période hollywoodienne (« Speak Low ») du compositeur de L’opéra de Quatre sous.

Si la diva chante avec conviction qu’elle a « toujours une valise à Berlin », selon le titre célèbre de Marlene Dietrich, vers la fin du concert, elle revient vers Paris, ville où elle a vécu plusieurs années, avec un répertoire qui va de Yves Montand à Jacques Brel. Artiste accomplie qui chante, danse et dialogue avec le public, et lui demande quels « tubes » il a envie d’entendre, Ute Lemper est chez elle sur la scène. Par-delà la femme fatale à la voix brûlante, au fur et à mesure que le concert avance, c’est tout un temps perdu qui semble revenir à la vie.

Consciente d’être une des dernières à incarner une culture musicale du XXe siècle que les évènements historiques ont trimballée de Berlin à Broadway en passant par Paris, Ute Lemper travaille avec soin ses transitions. Celles-ci, énoncées avec un grand génie des langues et des peuples, sont aussi bien des tranches de vie que des leçons d’Histoire. Au cours même des chansons, et d’un coffre qui semble rendu plus profond encore par les années, elle n’hésite pas à actualiser les thèmes. Ainsi, la ballade de « Mackie Messer » devient une analyse impertinente de la crise économique actuelle et de l’affaire Madoff. Bien loin du folklore amidonné autour de la nostalgie du « bon vieux temps » où l’underground regorgeait de prostituées et de whiskys interdits, elle démontre ainsi que l’humour et l’esprit de contestation politique qui ont fait le succès du cabaret dans la cour des miracles du Berlin des années 1920 n’est pas mort. C’est donc bien en live qu’il faut se précipiter pour entendre Ute Lemper ces prochains jours à New York.

Infos pratiques

Ute Lemper at Café Carlyle, jusqu’au 7 mars.

Café Carlyle, at the Carlyle Hotel, 35 East 76th Street, Manhattan, mar-jeu 20h45, ven et sam 20h45 et 22h45, 40-95 $.

Site du Carlyle : http://www.thecarlyle.com/entertainment.cfm

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