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Victoria Legrand, l’émotion de Beach House

Beach House, duo américain de dream-pop – musique littéralement teintée d’onirisme – jouit depuis Teen Dream, son dernier album paru en février 2010, d’un inconditionnel succès en Amérique du Nord et en Europe. Victoria Legrand, la chanteuse du groupe, est née à Paris. Portrait d’un caractère au service d’une atmosphère.

Elle a une voix d’exception. Tantôt rauque et singulière, tantôt douce et sensible. Une voix toujours pétrie d’une surprenante puissance, parfois à la limite de la rupture. Chanteuse du duo rêveur de Beach House, Victoria Legrand ne cherche pourtant pas vraiment ce qui fait son originalité. « Je n’y pense pas trop, dit-elle. Je prends des cours de chant depuis l’âge de 14 ans, mais lorsque je l’utilise, j’essaye de me distinguer du classique. Et cela sort simplement comme cela. »

À chaque concert, Victoria Legrand ravive pourtant les chimeres et bouleverse les cœurs des amoureux d’atmosphère. L’un de ses secrets ? Un regard délicat et sensuel. Dissimulé sous les mèches rebelles de sa frange, il est sa lucarne sur le monde, sa complexité et sa diversité. « Je chante comme je vis », explique celle que l’on compare à Nico, le mannequin que Lou Reed a fait chanter à ses côtés. « Ma personnalité complexe se retrouve dans ma voix. Et toutes deux peuvent changer, comme chez une femme une voix peut évoluer jusqu’à 45 ans. Je suis régie par cette dualité. »

Si Victoria Legrand et son compagnon Alex Scally ont franchi un pallier avec Teen Dream, leur troisième album sorti en début d’année qu’ils ont présenté une nouvelle fois au Webster Hall de New York cette semaine, c’est tout d’abord que le duo a apporté aux 10 nouveaux titres qui le composent une indéniable dose d’énergie. Protectrice et irradiante à la fois, la musique que chante la rêveuse diva a aujourd’hui pris un tournant. « Il y a une dimension physique acquise en 4 ans d’évolution », considère-t-elle. Une dynamique pour un album construit au cours de la dernière tournée du groupe en 2009. « Lorsque je trouve une mélodie, un son, une chanson ou un instrument, je suis d’abord attirée par les émotions. Il n’y a pas vraiment d’analyse musicale dans notre travail. »

La puissance, voire la relative violence, font aujourd’hui partie intégrante de la musique de Beach House. Victoria Legrand garde néanmoins un goût prononcé pour l’imaginaire. « J’espère que les spectateurs se sentent comme dans une bulle, puis qu’une grande vague vient un peu les secouer»,  illustre-t-elle. Rêveuse ? Elle n’aime pas vraiment le terme. « Le mot rêve est beaucoup employé dans la musique mais je préfère parler de spectres sauvages, libres et sombres. La nôtre peut renvoyer au rêve mais peut aussi faire ressentir quelque chose de très direct et réel. » Et pour celle qui a collaboré sur « Two Weeks », chanson phare de ses homologues de Grizzly Bear, être réceptif à la dream-pop est d’abord « une façon de s’évader, de mener son esprit d’étroits murs à de larges plaines. » « Cela ne doit pas être une expérience contrôlée,  » lâche-t-elle. Nostalgique ? Pas vraiment non plus. « Je hais la nostalgie et les pleurs sur le passé. Ma créativité est en accord avec le présent. »

Les associations paraissent alors une donnée fondamentale du bon fonctionnement du groupe basé à Baltimore (Maryland). Celle qui unit le groupe à Chris Coady, manager que Victoria Legrand considère comme une personne qui sait comprendre les gens spéciaux ou pervers, les personnalités intenses et leurs visions. « Comme moi, il est gémeau », s’amuse-t-elle. Celle qui unit aussi la chanteuse à son instrument : un clavier organique acheté pour une poignée de dollars et qui la suit depuis maintenant 6 ans. « C’est celui des débuts, raconte-t-elle. Je me le suis procuré avant Beach House pour 50$, mais il a une grande valeur sentimentale. Il a toujours continué à me donner des sons intéressants qui ont fait évoluer notre musique. » Sur scène, elle fait particulièrement corps avec. « J’explore mon corps et ses mouvements derrière mon clavier. J’essaye de me libérer car c’est dur de jouer et de ne pas être une statue. »

« Quand je suis en France, je m’identifie beaucoup à la culture »

Victoria Legrand est Américaine, vit à Baltimore, mais est née dans le VIIe arrondissement de Paris. Nièce du compositeur Michel Legrand, elle n’a pas de passeport français mais éprouve toujours la même attirance pour le pays qui l’a vue naître et grandir. « J’ai une relation très compliquée mais intense avec la France. Ce pays tient une place importante dans ma vie : mon enfance, mon adolescence, mes parents. Je suis américaine mais quand je suis en France, je m’identifie très rapidement à la culture. »

Même si elle n’est pas directement influencée par la musique hexagonale, elle partage le même héritage populaire que la majorité des Français. « J’aime beaucoup Françoise Hardy et cette chanson : “Ma jeunesse”. Il y a toujours quelque chose de traumatique dans la chanson française. Cela me plaît. » Elle livre alors une anecdote racontée par sa mère, qui rencontrait souvent Jacques Dutronc dans le café au pied de l’appartement familial.

En tournée mondiale et de passage en France pour quelques dates au mois de mars dernier, elle a à nouveau pu apprécier le pays dans lequel elle se voit un jour vivre et explorer un peu plus profondément. Des concerts qu’elle ne sait pas d’ailleurs comment ressentir. « Je n’arrive pas à savoir si le public aime notre musique ou non, dit-elle. C’est parfois un mystère avec les Français. » Elle a pourtant pu apprécier un live tout à fait spécial, organisé par le collectif de la Blogothèque, une association de réalisateurs parisiens qui amènent les groupes de l’underground international à jouer dans la rue ou à la maison. « On ne fait pas beaucoup de concerts de ce type, raconte Victoria Legrand. L’ambiance était paisible et particulière. C’est l’un des plus beaux souvenirs de notre tournée. »

Si les plages françaises qui pourraient abriter l’univers de Beach House restent pour Victoria Legrand plus un désir qu’un rêve, la chanteuse demeure la gardienne d’un monde « drôle et innocent » et promouvant la musique onirique. Un futur qu’elle voit en humour et en une seule couleur. « Le destin de la dream-pop ? Une boule de gomme toute noire ! »

Beach House en vidéo :

 

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