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Vincent Cassel : « Je ne peux pas me plaindre d’avoir des rôles de bad boy »

À 42 ans, Vincent Cassel a déjà une carrière bien remplie. De ses débuts dans La Haine à son rôle du fameux bandit Mesrine, l’acteur a prouvé qu’il pouvait interpréter différents rôles. Figure incontournable du paysage cinématographique français, il  sera à l’affiche de L’instinct de mort, sortie le 28 août à New York et Los Angeles et de L’ennemi public n°1, le 4 septembre.

L’acteur aux mille visages, découvreur de talents et producteur, sera sur les écrans américains à la rentrée dans Mesrine, en gangster ventripotent. Double biopic rétro et ultra-violent, L’instinct de mort et L’ennemi public n°1 retrace l’itinéraire du plus célèbre bandit français, le flamboyant Jacques Mesrine, abattu par la police en 1978 après moult braquages de banques, meurtres et évasions spectaculaires de prison. Le cinéaste, Jean-François Richet, a conçu ce film de gangster à l’américaine comme un hommage au cinéma italo-américain des seventies. « La forme est plus soignée, il y a l’ambition du divertissement, l’efficacité, » explique Vincent Cassel. Un César du meilleur rôle est venu récompenser, à 42 ans, un tour de force mené tambour battant par l’acteur, qui a investi sept ans de sa vie dans le projet.

Pas étonnant que Vincent Cassel ait été formé à l’école américaine, où il a hérité de son jeu physique. À 18 ans, il part suivre des cours d’art dramatique (et même de claquettes !) à New York, à l’Actors’ Institute, entre autres. Il enchaîne les petits boulots : serveur, livreur. Un apprentissage en rupture avec ses cours parisiens dans la troupe de Jean-Louis Barrault : « Aux États-Unis, c’était la méthode Strasberg et Stanislavski, un jeu plus intérieur, plus premier degré. Aujourd’hui, je suis un mélange des deux, ça m’a aidé à trouver ma propre manière de travailler».

Une carrière toute tracée attendait ce grand garçon aux yeux bleus, fils de Jean-Pierre Cassel, acteur établi. « Je me disais que le rôle du jeune premier n’était pas du tout une place que j’avais envie de prendre. » Attiré par des héros plus troubles, plus proches, aussi, de la réalité, il pense plutôt à Robert de Niro (Taxi driver) et Gérard Depardieu (Les Valseuses). Il choisit pour ses débuts un tout jeune cinéaste et ami, Mathieu Kassowitz, qui le dirigera dans Métisse (1993), puis La Haine, le film choc qui révèlera la banlieue en noir et blanc. S’ensuit une série de rôles sombres, qui, par effet cumulatif, révèlent une filmographie violente et tourmentée : « On m’a proposé de tout mais je ne peux pas me plaindre d’avoir des rôles de bad boy, je suis arrivé sur le marché comme ça, pas avec des héros tout lisses ». Jan Kounen, Luc Besson et Jacques Audiard (un détour par le cinéma d’auteur) catalysent son énergie et son inquiétante présence. Il épouse, au passage, une déesse italienne, Monica Bellucci, aux côtés de laquelle il jouera chez Gaspar Noé, dans le controversé Irréversible.

On l’a vu en Frenchie patibulaire chez Soderbergh et en Russe trouble chez Cronenberg. Selon Cassel, « quand on joue dans un film américain, on a une distribution internationale et ça vous donne tout de suite un profil international. C’est une question de marché ». Les obstacles à la carrière de Français aux États-Unis, y compris les rôles caricaturaux de rigueur, se dressent pourtant, innombrables. « C’est difficile partout d’avoir des rôles intéressants, tout le monde a des problèmes : on est trop blanc, trop noir, trop féminin, » ajoute-t-il. «Mais il faut faire au mieux, avec ce qu’on a. Je me sens pas discriminé. D’ailleurs, je ne compte pas devenir Tom Hanks. Par contre, si je peux continuer à travailler partout à travers le monde, je suis heureux. »

L’acteur revient justement du Brésil, pays où il surfe fréquemment et dont il a appris la langue pour tourner A Deriva, présenté à Cannes. Il retourne bientôt à Rio pour une adaptation de Paolo Coehlo sur la prostitution brésilienne (11 Minutes). « Mickey Rourke et Meryl Streep se sont rajoutés au casting, je suis ravi ». Il devrait ensuite s’envoler pour l’Australie sur le tournage de The Cross, le film de science-fiction d’Andrew Niccol, papa de Bienvenue à Gattaca : « une métaphore de notre monde partagé par des frontières, dans un futur proche. »

Par l’intermédiaire de sa société de production, 120 Films, il chapeaute aussi plusieurs projets, dont les films de Kim Chapiron et Christophe Gans : « Si quelque chose m’inspire, j’essaye de le mettre en place, » explique-t-il. Parrain du collectif Kourtrajmé, il supervise les jeunes talents qui y ont germé, comme Romain Gavras (fils de), auteur du clip provoc’ du duo électro Justice, « Stress ». L’acteur a donc été enrôlé pour son premier film, Seigneurs, road-movie métaphorique sur deux rouquins malmenés qui se rebellent contre la société. « On parle des minorités à travers cette histoire, » glisse-t-il.

Et de conclure, philosophe : «Finalement être acteur, c’est un jeu : on a les cartes en main, il faut être malin, ne pas se perdre au milieu, et continuer à faire des films pour des bonnes raisons ».

Infos pratiques : L’instinct de mort, sortie le 28 août à New York et Los Angeles et L’ennemi public n°1, le 4 septembre.

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