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Vincent Lindon, le talent à fleur de peau

À 50 ans, Vincent Lindon incarne au cinéma le type ordinaire, sensible et attachant. Dans Welcome de Philippe Lioret, il campe un maître-nageur à la dérive qui vient en aide à un migrant sans-papiers dans l’espoir de reconquérir sa femme. Dans Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé, il joue un maçon peu loquace, subjugué par la grâce d’une jeune institutrice violoniste. Au-delà de l’acteur, le charisme pudique de Vincent Lindon réside dans son franc-parler, ses coups de gueule et son sens du civisme. Rencontre à New York, à l’occasion du Festival Rendez-Vous with French Cinema où étaient présentés les deux derniers films de l’acteur. Welcome sera également à l’affiche du festival  de films français de Richmond qui démarre le 25 mars..

France-Amérique : Vous avez vécu aux États-Unis dans votre jeunesse ?

Vincent Lindon : Oui, j’y ai vécu pendant sept mois jusqu’en juin 1981. J’ai suivi des cours à la North Eastern University de Boston pendant 2 mois, et je suis aussi allé au Texas. À New York, je travaillais avec mon oncle qui avait un label indépendant, Whale productions. Le soir, j’allais dans des clubs incroyables, le Public Lounge, le Mudd club… Tout ça n’existe plus aujourd’hui. Il y avait aussi plein de groupes, comme Delta 5, Echo and the Bunnymen, les Stray Cats, Bauhaus. Mon oncle essayait de faire son trou et j’étais son assistant coursier. Je me suis bien marré, c’était un New York incroyable ! On habitait à Soho, 55 Myrtle street. À l’époque, c’était la zone. Il n’y avait que des camions qui déchargeaient des marchandises tard le soir dans des entrepôts pourris. Nous, on avait un loft immense de 650 mètres carrés au cinquième étage. Mais aujourd’hui tout a changé. C’est devenu un quartier bobo-chic, il n’y a plus que des boutiques de fringues.

F.A. : On a l’impression que vous regrettez ce New York underground…

V.L. : Oui, je le regrette à mort ! New York est devenu comme Paris, c’est invivable. La technique est très simple : à New York comme à Paris, les autorités laissent les appartements des bas-quartiers arriver à un état de vétusté terrible. Du coup, les habitants les bradent, pensant que l’on ne va jamais leur acheter. À ce moment là, les real-estate arrivent et achètent à des prix sans concurrence. Ils rénovent tout et revendent ça à des prix tels que seules les personnes riches peuvent se les offrir. Et donc la ville devient une ville de riches. Aujourd’hui, New York, c’est inabordable. C’est tragique ! Ça donne des micro-sociétés de gens qui ont de l’argent. Soho, aujourd’hui, je trouve ça imbuvable ! C’est comme Les Halles à Paris. C’est devenu pareil partout, uniformisé. On retrouve Armani, American Apparel, tous les grands couturiers, Jean-Paul Gautier, est-ce que je sais encore… C’est pareil à Tokyo, à Lisbonne, à Paris, à Londres…

F.A. : Ça ne vous intéresserait donc pas d’y revenir à l’heure actuelle ?

V.L. : Non, pas du tout. Je ne vois pas ce que je pourrais y faire. Je ne parle même pas en tant qu’acteur. La vie d’expat’ ne m’intéresse pas. Je trouve ça beaucoup trop sclérosé. Je ne vais pas à l’autre bout du monde pour voir les miens. Si je vais au bout du monde, c’est pour vivre avec les autres. Or vivre avec les autres c’est pratiquement impossible en général avec un Américain, et particulièrement à New York. Les Américains vous disent tout de suite « Hi, how are you, nice to meet you ! ». Ça prend 8 secondes, alors que ça prendrait 2 ans n’importe où ailleurs. Par contre, ça s’arrête là. C’est très bizarre, ce n’est pas mon truc. Je suis beaucoup plus vieille France et terroir, plus artisanal. Je veux pas qu’on devienne mon ami en trois secondes à la Facebook. Ça se gagne d’être ami ! Ici, ça va trop vite pour moi.

F.A. : On vous sent plus orienté droit communautaire que communautarisme.

V.L. : Voilà. Ceci dit New York est une ville fascinante. Je ne suis là que depuis trois jours, ça donne le vertige.

F.A. : Vous connaissez la côte Ouest ?

V.L. : Oui, mais pour moi c’est ingérable. Alors que New York est une cité multiculturelle avec ses films, ses acteurs et ses artistes propres. Un metteur en scène new-yorkais et un metteur en scène de Los Angeles sont très différents. Woody Allen, Scorsese, ce sont des gens de New York, et pas de la côte Ouest. Il y a les États-Unis et il y a New York. Moi, je suis beaucoup plus New York qu’américain. Oui, New York est unique. Aucune ville ne lui ressemble.

F.A. : Vous êtes à l’affiche de Welcome de Philippe Lioret qui traite de l’immigration clandestine. C’est un sujet sensible aux États-Unis…

V.L. : Oui, et j’espère que ce film va interpeller les gens. C’est un sujet grave. Ce film est aussi ma première collaboration avec Philippe Lioret mais nous allons en faire un autre ensemble. De même qu’avec Stéphane Brizé.

F.A. : Vous n’avez jamais été tenté par le cinéma américain ?

V.L. : Cela s’est déjà présenté. Et j’adore le cinéma américain. Mais si c’est pour jouer le méchant de service ou le Français, avec une cigarette et un béret, ça ne m’intéresse pas. Si on m’offre un jour un très beau rôle, quelque chose de bien, de conséquent, de respectable. Si ça me plaît je fais, si ça me plait pas je fais pas. Même si c’est mon frère, c’est comme ça. Là, par exemple, je n’ai pas tourné pendant seize mois. C’est long seize mois…

F.A. : À quoi occupez-vous vos journées ?

V.L. : Je me réveille très tôt le matin. Je prends mon petit-déjeuner, je vais courir, j’amène ma fille à l’école. Je me balade, je bricole, je vais déjeuner au restaurant avec quelqu’un du métier ou un copain. Ensuite je vais chercher ma fille,  je vaque à mes occupations, et il est très vite six heures, l’heure de l’apéro.

F.A. : C’est ça vivre, non ?

V.L. : Moi je trouve. Je bois des coups, je dîne, après je me couche.

F.A. : Vous n’en rajoutez pas un petit peu ?

V.L. : Mais non, je vous jure. Après, demain est un autre jour. Là par exemple, je viens de commencer un film il y a deux semaines. En même temps, je joue dans le film d’Alain Cavalier qui va durer beaucoup plus longtemps. Derrière, je vais faire le prochain film de Philippe Lioret et ensuite le prochain film de Stéphane Brizé. Entre temps, il y a aussi 2 ou 3 réalisateurs français qui pensent à un scénario pour moi. Je vais enquiller pendant un an et demi, deux ans peut-être. Tant mieux !

F.A. : Quel est votre dernier projet en cours ?

V.L. : J’ai commencé un film avec Delphine Gleize à Bayonne. Je chante aussi avec Jacques Dutronc pendant sa tournée. En attendant, demain, je vais aller me promener un peu downtown New York. À l’ancienne (sourire).

Informations pratiques :

Le film Welcome avec Vincent Lindon sera diffusé au French Film Festival de Richmond le samedi 27 mars à 21 h 45. La projection sera suivie d’une discussion avec l’acteur principal Firat Ayverdi.

Renseignements : www.frenchfilm.vcu.edu

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