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Violences à Paris: la droite reprend son procès en “angélisme” contre la gauche

Face aux violences qui ont secoué Paris pendant la fête du PSG, la droite a repris illico le procès en angélisme qu’elle poursuit contre la gauche, et que l’omniprésence de Manuel Valls sur le terrain sécuritaire avait mis en sourdine.

Dès lundi soir, et encore plus mardi, les élus UMP se sont déchaînés contre ce qu’ils qualifient d'”amateurisme” et d'”irresponsabilité” dans le dispositif policier encadrant la célébration de la victoire parisienne en championnat de France de football. Demande de démission du ministre ou du préfet, commission d’enquête: l’opposition a déployé tout l’arsenal offensif, sur fond de scènes de guérilla urbaine et vandalisme passant en boucle sur les médias. Sur fond aussi d’explications jugées peu percutantes du préfet de police.

Leur thème majeur: face à la délinquance, la gauche ne sait pas faire. Les reproches qu’ils adressaient à la garde des Sceaux, Christiane Taubira, accusée de “laxisme”, ils les ont élargis au “premier flic de France”. Le plus catégorique a été Claude Goasguen, député-maire UMP des quartiers parisiens où ont eu lieu les affrontements. Il a d’emblée réclamé le départ du ministre. Mais il n’a guère été suivi par ses collègues. Sans que M. Valls soit épargné, la cible favorite a été Bernard Boucault, successeur à la préfecture de police de Michel Gaudin, un proche de Nicolas Sarkozy.

Il faut qu’il parte, a tonné le président de l’UMP Jean-François Copé quand son rival, l’ex-Premier ministre François Fillon, sommait le président François Hollande de “sanctionner sans délai les responsables du fiasco”, sans les désigner toutefois. “Racailles”, “comportements barbares”: certains termes employés à l’UMP n’étaient pas si loin de ceux de Marine Le Pen parlant de “gangrène” et de “laxisme d’Etat”.

Valls dans le collimateur de la droite

Autre angle d’attaque : les autorités n’en ont pas fait assez, après en avoir fait trop contre les anti-mariage gay “pourtant pacifiques”, au contraire des “voyous” du Trocadéro. Argument repris par les députés UMP qui vont demander une commission d’enquête sur “le maintien de l’ordre public” et “l’efficacité de la chaîne de commandement”. “Le dispositif policier paraissait totalement inadapté lors des incidents au Trocadéro comme il l’était, pour des raisons diamétralement opposées, dans le cadre des manifestations familiales et pacifiques organisées par La manif pour tous”, a ainsi écrit l’auteur de la proposition, Bernard Accoyer.

L’opposition peut espérer faire coup double en labourant ce terrain : affaiblir un des piliers du gouvernement alors qu’un remaniement se profile, et marquer des points dans la perspective des municipales, puisqu’elle a fort à faire pour déloger la gauche de la mairie de Paris, conquise en 2001. Jusqu’ici, les ténors d’opposition avaient été assez désarmés face à un ministre de l’Intérieur déployant un activisme qui évoque celui d’un de ses prédécesseurs place Beauvau, Nicolas Sarkozy.

Sur des dossiers comme celui des Roms, M. Valls, champion de la “droite du PS”, a tenu des propos (“ils ne souhaitent pas s’intégrer”) ou a lancé des démantèlements de camps qui ont choqué certains dans son parti, mais avaient aussi cloué le bec de l’UMP. C’est que le PS n’a pas foule de ces figures de “la gauche blindée” – l’expression est de Julien Dray – dont l’autorité puisse être comparée à celle d’un Pierre Joxe ou d’un Jean-Pierre Chevènement.

Ce dernier avait un temps “tenu”, sous Lionel Jospin, la guérite de la sécurité, un thème qui avait hanté la campagne présidentielle de 2002. Celui qui avait été Premier ministre cinq ans avait alors avoué avoir été “naïf” face aux problèmes de délinquance. Un qualificatif dont la droite a fait l’usage le plus souligné. Le 21 avril, le socialiste était éliminé du second tour.

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