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Virginie Ledoyen, le glamour au naturel

À 33 ans, Virginie Ledoyen incarne la beauté sans artifice. Dans L’Armée du crime, de Robert Guédiguian, qui sortira en salles le 20 août aux États-Unis, elle joue la femme du leader d’un groupe de résistants dans la France de Vichy. Un rôle de composition pour l’héroïne de La Plage, de Danny Boyle, qui choisit des films aux registres très différents, loin des sirènes d’Hollywood.

France-Amérique : Dans L’Armée du crime, vous incarnez Mélinée Manouchian, la femme du résistant et leader mythique du groupe Manouchian. Qu’est-ce qui caractérise le plus ce personnage ?

Virginie Ledoyen : Sa foi. C’est quelqu’un qui a une foi absolue en l’être qu’elle aime, dans ses convictions. Je dirais que sa foi et son intégrité sont les premières choses qui la caractérisent.

F.-A. : C’est un personnage réel, qui fait partie de l’Histoire. Comment vous êtes-vous appropriée le personnage ? 

V.L. : Ça a été étrangement assez simple parce c’est une période de l’Histoire que le réalisateur Robert Guédiguian connaît très bien et que le scénario était super bien écrit. Il a su instaurer une atmosphère et un décor sans faire seulement une reconstitution historique. Il nous a fait nous approprier les personnages de manière simple et respectueuse. Car ce sont de véritables héros, des gens ordinaires qui deviennent extraordinaires. Leur destin est tellement fort qu’il fallait presque en faire le moins possible et garder profil bas.

F.-A. : Vous êtes-vous inspirée d’autres figures féminines de la Résistance, comme Lucie Aubrac, ou de documents d’archives ?

V.L. : Non. J’aurais pu mais Robert voulait que l’on se dégage de tout cela. Que l’on aborde notre personnage de manière presque moderne et contemporaine, la plus anecdotique possible pour qu’il y ait moyen de transposer.

F.-A. : Robert Guédiguian est un cinéaste qui tisse le lien politique et pose la question de la place du cinéma dans la lutte sociale. Choisir de tourner avec lui représente-t-il une certaine forme d’engagement ?

V.L. : Robert est quelqu’un d’extrêmement entier qui s’investit dans son œuvre de manière spectaculaire. Il fait un travail politique. Pas simplement en exposant des idées. C’est quelqu’un d’engagé, qui pose un point de vue sur le monde. Je ne dis pas que je partage toutes ses idées, mais je trouve qu’il fait une proposition de cinéma très importante pour laquelle j’ai beaucoup de respect.

F.-A. : Est-ce la responsabilité de l’artiste de s’engager ?

V.L : En ce qui concerne L’Armée du crime, c’est une période de l’histoire de France très sombre, assez mal connue. Il ne s’agit pas d’être parfaitement binaire et de dire que les Français ont tous été collabos mais c’est important de rappeler que ça a existé en France, ne serait-ce que pour que cela ne se reproduise pas. Ça ne veut pas dire que l’on doit être militant. Je ne me sens pas l’âme d’une va-t-en-guerre !

F.-A. : Vous mettez aussi à profit votre notoriété pour vous engager dans des causes apolitiques comme la lutte contre le sida…

V.L : Oui. Je pense que l’on a cette chance-là, quand on est célèbre, de pouvoir sensibiliser les gens à des choses méconnues. Je crois que quand l’on s’engage dans une cause, il faut le faire vraiment, de manière intègre et pas simplement pour le dire ou se donner une bonne image.

F.-A. : Vous avez été l’égérie de L’Oréal. Aujourd’hui, vous représentez la marque de prêt-à-porter IKKS aux côtés de Vincent Pérez. Quelle image de la femme pensez-vous refléter ?

V.L : J’espère n’avoir pas une image trop définie, ce qui permettrait de plaquer plein de rôles possibles. Peut-être un certain naturel… je ne sais pas. D’une certaine manière, cela ne me regarde pas.

F.-A. : Vous avez connu un début de carrière international en jouant dans La fille d’un soldat ne pleure jamais de James Ivory et surtout La Plage en 2000 aux côtés de Leonardo DiCaprio. Avez-vous  songé à faire carrière aux États-Unis ensuite ?

V.L : Faire des films étrangers, quand je reçois de beaux scénarios, oui. Faire carrière aux États-Unis comme un objectif en soi, non. Et puis je ne me voyais pas vivre là-bas. Après, Martin Scorsese n’est pas venu me chercher non plus. Il faut être honnête. En tout cas, ce n’est pas mon but que de faire carrière là-bas. Bien qu’il y ait d’excellents cinéastes…

 

 

 

 

F.-A. : À qui pensez-vous ?

V.L : À Martin Scorsese donc. Mais aussi à Kathryn Bigelow ou David Fincher par exemple. À Woody Allen, à Paul Thomas Anderson… Il y en a énormément. Mais il y a aussi une multitude de cinéastes français avec lesquels j’ai envie de travailler.

F.-A. : Où vous situez-vous dans votre carrière ?

V.L. : Je ne sais pas bien où je me situe mais je m’y sens bien. Je joue des rôles qui me portent. Des personnages de mon âge ! J’ai passé le cap des jeunes premières et j’en suis très contente. Je me sens en phase avec ce que je suis.

F.-A. : On a pu vous voir aussi bien dans des films d’auteur comme La Cérémonie de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert que dans des films à la dominante sociale comme Ma 6-T va craquer. Quels sont vos critères de sélection ?

V.L : Je suis actrice mais j’aime d’abord le cinéma en tant que spectatrice. J’aime me balader dans des univers et dans des genres cinématographiques très différents, qui m’émeuvent. Pour les critères, c’est assez simple. Les films que je fais sont ceux que j’aimerais aller voir au cinéma.

F.-A. : Vous avez joué dans les comédies musicales Jeanne et le garçon formidable et dans Huit femmes de François Ozon. Vous incarniez aussi le rôle d’une chanteuse dans le film Héroïnes et vous avez chanté avec le fils de Leonard Cohen, Adam Cohen. Avez-vous déjà songé à faire de la musique un second métier ?

V.L. : Non, pas du tout. Je ne suis pas musicienne. Même si j’adore me prêter au jeu quand des chanteurs me le proposent, comme Adam Cohen. Ça m’amuse. Mais je le fais à la manière d’une interprétation. C’est tout.

F.-A. : Vous avez aussi joué au théâtre avec Arié Elmaleh, le frère de Gad Elmaleh, dans la pièce Irrésistible

V. L : Oui, c’était la première fois que je jouais au théâtre, depuis l’enfance. J’ai trouvé la pièce très belle, très contemporaine et assez cinématographique. J’aimais aussi beaucoup l’écriture de Fabrice Roger-Lacan. C’était une chouette expérience.

F.-A. : Seriez-vous prête à remonter sur les planches ?

V.L : Absolument

F.-A. : Vous êtes à l’affiche de Tout ce qui brille. Pouvez-vous nous parler de votre rôle ?

V.L : Il s’agit du personnage d’Agathe, une fille qui a tout ce qui faut pour être heureuse en apparence. De l’argent, une garde-robe de couturier, un très bel appartement. Mais qui s’ennuie prodigieusement. C’est un personnage presque vide, de malheureux. Quelqu’un qui n’a pas de centre, qui n’est tenu par rien.

F.-A. : Quels sont vos derniers projets en cours ?

V. L : J’ai un projet de film avec Emmanuel Mouret, le réalisateur d’Un baiser s’il vous plaît. Et beaucoup d’autres choses en attente.

F.-A. : Envisagez-vous de passer ensuite derrière la caméra ?

V. L : Pour l’instant, je n’ai pas trouvé quelque chose qui me tienne suffisamment à cœur pour le réaliser. Mais ce serait la réalisation d’un fantasme absolu parce que je trouve que le métier de réalisateur est le plus beau qui soit au cinéma.

 

Infos pratiques :

L’Armée du crime, de Robert Guédiguian, sort en salles le 20 août à New York et San Francisco.

Avec Virginie Ledoyen, Simon Abkarian, Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet, Lola Naymark, Yann Trégouët, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Ivan Franek, Adrien Jolivet, Olga Legrand, Mirza Halilovic, Boris Bergman, Pierre Niney, Jean-Claude Bourbault, Horatiu Malaele, Miguel Ferreira. Durée : 2 h 19.

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