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“Vous m’avez menti!” accuse l’ancien patron de Jérôme Kerviel

“Vous m’avez menti tout le temps!” a lancé à Jérôme Kerviel son ancien patron, Jean-Pierre Mustier, très énervé, interrogé mercredi au procès de l’ancien trader de la Société Générale, jugé pour avoir fait perdre 4,9 milliards d’euros à la banque.

M. Mustier, 49 ans, ancien patron de la banque de financement et d’investissement de la Société Générale (SG CIB), a quitté l’établissement en 2009 et s’est présenté à la barre comme “sans profession”.

Il a dit avoir appris le 19 janvier 2008 que Jérôme Kerviel avait pris pour près de 50 milliards d’euros de positions non autorisées. Des risques “inhumains”, “inconséquents”, s’est indigné M. Mustier, lui-même ancien trader.

“Comment peut-il dire qu’il a fait cela pour le bien de la Société Générale, pour lui faire gagner de l’argent?” s’est-il emporté. “Il ment, comme il a toujours menti!”

Dans un premier temps, il dit avoir craint que Jérôme Kerviel ne se suicide, parce que le trader avait envoyé à des collègues mail et texto évoquant “une corde pour se pendre”, ou un train pour se jeter dessous.

L’ancien patron des investissements de la Société Générale a d’ailleurs confirmé des propos qui lui sont prêtés, notamment par Jérôme Kerviel dans son livre publié début mai (l’Engrenage, mémoires d’un trader): “si tu as vraiment gagné 1,4 milliard, c’est que tu es vachement bon, que tu es un très bon trader”.

1,4 milliard, c’était le gain “caché” du trader fin 2007, avant la perte colossale de janvier 2008.

Quant aux affirmations de Jérôme Kerviel selon lesquelles ses supérieurs étaient au courant de ses prises de position, M. Mustier a répondu: “la hiérarchie, c’est moi, la hiérarchie ne savait pas!”

“Ecrivez que Mustier n’était pas au courant!”, a-t-il crié à l’adresse des journalistes, avant d’être rappelé à l’ordre par le président.

“On encourage les traders à savoir prendre des risques, pas à prendre des risques!”, a-t-il expliqué.

Le président du tribunal, Dominique Pauthe, lui a demandé s’il se sentait responsable des carences des services de contrôle de la banque, qui auraient laissé libre cours aux prises d’engagements astronomiques de Jérôme Kerviel. “Bien sûr, c’est pour ça que j’ai démissionné”, a-t-il dit.

La banque s’était vu infliger une amende de 4 millions d’euros par la Commission bancaire pour ces lacunes.

M. Mustier faisait alors l’objet d’une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour des soupçons de délit d’initié en 2007, “contesté” par l’intéressé. La commission des sanctions de l’AMF n’a pas encore communiqué sa décision le concernant, mais elle le fera jeudi, selon lui.

“Le rapport demande ma mise hors de cause (…), je pense que je suis d’une éthique irréprochable”, a-t-il estimé.

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