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Voyage au coeur de la dette américaine

Deux mois à peine après son retour en France, l’analyste financier Edouard Tétreau, aujourd’hui conseiller en stratégie et investissement, est de passage à New York pour présenter son livre 20 000 milliards de dollars. Il nous emmène en voyage entre Wall Street et la Silicon Valley pour expliquer comment les Etats-Unis vont faire payer leur dette au reste du monde. Il sera à l’univeristé de Columbia le mardi 26 octobre.

Votre livre parle de crise financière de 2008, mais contrairement à ce que laisse supposer le titre, vous adoptez plutôt un regard de sociologue. Plutôt déroutant pour un analyste financier?

Mon projet de départ, ce n’était pas du tout de faire un livre sur la finance. Quand j’ai su que j’allais aller m’installer aux Etats-Unis en 2007, j’ai directement acheté un Moleskine en me disant que j’allais faire mon livre sur les Etats-Unis. Je voulais me balader un peu partout  et raconter ce pays qui me fascine, mais je me suis en quelque sorte fait rattrapé par la crise des subprimes qui s’est invité dans mon scenario. Alors, c’est devenu un livre sur la crise financière, puis sur ce choc politique avec l’élection d’Obama après huit ans de Bush, même si j’ai essayé de garder le fil du récit de voyage. Avec l’éditeur, on a beaucoup hésité sur le titre : qu’étaient ces 20 000 milliards de dollars, sinon une chronique de l’exubérance américaine et de la folie des Etats-Unis.

Votre travail, très documenté et plein d’humour, n’emmène pas vraiment le lecteur dans les couloirs des banques Wall Street mais plutôt à travers le pays pour comprendre les Américains. Pourquoi n’avoir pas simplement laisser parler les chiffres?

J’ai exercé différents métiers et je sais que l’on peut faire raconter tout et n’importe quoi aux chiffres: mais rien ne remplace la vérité des faits. Il faut aller sur le terrain et ensuite regarder comment les économies ont traduit tout cela en équation. Les bonnes réponses se sont pas dans des rapports chiffrés, mais il faut aller les trouver dans cette Amérique. L’épisode du “Bon samaritain” dans mon livre, m’a fait ouvrir les yeux sur le système de santé par exemple.

Sans tomber dans la critique, on sent parfois dans votre écriture un rejet du système américain…

Pas un rejet, mais au début sur certains aspects j’ai eu un choc. Ensuite, a j’ai observé, avec admiration, des mécaniques extraordinaires aux Etats-Unis. Maintenant que je suis retourné en France, je vois qu’elles manquent à notre pays. Les Etats-Unis continuent de vouloir donner envie de se battre malgré des problèmes qui peuvent paraître incommensurables. En France, on reste dans le refus. Je suis revenu depuis deux mois et j’en suis déjà à mon deuxième jour de grève. J’espère qu’un jour on arrivera à implanter l’optimisme et l’unité politique en Europe.

Déçu, alors, d’être rentré à Paris après ces trois ans à New York?

Non, j’adore l’école gratuite, le système de santé et de ne pas vivre pour travailler. En s’expatriant, on n’en apprécie que mieux la qualité de la France, de l’Europe mais aussi de leurs limites.

Vous vous êtes illustré par des études prémonitoires (Analyste au cœur de la folie financière, paru en 2005, qui alertait l’opinion publique sur les bulles spéculatives et la folie de la finance). Dans votre nouveau livre, vous évoquez le mot de guerre. Doit-on avoir des craintes?

Le pire n’est pas toujours sûr et on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. C’est la leçon que peut nous enseigner l’Amérique, lorsqu’en 1929, elle a touché le fond avant de devenir, dix ans plus tard, la puissance qui allait gagner la guerre. Même dans la chute, il y a des ressorts qui font que l’on se réinvente.  Cependant, sans vouloir faire de la pédagogie catastrophe, l’histoire nous enseigne aussi qu’en faisant la guerre des monnaies, il arrive que l’on se fasse la guerre tout court. Le dollar américain ou le yuan chinois reflètent beaucoup de choses : ce ne sont pas qu’une écriture comptable, mais aussi de l’épargne, de la confiance, des projets, etc. Mais, si on joue n’importe comment avec, comme ce que fait actuellement la banque centrale des Etats-Unis avec le dollar, il y a des risques. Alors pour le prochain G20, je conseille à ses membres de lire ou relire Keynes.

Les prochaines élections législatives aux Etats-Unis peuvent-elles changer la donne ?

Statistiquement, les présidents perdent toujours ces élections de mi-mandat. Mais cela peut aussi apporter de bonnes choses. Clinton en 1992 avait mal démarré : il ne trouvait pas ses marques. En 1994, les républicains renversent la majorité des deux chambres du Congrès et l’obligent à l’orthodoxie budgétaire. Il va réussir à ramener le budget à l’équilibre qui arrivait alors à faire des excédents. Obama va certainement perdre ces élections, mais pas sûr qu’il faille l’enterrer tout de suite, cela peut apporter de bonnes choses comme pour Clinton qui a été un grand président. Le pire scénario que serait que la perte de ces élections par les Démocrates conduisent à la paralysie de la première puissance mondiale.

Quels sont vos projets ?

Ma priorité, c’est de trouver le chemin pour promouvoir ce livre sur le marché américain, ce qui est assez difficile car il est assez “US-centric”. Ensuite, j’écrirai mon prochain ouvrage, sur les Etats-Unis, mais d’Europe cette fois-ci.

Informations pratiques:

Edouard Tétreau donnera une conférence en anglais, avec Eric Schine and Emmanuel de Saint Martin, le mardi 26 octobre de 6:30-8:00 p.m. à l’East Gallery-Buell Hall de l’université de Columbia.

Pour en savoir plus:

http://etatsunisdeurope.com

http://www.maisonfrancaise.org/

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