Subscribe

Wajdi Mouawad « incendie » Philadelphie

Scorched (Incendies), la pièce incandescente de Wajdi Mouawad, auteur libanais francophone résidant au Québec, est présentée au Wilma Theater de Philadelphie jusqu’au 29 mars. Rencontre avec le metteur en scène Blanka Zizka et le dramaturge Walter Bilderback.


Wajdi Mouawad dit avoir « porté son enfance comme un couteau en travers dans la gorge. » L’auteur d’expression française, né au Liban en 1968, a fui enfant la guerre dans son pays pour se réfugier avec ses parents en France puis au Québec, où il vit toujours.  Mais les démons de son enfance continuent de hanter son œuvre.  Incendies, actuellement présenté dans une mise en scène de Blanka Zizka au Wilma Theater de Philadelphie, est le deuxième volet d’un tétralogie conçue autour des thèmes de la guerre, de la mémoire et de la filiation. D’une poésie tragique, la pièce raconte l’odyssée de Simon et Jeanne Marwan, deux jumeaux, contraints par la mort de leur mère Nawal à revenir dans un pays en guerre, sur les traces d’un père et d’un frère dont ils ignoraient l’existence. 

Comment avez-vous découvert Scorched ?

Blanka Zizka : Je ne connaissais pas le travail de Wajdi Mouawad, j’avais seulement reçu le dossier de presse de la pièce, il y a trois ans. Nous avons vu Scorched en septembre dernier au Live Theater de Toronto, au Canada, dans une mise en scène de Richard Rose. J’ai été soufflée par la puissance du texte. Nous avons demandé le script anglais à Richard Rose et avons commencé à répéter en février.

Qu’est-ce qui vous a interpellé dans  Scorched ?

Blanka Zizka : Cette façon qu’a Wajdi Mouawad d’explorer un événement dramatique par le biais du conte. La pièce parle des pires aspects de l’humanité : le viol, la torture, la vengeance, et pourtant, elle le fait avec une générosité peu commune. La poésie est omniprésente dans l’écriture.

Justement, l’écriture très poétique de la pièce n’a-t-elle pas été trop difficile à traduire en anglais ?

Blanka Zizka : J’aurais voulu pouvoir lire la version originale ! Malheureusement, je ne parle pas le français, c’est donc difficile pour moi de juger de la qualité de la traduction de Linda Gaboriau. Mais mes amis francophones l’ont unanimement plébiscitée.

Scorched s’interroge sur la question des origines et de la filiation. Pensez-vous que cela ait une résonance spéciale dans un pays d’immigrants comme les États-Unis  ?

Blanka Zizka : Absolument. Ayant moi-même immigré aux États-Unis (ndlr, elle est d’origine tchèque), je suis particulièrement consciente de  la difficulté qu’il y a à vouloir garder vivant en soi l’héritage  de la terre d’origine tout en s’intégrant à sa culture d’adoption. Dans Scorched, c’est le contraire : les protagonistes sont rattrapés par leur sang. Les jumeaux, Jeanne et Simon, qui ont grandi dans les valeurs individualistes de l’occident, se retrouvent perturbés dans leur équilibre par la dernière requête de leur mère. Ils sont d’abord dans le rejet de ce lien familial insoupçonné qui les rattache à une culture étrangère et les rend du même coup moins libres. Dans les cultures orientales, le poids de la famille est beaucoup plus lourd.

Peut-on dire que ce retour aux origines va donner un sens à leur vie ?

Blanka Zizka : Oui, ou en tout cas ce périple va rapprocher les jumeaux, les faire se retrouver, et s’aimer réellement.

Walter Bilderback : Wajdi Mouawad dit que ses histoires sont moins des quêtes que des odyssées. Parce que la quête fait aller de l’avant, alors que l’odyssée renvoie vers le passé.

Était-ce une urgence pour vous de parler de la guerre à l’heure des conflits irakien et palestinien ?

Blanka Zizka : Oui, nous avons d’ailleurs fait beaucoup de lectures de textes engagés avant de choisir Scorched, mais rien n’était satisfaisant. Scorched est une pièce pleine, qui a su capter toute la complexité de la guerre. Notre vision américaine de ces conflits lointains est forcément biaisée, tronquée. Wajdi Mouawad, lui, parle de quelque chose qu’il a vécu.

Walter Bilderback : Nous préférons dire de nos pièces qu’elles sont « politiquement évocatrices et non provocatrices. » Dans Scorched, on ne fait pas mention d’un conflit en particulier. C’est une réflexion de portée universelle qu’on pourrait transposer en Irak, en Palestine ou au Liban ou même dans les ghettos de Philadelphie, en fait partout où règne une violence organisée, dont les femmes et les enfants sont les premières victimes.

Quel accueil a pour l’instant reçu votre production ?

Walter Bilderback : Un accueil exceptionnel. Après trois heures de spectacle, plus des trois quarts de la salle restent encore pour des échanges de questions-réponses.

Comptez-vous retravailler sur des pièces de Wajdi Mouawad ?

Walter Bilderback : Oui, mais elles ne sont malheureusement pas encore toutes traduites en anglais. Littoral a été traduite sous le titre Tideline. Linda Gaboriau est en train de travailler à la traduction de Forêts et le dernier volet, Ciels est je crois, encore en cours d’écriture. (Ndlr, les quatre volets de la tétralogie- Littoral, Incendies , Forêts et Ciels – seront pour la première fois joués ensemble dans la Cour du palais des Papes au festival d’Avignon, où Wajdi Mouawad est cette année l’artiste associé).

 

Infos pratiques :

Jusqu’au 29 mars 2009

Wilma Theater de Philadelphie

On the Avenue of the Arts at Broad &Spruce streets, Philadelphia PA 19107

tel: 215 893 9456

font-family: arial,helvetica;”>
www.wilmatheater.org

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related