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Washington redoute l’obsession nucléaire d’Al-Qaïda

La Maison Blanche a assuré lundi qu’Al-Qaïda manifestait un intérêt “fort” pour les armes atomiques et mis en garde contre la menace “grave et réelle” d’un terrorisme nucléaire, à quelques heures de l’ouverture d’un sommet international sur la sécurité nucléaire à Washington.

“Al-Qaïda essaie depuis plus de 15 ans de se procurer une arme nucléaire et son intérêt reste fort à l’heure actuelle”, a déclaré le conseiller du président Barack Obama pour l’anti-terrorisme, John Brennan, alors qu’une cinquantaine de dirigeants affluaient vers la capitale américaine pour réfléchir aux moyens de sécuriser leur arsenal atomique. “La menace du terrorisme nucléaire est réelle, elle est grave, elle va croissant”, a-t-il prévenu.

M. Brennan a en revanche admis qu’il n’était en possession “d’aucun indice (prouvant) qu’Al-Qaïda possède la capacité d’utiliser des armes nucléaires”. Nombre d’experts doutent de la capacité d’Al-Qaïda à mettre la main sur des matériaux fissiles, à fabriquer une bombe nucléaire ou encore à se servir d’une telle arme.

Lors du sommet de deux jours qui s’ouvre formellement en fin d’après-midi au palais des Congrès de Washington, le président Obama a affirmé lundi espérer des actions “très spécifiques et concrètes” de la part des Etats pour qu’ils sécurisent davantage leurs stocks d’uranium et de plutonium, et éviter ainsi qu’ils tombent entre les mains d’extrémistes.

M. Obama a défini les enjeux de ce sommet, le plus important organisé par son pays depuis 1945 par le nombre de chefs de d’Etat ou de gouvernement qui y participent, en soulignant dimanche que “la plus grande menace contre la sécurité des Etats-Unis serait la possibilité qu’une organisation terroriste obtienne une arme nucléaire”.

Il existe quelque 1.600 tonnes d’uranium hautement enrichi et 500 tonnes de plutonium dans le monde, soit suffisamment pour fabriquer 120.000 bombes nucléaires. Or leur accès n’est pas toujours suffisamment sécurisé. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a recensé une quinzaine de cas de trafic d’uranium enrichi ou de plutonium entre 1993 et 2008, notamment dans l’ex-bloc soviétique.

Les Etats-Unis craignent également la prolifération de matériel nucléaire par des Etats comme le Pakistan, dont les services secrets sont soupçonnés de soutenir les talibans et Al-Qaïda.

Selon un article publié en 2009 par l’Académie militaire américaine de West Point, des militants islamistes proches d’Al Qaïda ont attaqué ces dernières années trois installations utilisées dans le cadre du programme nucléaire pakistanais.

Toutefois, même si le réseau extrémiste parvenait à s’emparer d’un engin nucléaire, “un système informatique et un système complémentaire de double codage devraient en principe les empêcher de s’en servir”, juge Mehdi Mekdour, du GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité) de Bruxelles, qui a étudié la sécurisation des installations nucléaires pakistanaises.

Il semble par ailleurs peu concevable qu’Al Qaïda parvienne à élaborer une bombe nucléaire par ses propres moyens, selon de nombreux observateurs. “Développer une bombe nucléaire requiert un processus sophistiqué qu’Al-Qaïda ne maîtrise visiblement pas”, affirme un responsable du renseignement américain sous couvert d’anonymat.

“Je pense qu’il existe de réelles inquiétudes” concernant le risque de terrorisme nucléaire, “mais naturellement d’autres facteurs, diplomatiques et politiques, entrent en ligne de compte”, conclut Daniel Byman, expert au centre de réflexion Brookings.

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