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WikiLeaks : Julian Assange, l’énigme qui brise les secrets

Julian Assange, accusé quelques heures de viol en Suède samedi, braque les projecteurs de l’actualité sur les scandales cachés de la planète avec son site WikiLeaks, mais cultive ses zones d’ombre avec un art consommé du secret.

Fondateur et figure emblématique du site spécialisé dans les fuites de documents confidentiels, cet Australien de 39 ans accumule les révélations de l’Irak au Kenya en passant par l’Islande et dernièrement – son coup de maître – la guerre en Afghanistan. En publiant 77.000 documents militaires confidentiels le 23 juillet, il a suscité une tempête médiatique et déclenché une salve de critiques du Pentagone qui l’accuse d’irresponsabilité.
“Nous voulons trois choses: libérer la presse, révéler les abus et sauvegarder les documents qui font l’Histoire”, a expliqué le numéro un de WikiLeaks à l’AFP à Stockholm.

Il est devenu celui qui fait trembler la CIA, le chasseur d’abus, l’apôtre de la transparence… mais est resté un homme énigmatique qui refuse – précaution parmi tant d’autres – de donner la date exacte de sa naissance. “Nous faisons face à des organisations qui n’obéissent pas aux règles. Nous sommes face à des agences de renseignement”, dit-il. Né en 1971 -il ne sera pas plus précis- sur Magnetic Island, dans le nord-est de l’Australie, Julian Assange passe une enfance nomade qui lui vaut de fréquenter 37 écoles, comme il l’a raconté à des médias australiens. Adolescent à Melbourne, il se découvre un talent de pirate informatique. Mais la police lui met la main dessus et il s’en tire, en plaidant coupable, avec une amende et un serment de bonne conduite.
La police n’a jamais été en mesure de déterminer s’il était impliqué ou non dans un incident en octobre 1989 durant lequel les écrans d’ordinateurs de la NASA ont soudainement été barrés du mot “WANK” (“Branleur”) peu avant le lancement de la navette Atlantis. Ensuite, “j’ai été conseiller en sécurité, j’ai fondé une des premières compagnies de services informatiques en Australie, j’ai été consultant en technologie, chercheur en journalisme, j’ai coécrit un livre”, énumère-t-il. Il fonde WikiLeaks en 2006, avec “une dizaine de personnes venant du milieu des droits de l’Homme, des médias et de la haute technologie”.
Grand, mince, poli, le sourire volontiers ironique, il pèse chaque mot, marque un temps de silence avant de répondre, aboutissant à un discours limpide mais très maîtrisé. Insaisissable, refusant de dire d’où il vient et où il va, il saute de capitale en capitale, logeant chez des partisans ou des amis d’amis.

Depuis la publication des documents confidentiels sur l’Afghanistan, il s’est fait discret. Il a coupé ses longs cheveux blonds argentés qui lui valaient d’être comparé à un ange, ne donne plus aucun numéro de portable, soupçonne l’Australie d’avoir gelé un de ses comptes en banque, se sent traqué lors d’un passage à Londres début août.
Accusé de viol et d’agression par la justice suédoise, il a démenti catégoriquement samedi et laissé entendre qu’il s’agirait d’une attaque malveillante. Selon un collaborateur, il pourrait être victime d'”organisations puissantes qui veulent faire du mal à WikiLeaks”. Après quelques heures, le Parquet a annulé l’avis de recherche au motif qu’Assange n’était plus suspect de viol.

L’Islande et la Suède, où il bénéficie de soutiens et de législations favorables, sont des escales privilégiées dans son voyage permanent autour du globe, de Londres à Nairobi, des Pays-Bas à la Californie. A Reykjavik début mars, il avait raconté à l’AFP avoir longtemps vécu au Kenya. Il travaillait alors en Islande au “projet B”. Enfermé des semaines dans une maison aux rideaux en permanence tirés, il y met au point, avec quelques partisans de WikiLeaks, leur premier grand scoop: la vidéo prise par la caméra d’un hélicoptère militaire d’une bavure de l’armée américaine à Bagdad en 2007.
Erudit, il milite pour un nouveau journalisme. “On nous demande souvent: est-ce qu

e vous vérifiez vos sources? Mais nous, nous vérifions des documents. Nous appelons, nous demandons: ces documents sont-ils les vôtres ? Oui, non, peut-être? Et je pense que c’est une exigence bien supérieure”, dit-il.

 

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