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WikiLeaks : Washington dénonce un “crime grave”

Les fuites de 250.000 notes diplomatiques américaines orchestrées par WikiLeaks provoquaient lundi la consternation dans les chancelleries du monde entier, tandis que la Maison Blanche a réagi en qualifiant cette opération de “crime grave”.

WikiLeaks et ceux qui disséminent ces informations “sont des criminels”, a dénoncé Robert Gibbs, porte-parole de la présidence américaine, jugeant que ces fuites constituent “de graves violations de la loi et une menace grave pour ceux qui mènent et aident notre politique étrangère”.
De son côté, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a évoqué une “attaque contre la communauté internationale”. Elle s’était auparavant entretenue avec son homologue turc Ahmet Davutoglu, qualifié dans certains télégrammes diplomatiques “d’exceptionnellement dangereux” par un informateur des diplomates américains en poste à Ankara.
Au cours de leur rencontre, tous deux “ont discuté du problème de WikiLeaks et le ministre des Affaires étrangères (turc) a apprécié les commentaires directs et francs de la secrétaire” d’Etat, a déclaré à la presse le porte-parole du département d’Etat, Philip Crowley. M. Davutoglu, au côté de Mme Clinton, a déclaré que son pays maintenait “un partenariat stratégique” avec Washington.
Les documents, récupérés par WikiLeaks et communiqués à plusieurs grands médias, jettent une lumière crue sur les coulisses de la diplomatie américaine.
On y apprend pêle-mêle que le roi Abdallah d’Arabie saoudite s’est prononcé auprès de Washington pour une attaque contre l’Iran, que les diplomates américains voient en Nicolas Sarkozy un homme “susceptible et autoritaire”, ou que la Russie serait un “Etat mafieux virtuel”.
Lundi, les partenaires de Washington reprenaient la rhétorique empruntée par les Etats-Unis, en vilipendant les méthodes du site internet. La France a déploré une divulgation “délibérée et irresponsable”. En Italie, le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, a dit craindre un “11-Septembre de la diplomatie mondiale”.
Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien mis sur le même plan qu’Adolf Hitler dans certaines notes américaines, a jugé ces documents “sans valeur”, expliquant dans un même souffle que ces publications “font partie d’une campagne de guerre d’information” contre Téhéran, orchestrée par les Etats-Unis.
Mais les dirigeants raillés ou mis en cause dans ces notes se sont empressés d’assurer que ces “ragots”, selon Guido Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères, ne portaient pas atteinte à leurs relations avec Washington. Et un porte-parole du Premier ministre britannique David Cameron a assuré que son pays continuerait à “travailler étroitement avec les Etats-Unis”.
L’Afghanistan ne pense pas non plus que ses relations avec les Etats-Unis subiront des dommages, en dépit de documents décrivant le président Hamid Karzaï comme “faible” et son frère Ahmed Wali comme un baron de la drogue corrompu.
Au Proche-Orient, un haut responsable israélien estime qu’Israël “s’en tire à très bon compte”, les fuites confirmant la position officielle d’Israël en faveur d’une grande fermeté à l’égard de Téhéran.
Côté américain, la riposte s’articule autour de deux axes: poursuites judiciaires et prévention contre de nouvelles fuites. Le ministre de la Justice Eric Holder a rappelé qu’une “enquête pénale est en cours, nous ne sommes pas en position pour l’instant de donner des résultats, mais l’enquête est en cours”. La Maison Blanche a annoncé avoir ordonné un passage en revue des procédures de sécurité pour éviter de nouvelles révélations.
En Amérique latine, le président vénézuélien Hugo Chavez a demandé à Mme Clinton de démissionner, estimant que “l’empire (américain) est mis à nu”. Et son allié, l’Equateur, s’est dit prêt à accueillir Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, qui vit caché depuis qu’il est dans le collimateur de Washington.

 

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