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Woodkid, un ovni musical made in France

Woodkid, aka Yoann Lemoine, est un jeune talent français vivant aux Etats-Unis depuis quelques années. Compositeur et vidéaste, on lui doit la réalisation des clips de Lana Del Rey, Moby, Yelle, Katy Perry ou encore Drake. Inconnu du grand public avant 2011, il affole la toile depuis le succès de ses deux morceaux puissants et orchestraux, Iron et Run boy run, accompagnés de vidéos clips esthétisants. Après deux EP et un live depuis la Tour Eiffel en janvier dernier, l’artiste prépare son premier album, The Golden Age, qui sortira début 2013. Il a d’ores et déjà entamé une tournée européenne et américaine qui passera par New York, San Francisco et Los Angeles, les 1er, 2 et 3 novembre. Entretien.

ATTENTION : EN RAISON DES PERTURBATIONS DU TRAFIC AERIEN APRES L’OURAGAN SANDY, WOODKID ANNULE SA TOURNEE AUX ETATS-UNIS.

France-Amérique : Après le succès d’Iron et Run boy run, votre album The Golden Age est très attendu. Comment réagissez-vous à la pression ?

Woodkid : Il n’y a pas réellement de pression. Nous avons choisi de ne pas profiter du succès d’Iron pour faire l’album. On prend le temps de faire cet album, on ne se précipite pas. Du coup, on se dit que si l’album ne marche pas, on n’aura rien à se reprocher.

Cet album sera-t-il dans la continuité de vos précédentes réalisations ?

Oui, on reste dans un univers très cinématographique, très épique. On a travaillé avec l’orchestre national de Paris pour les enregistrements. Pour moi, cet album est grandiloquent, il s’attache aux émotions, il est puissant. C’est un projet cohérent qui raconte l’évolution d’un enfant qui passe à l’âge adulte.

En quelques morceaux, le mystère Woodkid est né. Est-ce quelque chose que vous entretenez ?

Je suis quelqu’un d’assez discret, je me montre peu. En tant que réalisateur, je participais aux succès sans me montrer et c’est vrai qu’en devenant musicien et chanteur, je dois un peu inverser cette tendance. Mais j’essaie de le faire avec parcimonie : je ne fais pas beaucoup de télévision, peu d’interviews, je ne montre pas trop mon visage, je n’apparais pas dans mes clips. J’essaie de laisser ma musique en avant-plan. Et je crois que ça marche, il y a un mystère qui s’est créé autour du projet et on essaie de le préserver.

Comment s’est effectuée votre transition  de réalisateur à chanteur ?

En fait, j’ai toujours fait de la musique, depuis tout jeune. J’ai été au conservatoire, j’ai fait du piano pendant longtemps. Et puis j’ai toujours chanté. J’ai vraiment découvert ma voix il y a 6-7 ans. Le déclic s’est produit lorsque j’ai signé mes premières maquettes G.U.M (Green United Music) et que j’ai commencé à travailler sur mon premier EP Iron, il y a plus de trois ans. Un an après, on en terminait la production et je me suis dit “voilà, c’est la direction que va prendre le projet”. Je ne pensais pas que l’on rencontrerait un tel succès.

Pourquoi ‘Woodkid’ ? Quelle est son histoire ? Son univers ?

Woodkid, c’est avant tout un projet artistique. J’aime beaucoup comparer les étapes de la vie, les sentiments et les sons à des images, des matériaux et des matières. En l’occurrence, pour moi, l’enfant vient de l’état de bois, très émotionnel, attaché à ses racines, attaché à la terre, à un élément très organique. Petit à petit, il va entrer en collision avec la vie qui est faite de marbre, une matière minérale, résistante, solide. La transformation du bois en pierre, c’est en quelque sorte le passage de l’enfance à l’âge adulte.

Dans les clips d’Iron et de Run boy Run, vous semblez accorder une certaine importance à l’Eglise et à la religion. Quelle est votre démarche ?

J’ai grandi dans un environnement assez religieux. J’allais à la messe, à l’école catholique. C’est quelque chose que j’ai d’abord renié. Les aléas de la vie m’ont fait comprendre qu’il y avait une forme d’absurdité dans cette croyance. Et puis, j’y suis revenu progressivement de manière plus personnelle, plus mystique. Il n’y a rien de plus intime que la religion. Dans mon projet artistique, c’est un sentiment que j’ai voulu recréer.

Que représente pour vous l’image de ces deux clés croisées qui reviennent régulièrement dans vos clips ?

Dans mon travail, j’aime développer les symboles, les métaphores. Les clés sont des pièces de puzzle que les gens interprètent à leur manière. Un symbole a autant de significations qu’il existe de religions, d’interprétations, de personnes. Pour moi, ces clés symbolisent le passage, mais je tiens à laisser aux gens leur liberté d’interprétation.

Vous poussez l’esthétique au maximum dans vos clips et dans votre musique. Quel lien entretenez-vous entre le son et l’image ?

En tant que réalisateur, l’image est très importante pour moi. Je travaille selon un procédé artistique qui s’appelle en anglais “translation”, c’est-à-dire des conversions, des traductions. Cela consiste à traduire des émotions ou des sons en images et des images en sons. J’aime trouver une suite d’accords, de sons particuliers, une tonalité futuriste et l’associer à une image. Sur Run boy run, il y a des percussions très tribales, très agressives. Elles représentent ces espèces de monstres de l’enfance. Sur Iron, la fumée noire et épaisse trouve son équivalent dans le son des cuivres. Quand j’écris une chanson, j’ai déjà les images en tête et inversement.

Vous travaillez en collaboration avec l’orchestre national de Paris, mais comment composez-vous vos musiques ?

Je travaille beaucoup sur mon ordinateur à la base et sur mon piano. Je construis mes arrangements avec des sons digitaux, des notes que je joue au piano et je découpe parfois des morceaux de musique classique que je retravaille. Tout cela donne une espèce de bouillie que j’adapte ensuite avec l’orchestre. Puis je remélange le tout : des samples (des échantillons, ndlr) très digitaux, très faux et des sons réels d’orchestre qui ont la puissance et l’émotion. Sur scène, j’essaie cependant de garder le côté acoustique. Je ne veux pas donner la même chose que sur l’album qui a une tonalité un tout petit peu plus propre et plus futuriste. Sur scène, c’est plus bancal et plus émotionnel.

Comment avez-vous découvert toutes ces sonorités et les instruments que vous utilisez ?

J’ai une assez grande connaissance de la musique classique et spécialement de la bande-son. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais souvent des bandes-sons d’orchestre et de films hollywoodiens, parfois même sans avoir vu le film. C’est comme ça que j’ai appris à dissocier les parties d’un orchestre : les différents cuivres, les instruments à vent, etc. Petit à petit, d’abord de manière assez aléatoire, j’ai construit des samples. Avec le temps et l’expérience, j’ai réussi à travailler de plus en plus précisément.

Vous allez jouer bientôt à New York, San Francisco et Los Angeles. Que représentent ces villes pour vous ?

Brooklyn est un endroit très important pour moi. J’y ai beaucoup d’amis, j’y ai écrit pas mal de chansons. C’est ici que j’ai commencé réellement à devenir réalisateur en faisant des reportages sur la vie new-yorkaise, sur des quartiers comme Williamsburg. C’est une ville qui a encore pour moi cette option de donner aux gens la vie qu’ils veulent. Quant à Los Angeles, c’est une ville où je travaille beaucoup. J’y passe beaucoup de temps et je compte y retourner assez vite pour travailler sur mon premier long-métrage. Je viens également de signer avec un label américain. C’est la ville du cinéma, c’est mon univers.

Sur les trois dates américaines, peut-on attendre des invités surprise, comme votre amie Lana Del Rey ?

C’est possible, mais pour l’instant rien n’est confirmé.

Woodkid sera en concert le 1er novembre à New York (Irving Plaza), le 2 à San Francisco (Bimbo’s 365 Club) et le 3 à Los Angeles (Luckman Fine Arts Complex).

 

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