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Woodstock cultive son esprit d’ouverture

Voisine de la commune de Bethel qui accueillit le célèbre rassemblement hippie, la bourgade de Woodstock, située au sud des Catskills dans le comté de l’Ulster, État de New York, permet une incursion dans l’Amérique rurale des sixties. Quarante ans jour pour jour après le festival de Woodstock qui débuta le 15  août 1969, un détour par le patelin le plus célèbre d’Amérique s’impose.

Aux abords de Woodstock, les strates de brouillard de la vallée de l’Hudson plonge la région montagneuse dans une atmosphère bucolique. Le long de la route, le nom des auberges et des caves à vin qui pullulent dans le coin rappellent la légende du Cavalier sans tête (The Headless Horseman), un personnage littéraire popularisé par l’écrivain Washington Irving dans La Légende de Sleepy Hollow, et qui sévit toujours, dit-on, dans la région.

Bordée de rivières et de collines boisées, Woodstock jouit d’une situation privilégiée, un peu à l’écart du monde. Coquette, propre et verdoyante, la bourgade d’environ 6 ooo âmes affiche une culture interethnique et un tempérament artiste, à moins de deux heures de route de Manhattan. Les peintures au sol et les Peace and Love gravés dans le bitume témoignent de l’esprit de liberté qui flotte dans la ville depuis les années soixante. Si les hippies semblent avoir déserté les lieux, le patelin demeure gentiment alternatif avec ses coffee-shops bariolés, ses boutiques de t-shirts psychédéliques, et son temple bouddhiste perché sur les hauteurs de la montagne qui surplombe le hameau.

Goin´ Up the Country

Dans le bourg, le marché aux puces saturnal regorge d’objets portant la marque du festival de Woodstsock, comme cette pochette de disque d’époque avec son couple mythique emmitouflé dans une couette ou ces reproductions de tickets du festival distribuées à la sauvette par un brocanteur aux touristes. Au milieu des antiquaires et des stands de bric et de broc se tient Jahnet Durand, une créatrice de vêtements artisanaux issue d’une lignée d’artistes, canadienne par son père et française par sa mère. « Ma grand-mère était danseuse de French cancan au Moulin Rouge », raconte-t-elle. En tricotant, Jahnet évoque ses souvenirs de Paris et profite du soleil estival aux côtés de Johnny et Leopold, deux Jamaïcains rigolards amateurs de reggae et de musique indienne. Pas de doute, il fait bon vivre à Woodstock… « L’air y est plus pur qu’ailleurs », affirme Jahnet, attirée par le potentiel artistique de Woodstock dont la culture du zen est devenue le principal fonds de commerce.

Fondée par Ralph Whitehead en 1903, la colonie des Arts de Byrdcliff est aussi la plus vieille nation des arts et métiers d’Amérique. C’est elle qui a amené les premiers artistes à Woodstock pour y enseigner leur art et produire leurs œuvres. Cette organisation multi-culturelle a su insuffler son âme créative à cette ville de campagne, toujours peuplée de musiciens bohèmes. « Un certain Bob Dylan ou un Van Morrison y ont fait leurs armes, bien avant l’effervescence du festival en 1969, qui tire son nom de la ville », témoigne Rich. Ce natif de Woodstock tient une petite boutique de souvenirs indiens, On the Road, sur Tinker Street, l’artère principale de la ville. Quand on lui demande son nom, il détourne la question, comme la plupart des habitants. « Mes amis me surnomment Rich… Woodstock ! plaisante-t-il.  Mais je suis aussi connu sous le pseudonyme de RoadDog, parce que ma vie, je la passe sur la route ».

Un peu plus haut sur l’avenue, au numéro 29 de Tinker Street se trouve la librairie The Golden Notebook. Dans cette boutique, essais philosophiques, bandes dessinées underground et copieux rayon d’ouvrages New Age se côtoient. Un nombre impressionnant de livres à la gloire du festival est également disponible. Certains volumes sont dédicacés de la main même de Michael Lang, le principal organisateur du festival de Woodstock qui habite encore le patelin. Le nom des échoppes voisines, des magasins indépendants comme Dharmaware ou Pondicherry, donne au village une carnation indienne. L’esprit libertaire et hippie de 1969 semble s’être mû en une quête de spiritualité et Woodstock abrite aujourd’hui de nombreux lieux pour les adeptes de yoga et des philosophies orientales. Une nouvelle révolution semble s’y préparer, « à l’intérieur de soi », comme l’explique un guide aux touristes venus visiter le monastère bouddhiste de Karma Triyana Dharmachakra, lové au cœur de Meads Moutain, au-dessus du village.

Entre les galeries d’art et les ateliers de photographie, la boutique Chez Grand’mère, spécialisée dans les antiquités françaises et les jouets à l’ancienne montre l’attachement des habitants aux choses du passé. « Nous faisons venir ces vieilleries de Marseille par bateau avec mon mari qui est anglais », explique Misty Lucas, la tenancière du magasin qui a conservé la boîte aux lettres de Bob Dylan, lui-même ancien résidant de Woodstock, dans le fond de sa boutique. Arrivée dans le village en 1969 pour le festival, cette jolie commerçante à l’allure hippie chic ne trouve personne pour garder sa fille et loupe les concerts. « J’ai quand même décidé de rester vivre ici, pour la beauté des paysages et la sérénité des habitants », précise t-elle, l’air évasif.

L’esprit des Sixties

En ce jour anniversaire, les habitants du patelin s’amusent de l’afflux de touristes. « La plupart d’entre eux pensent encore que le festival s’est déroulé à Woodstock. Ils vont être déçus », plaisante Bobby, propriétaire d’une petite échoppe de nourriture mexicaine. Présent sur les lieux du festival à Bethel, la veille du coup d’envoi, il se souvient avoir quitté le terrain au moment où les premiers véhicules arrivaient sur place. « J’ai fui avant que tous les accès ne soient bloqués, en croisant sur la route une file de camionnettes arc-en-ciel », se souvient-il. Selon lui, la notoriété de Woodstock serait due à son esprit de tolérance, plutôt qu’à ces jours de gloire passée. « Ici, même les policiers sont mielleux », plaisante-t-il.

Anticonformiste, Woodstock vote à gauche depuis plusieurs décennies. « C’est suffisamment rare de la part d’une ville rurale pour être mentionné », assure-t-il. Bien sûr, la ville n’échappe pas à la récupération commerciale de son nom. La nostalgie fait vendre. Bobby le reconnaît. « La plupart des commerçants font de juteuses affaires grâce au tourisme », avoue t-il. Bijoux, écharpes Bénarès, encens et pataugas. La renaissance spirituelle prônée à l’époque prend parfois des allures de foire mercantile. N’en déplaise aux bikers qui traversent le bourg de long en large sur leurs Harley Davidson rutilantes.

S’il ne reste plus grand chose à Woodstock de la société hippie où les amours libertaires des débuts avaient fait naître l’illusion d’un idéal impossible, la visite du hameau vaut le détour pour comprendre ce qui a attiré les organisateurs de la manifestation dans ce lieu de verdure sauvage, initialement prévu pour accueillir le festival mythique. L’utopie digérée, il reste à Woodstock les vestiges hippies de Tinker Street, ses nombreux ateliers d’art et le souvenir d’une autre image de l’Amérique. Les 60’s ont beau être enterrées, leurs idéaux perdurent à Woodstock.

Informations pratiques :

– Site de la ville : http://woodstockny.org/content

– Site de l’association des artistes de Wodstock : www.woodstockart.org

– Site de la colonie Byrdcliff des arts : http://www.woodstockguild.org/

– Site du woodstockfleamarket : http://www.ulster.net/~fleamarket/mower/mower.htm

Chez Grand’mère,

A French General Store

24 Tinker Street

Woodstock, NY 12498

Tél: (845) 679-8140

Temple de Karma Triyana Dharmachakra,

335 Meads Mt Road,

Woodstok, NY 12498

Tél: (845) 679-5906

Site web : www.kagyu.org

The Golden Noteboook,

25-29 Tinker Street

Woodstock, NY 12498-1234

Tél: (845)679-8000

Site web : http://www.goldennotebook.com/NASApp/store/IndexJsp

À voir en ce moment :

Exposition photographique: Energy, Spirit & Vision, en hommage au Festival d’Art et de Musique de Woodstock.

Lieu : Woodstock Artists Association & Museum

28 Tinker Street,

Woodstock NY

Dates : Du 25 Juillet au 23 Août, de 12h à 18h

Tél : (845) 679-2940

 

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