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Yanna Avis : “On retrouve dans mes chansons l’amour sous toutes ses formes”

Chic et glamour, Yanna Avis incarne la femme française à la perfection. Née à Paris, cette artiste abandonne dans les années 80 plateaux de cinéma et défilés de mode pour s’installer à New York avec son époux. Son destin la mène vers une carrière internationale de chanteuse de cabaret. Début mai, elle revient pour quatre récitals à Manhattan. Yanna Avis a accueilli France-Amérique dans son appartement majestueux situé sur la Cinquième Avenue, pour faire part de son parcours exaltant. Entretien.

France-Amérique : En 1981, vous avez épousé le millionnaire Warren Avis, fondateur de l’entreprise internationale de location de voiture Avis. Après cette rencontre à Acapulco, vous avez pris votre envol pour les Etats-Unis. A l’époque, vous étiez une jeune actrice habitant la capitale française. Est-ce ce déménagement de l’Europe à l’Amérique qui a orienté votre cœur vers la chanson ?

Yanna Avis : Lorsque je me suis installée aux Etats-Unis, c’était très difficile pour moi de me faire une place dans le monde du théâtre. Je construisais une vie de couple avec mon mari et mon statut de comédienne européenne ne me permettait pas d’auditionner. Les rôles étaient vraiment limités. Durant ma jeunesse, j’ai étudié au Conservatoire National des Arts Dramatiques de Paris. J’ai donc exploré toutes les filières que l’art pouvait transmettre. Bizarrement, je me suis intéressée de très près à un style de danse né au XIXe siècle aux Etats-Unis, les claquettes. J’en pratiquais régulièrement au sein de la Salle Pleyel. Dès que j’ai débarqué dans la Big Apple, je m’y suis remise. Un jour, alors que je m’entraînais, j’ai aperçu des jeunes actrices de Broadway prenant des cours de chant en compagnie d’une femme afro-américaine extraordinaire. Instantanément, j’ai ressenti le besoin de m’inscrire à ses leçons, rien qu’en admirant sa manière d’enseigner.

L’envie de vous affirmer en tant que chanteuse est arrivée par la suite…

Oui, à ma grande surprise. Je ne connaissais que le mannequinat, les plateaux de tournage et la vie mondaine. La chanson, très peu. Un après-midi, je me promenais dans les rues new-yorkaises. Tout à coup, j’ai croisé un ami de longue date qui était devenu un producteur très important. Il m’a dit “il faut absolument que je te mette en contact avec le meilleur directeur musical Colin Romoff” qui était vu comme la meilleure oreille de Broadway à cette époque. Sur les recommandations de mon camarade, je me suis rendue chez ce monsieur et j’ai commencé à apprendre à la dure. Je me suis sentie comme le personnage féminin Eliza Doolittle dans la comédie de George Bernard Shaw My Fair Lady. Au cours de l’histoire, le professeur Higgins lui met des cailloux dans la bouche. C’était le même scénario. J’avais une voix théâtrale placée à la base, ce qui a engendré un travail intensif de quatre ans pour l’amener vers le chant. Etant une femme de spectacle, je me suis lancée dans un cabaret “Downtown”. Depuis, je savoure chaque instant passé dans cet univers cosmopolite que demeure le cabaret. Cela fait vingt ans et j’en redemande encore.

En 1992, une chance unique s’est offerte à vous. Le maître de l’opéra italien Gian Carlo Menotti vous a invitée à chanter au célèbre festival de Spoleto. Cette icône a-t-elle influencé le cours de votre carrière musicale ?

Totalement. Ce moment reste gravé dans ma mémoire. Il ne m’a choisie qu’après avoir entendu mon disque qui, comme par hasard, lui a été confié par l’attaché de presse du Festival Dei Due Mondi dont il était le créateur. D’habitude, il ne privilégiait que l’opéra et le ballet mais pas le cabaret. Or, une idée lui est tout de suite venue à l’esprit à l’écoute de mes compositions. Celle d’ouvrir sur la “Piazza del Duomo” de Florence, le café-chantant Tric-Trac où je me suis produite. C’était assez impressionnant. Mon cœur bâtait la chamade en voyant la place se remplir à l’infini. J’ai réussi malgré ma voix rauque à conquérir la ville la plus artistique à mes yeux. J’ai accepté de revenir les deux années suivantes. L’événement se nommait “The Café Chantant On The Piazza”. Gian Carlo Menotti reste un être majestueux. Il est doté d’un charme unique, d’une culture musicale hors-du-commun et d’un talent inné. Il incarne à tous les points de vue le dieu du Festival de Spoleto. Tout le monde l’appelait “Maestro, Maesto, Maestro”. Cette aventure élogieuse m’a révélée, tout simplement.

Votre voix a fait le tour des plus belles salles de cabaret du monde : Paris, Londres, Florence, Mexico. Votre particularité, c’est que vous aimez interpréter des chansons dans plusieurs langues. A laquelle accordez-vous le plus d’importance ?

Pour moi, l’essence du cabaret, c’est l’allemand. Etrangement, je prends beaucoup de plaisir à me produire dans cette langue que certains aiment et d’autres redoutent. Quand on pense au cabaret avec un “K”, on se réfère immédiatement à la capitale berlinoise lors des années 1910-30. J’interprète des chansons qui ont marqué l’histoire de ce pays. Après, j’adore chanter en espagnol parce que c’est une langue qui aspire à la passion. Cependant, que ce soit des mélodies françaises, italiennes, anglaises, espagnoles ou allemandes, ce sont plus les paroles qui m’importent. Le cabaret représente un théâtre chantant. L’idée est de transmettre une histoire à travers un concept musical. A New York, je prête attention à doser les langues. Parce que le français, les américains s’en exaltent par son charme. L’anglais, c’est la langue pratiquée ici. Et l’espagnol se répand de plus en plus par la présence de communautés latinos.

Du 9 au 16 mai, vous revenez sur la scène new-yorkaise du Café Carlysle avec un concert intitulé “In Love with Love”. Qu’allons-nous trouver dans ce show ?

Nous allons surtout retrouver le fait que je suis une inconditionnelle amoureuse de l’amour. C’est pour cela que ce show porte spécifiquement le nom de “In Love With Love”. Mes chansons puisent leurs inspirations dans l’amour sous toutes ses formes. Il y a l’amour jaloux, l’amour passionné, le flirt, le coup de foudre, mais aussi l’amour d’un endroit, d’une ville ou bien d’un pays. Toutes les facettes sont belles à exploiter. Mon âme romantique se reflétera davantage dans les chansons françaises qu’étrangères. Je suis en réelle admiration devant les merveilleux textes d’auteurs-compositeurs tels que Léo Ferré, Michel Legrand ou encore Edith Piaf. Mon public me réclame souvent “La Vie en Rose” mais j’essaye de dénicher des chansons un peu moins connues comme par exemple “Je m’en fous pas mal” qui est sublime. Edith Piaf a laissé son empreinte dans le monde d’une telle façon que j’essaye d’éviter ses œuvres les plus marquantes. C’est une artiste inégalable.

Vous êtes parisienne de naissance mais cela fait de nombreuses années que vous êtes installée à New York. Dans quelle ville vous sentez-vous le plus chez vous ?

A New York. J’admire cet esprit de liberté et de recul qui y règne, n’étant moi-même pas américaine. Je dois avouer que je reste quand même envouté par  le raffinement que la capitale française peut offrir. Ces deux lieux sont totalement hétéroclites mais regorgent chacun de qualités et de défauts. En Amérique du Nord, on est confronté à un mode de vie rapide alors qu’en Europe, on prend plus notre temps. C’est l’art qui unit dans son universalité, la beauté de ces deux cultures.

 

Informations pratiques :

Café Carlyle

35 East 76th Street

New York, NY 10075

Les jeudis 9 et 16 mai 2013 à 22h45 : $25 par personne

Les vendredis 10 et 17 mai 2013 à 22h45 : $30 par personne

Réservations au (212) 744-1600

 

Vidéo Yanna Avis chantant “Mon Manège à Moi” d’Edith Piaf

 

 

 

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