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Yvan Attal : « Quand on joue un personnage, on ne le juge pas »

Yvan Attal, à l’affiche du film Rapt qui sera présenté dans le cadre du festival Focus on French ce dimanche à 18 h 30 à Purchase College, puis à la fin du mois à Col-Coa à Los Angeles, revient sur les conditions difficiles du tournage de ce film et sur sa passion pour New York.

France-Amérique : Le film est librement adapté de la célèbre affaire du baron Empain, un puissant homme d’affaires kidnappé et dont la vie sulfureuse fut révélée par les médias alors qu’il était toujours aux mains des ravisseurs. Comment avez-vous abordé le film connaissant le poids de la réalité du fait-divers ?

Yvan Attal : Le fait que ce soit tiré d’une histoire vraie m’a d’abord inquiété à la lecture du scénario. Je me disais que je n’avais franchement aucun rapport avec le baron Empain. Mais Lucas Belvaux (ndlr, le réalisateur) m’a rassuré et m’a dit qu’il décalait les choses à notre époque et que le film n’était pas directement calqué sur l’affaire. Je n’ai pas eu à me mettre dans la peau du baron. Souvent je ne trouve pas ça très intéressant, le travail d’imitation. Ça empêche d’aller en profondeur, on a l’impression d’être au musée Grévin. Je ne l’ai même pas rencontré. Mais en même temps, il y a tellement de documents sur lui.

On a beaucoup parlé de votre performance physique et des vingt kilos que vous avez perdus pour le film. Est-ce que ça n’a pas rendu le tournage plus difficile ?

Y. A : C’est ça justement qui est intéressant. Ce n’est pas tant de perdre du poids, c’est le côté psychologique qui en découle. Le poids, c’est un costume. Mais faire un long régime, ça vous fragilise, ça vous isole, parce que vous ne prenez pas votre repas avec l’équipe, avec votre famille. Vous, vous êtes tout seul avec vos 50 grammes de riz et vos deux courgettes à la vapeur. J’ai passé quelques mois tout seul aux heures des repas. L’isolement fait partie de la préparation. Je sous-estimais cet aspect-là quand j’ai commencé le régime.

Alors est-ce qu’il y a quand même un plaisir à jouer ce rôle ?

Y.A. : Énorme bien sûr. On est un peu maso. C’est dû au métier d’acteur je pense (rires). Évidemment que c’est difficile, mais c’est pour ça qu’on fait ce métier, c’est pour se plonger dans quelque chose, dans un personnage, pour le plaisir d’incarner quelqu’un.

Vous êtes enchaîné pendant une bonne partie du film, ça n’a pas non plus dû aider ?

Y.A. : Ce n’était pas facile, mais pas que pour moi. L’atmosphère était plus pesante sur le tournage. Mais l’équipe était très bien et rendait la chose pas trop lourde.

Vous jouez un personnage qui, dans les faits, n’est pas quelqu’un de très sympathique, ça ne vous a pas non plus gêné ?

Y.A. : Le film montre ce type comme une personne assez égoïste, qui mène sa vie comme il l’entend, qui trompe sa femme, qui vit dans plusieurs cercles sans jamais les mélanger. C’est un capitaliste féroce, un héritier dont on se demande si sa fortune est légitime. Tous ces aspects ne le rendent pas très sympathique. Mais ça, c’est le scénario qui le montre par quelques scènes. Moi, je ne joue pas en pensant à tout ça. Et puis, si on devait enfermer et couper un doigt à tous les gens qui trompent leur femme, je ne sais pas si vous verrez beaucoup de gens avec dix doigts dans la rue… Quand on joue un personnage, on l’aime, on le défend, on ne le juge pas. Pour moi ce type est sympathique.

On peut faire le rapprochement entre Rapt et le film Seul au Monde, où Tom Hanks se retrouve seul sur une île déserte pendant une longue partie du film et on s’aperçoit que le retour à la civilisation est une autre sorte d’enfermement.

Y.A. : Complètement. Mais je n’ai pas voulu voir le film. Je n’aime pas trop regarder les films des autres parce que si on tombe sur quelque chose qu’on aime beaucoup, ça vous déstabilise. C’est un peu dangereux. Par contre, j’ai vu un documentaire avec trois otages qui témoignaient. Parmi eux, il y avait le baron Empain. On se rend compte que pour tous, la libération est quelque chose de très, très douloureux. On ne sort pas de là comme on y est entré. Il y a forcément des dégâts. On ne voit pas la vie de la même manière.

Comme dans tous les films de Lucas Belvaux, la question sociale est abordée.

Y.A. : Oui, sauf que cette fois, c’est dans un autre milieu. Il parle du capitalisme, de la logique de l’argent qui oublie les hommes, du pouvoir.

Quand on finit le film, il y a une sorte de frustration car on aimerait savoir comment la situation va évoluer. Est-ce que ça vous aurait plu de pousser un peu plus loin l’histoire ?

Y.A. : J’aurais aimé aller encore plus profond avec le personnage. D’abord parce qu’il m’a intéressé, il m’a touché et ensuite parce que la reconstruction de cet homme est un sujet passionnant. Mais bon, le film ne pouvait pas durer trois heures. Et puis c’est un choix du réalisateur.

Pour en venir à New York, vous avez réalisé l’année dernière un court-métrage pour le film collectif New York I Love You. Comment cela s’est-il fait ?

Y.A. : En fait, on m’avait proposé de faire Paris Je t’aime, qui est basé sur le même principe que New York I Love You. Je ne pouvais pas à l’époque parce que j’étais en tournage. Ils m’ont donc contacté à nouveau pour ce second opus, cette fois à New York. Je connaissais déjà bien la ville. J’y suis allé à 18 ans pour la première fois et je n’ai pas arrêté d’y revenir depuis. À la fois pour moi et pour le travail. C’est une ville que j’aime beaucoup. Je crois que je pourrais y habiter. C’est sublime du point de vue architectural. C’est une ville unique.

Avez-vous choisi le quartier où vous avez tourné ?

Y.A. : Oui, Je voulais que ça se passe dans le West Village. Il me fallait un décor simple, unique, un coin de rue dans le Village.

Votre court-métrage raconte l’histoire d’une rencontre entre fumeurs devant un restaurant. Est-ce tiré de votre propre expérience new-yorkaise ?

Y.A. : Oui. Il y a quelques années, quand je venais à New York et que j’étais fumeur, ça me faisait toujours chier de devoir sortir dehors pour fumer une clope. Quand j’ai réfléchi à une idée, j’ai pensé à ça et à la rencontre de deux personnes à l’extérieur d’un restaurant. Mais maintenant, c’est pareil à Paris.

Avez-vous déjà reçu des propositions pour tourner aux États-Unis ?

Y.A. : J’en ai de temps en temps. On m’a proposé récemment de réaliser un pilote pour une série télé. Peut-être que je vais le faire si les dates concordent. Mais pour le moment, je vais mettre en scène mon prochain film, une adaptation d’une nouvelle de Marcel Aimé qui s’appelle Les Sabines, et que je vais faire avec Charlotte Gainsbourg.

Infos pratiques :

Festival Focus on French Cinema

Festival Col-Coa

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