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Enquête comparée sur les pratiques culturelles en France et aux Etats-Unis

Qui des Français et des Américains lit le plus de livres ?  Pourquoi les Américains se rendent moins souvent au cinéma qu’il y a vingt ans, et les Français plus fréquemment au théâtre ? Autant de questions auxquelles a tenté de répondre le ministère de la Culture française, dans une enquête menée entre 1981 et 2008 en France et aux Etats-Unis.

La première étude, qui date du début des années 80, a démontré que les Américains avaient un niveau général de participation culturelle supérieur aux Français, à l’exception de la lecture de livres. A cette époque, 60% des Américains allaient au cinéma au moins une fois par an contre 46% de Français. Les Américains étaient également plus nombreux à avoir assisté dans l’année à un concert classique ou de jazz, à une représentation théâtrale ou à un spectacle de danse. Enfin, les Américains se rendaient davantage au musée et pratiquaient plus souvent des activités artistiques en amateur (9% d’Américains peignaient pour le plaisir, 6% écrivaient contre 3% de Français). Seule la lecture de livres était nettement à l’avantage des Français. 74% affirmaient avoir lu au moins un livre dans l’année contre 61% d’Américains. 24% de Français avaient lu au moins 20 livres, contre seulement 14% d’Américains.

Des chiffres qui s’expliquent en partie par l’explosion de la télévision aux Etats-Unis. Au début des années 80, les Américains étaient beaucoup plus nombreux à regarder la télévision car la population était davantage équipée en écrans. La majorité des foyers américains possédaient déjà au moins un téléviseur au foyer et consacraient à cette époque deux fois plus de temps que les Français à leur écran.

Dans les années 80, les consommateurs de culture aux Etats-Unis et en France ont un profil très commun en termes de sexe, d’âge, de niveaux d’études et de revenu. Des deux côtés de l’Atlantique, ce sont majoritairement les femmes qui lisent et les hommes qui fréquentent les cinémas. La différence de pratique est encore à chercher du côté des lecteurs. Le lectorat américain était assez âgé, alors qu’en France les lecteurs réguliers étaient aussi nombreux quelles que soient les catégories d’âge.

La France double les Etats-Unis sur la fréquentation des cinémas et des théâtres

Au cours des trois dernières décennies, l’évolution de certaines pratiques est restée stable de part et d’autre de l’Atlantique, comme la fréquentation annuelle de musées et galeries, dont les taux sont restés comparables (23% des Américains et 24% des Français).

En France, la progression spectaculaire des pratiques artistiques en amateur dans les années 80 et 90 a amené les taux de participation français sensiblement au même niveau que ceux des Américains : la proportion d’amateurs a triplé en France entre 1981 et 1997 pour la peinture (passant de 3 % à 10 %) et doublé pour l’écriture (passant de 3 % à 6 %) au cours de la dernière décennie du XXe siècle. Dans ce domaine, la France a connu une évolution qui avait touché les Etats-Unis avant le début des années 1980.

De même, les Français vont plus souvent au cinéma aujourd’hui que dans les années 80. 55% des Français sont allés voir au moins un film en salles en 2008, contre 46% il y a trois décennies. A l’inverse, la fréquentation des cinémas aux Etats-Unis a baissé de 7% durant la même période. Un déclin qui peut s’expliquer par l’essor de la vidéo à la demande (VOD), et des services de streaming comme Netflix ou Hulu. La France, qui sera bientôt équipée des mêmes services pour visionner des films à la maison, pourrait donc aussi voir baisser la fréquentation de ses cinémas. La France suit donc les tendances américaines, mais avec dix à vingt ans de retard.

Autre exemple du décalage de la France sur les Etats-Unis, la fréquentation des théâtres. Les Français sont aujourd’hui plus nombreux que les Américains à assister à au moins une représentation par an, alors que les Américains sont de moins en moins nombreux à s’y déplacer. Selon l’étude, cette différence s’explique par l’avénement tardif des comédies musicales en France, qui ont connu un franc succès dans le début des années 2000. Bien après l’âge d’or de Broadway.

La multiplication par deux de la fréquentation du théâtre entre 1981 et 2008 s’explique aussi selon l’étude par le renouvellement des formes artistiques en France : développement des one-man-shows, des salles de stand-up, des spectacles de danse grand public, du hip-hop et de formes d’expression hybrides empruntant à la danse, au cirque et à la musique. Là encore, la France a vu l’explosion de ces différents types de spectacles avec un temps de retard sur les Etats-Unis.

Une féminisation du consommateur culturel en France

Les évolutions relatives au profil des publics sont souvent analogues. Féminisation et vieillissement des publics, recul de la participation des plus diplômés s’observent dans les deux pays, avec toutefois une accentuation des écarts entre les plus riches et les plus pauvres aux Etats-Unis que l’on n’observe pas en France.

Dans les années 80 aux Etats-Unis, le niveau de participation des femmes était dans l’ensemble supérieur à celui des hommes : elles constituaient environ les deux tiers des publics de l’écriture et de la peinture en amateur, de la lecture régulière et étaient largement majoritaires au sein des publics des concerts de musique classique, des spectacles de danse et des théâtres. Seul le public du cinéma faisait exception, en présentant un profil très légèrement masculin.

La prédominance des femmes dans les activités culturelles était alors moindre en France : elles ne constituaient par exemple que 41% du public des concerts de jazz et moins de la moitié (49%) de celui de la lecture régulière dans les années 80. Depuis, la situation française s’est rapprochée de celle des Etats-Unis : l’ensemble des publics, à l’exception de celui des théâtres, s’est féminisé en France, et les femmes y sont devenues très largement majoritaires pour la lecture régulière de livres et la pratique en amateur de la peinture. Compte tenu du rôle déterminant joué par le niveau de diplôme en matière de participation culturelle, le mouvement de féminisation observé en France renvoie en partie aux progrès de la scolarisation de ces dernières décennies, dont les femmes ont été les principales bénéficiaires.

Un vieillissement important

Dans les années 80, le profil des publics au regard du critère de l’âge était assez proche de part et d’autre de l’Atlantique. C’est toujours le cas en 2008 car les deux pays ont connu un vieillissement des différents publics d’une ampleur comparable, dans la plupart des cas supérieure à celle du vieillissement des deux populations nationales. Cette similitude des évolutions fait que les activités dont les publics ont l’âge moyen le plus élevé sont restées les mêmes en France et aux Etats-Unis : fréquentation des concerts de musique classique et lecture régulière de livres.

La seule différence significative entre les deux pays concerne les spectacles de danse, dont l’âge moyen du public est de sept ans inférieur en France (41 ans contre 48 ans aux Etats-Unis). C’est en effet la seule activité ayant échappé en France au vieillissement des publics. Dans tous les autres cas, le vieillissement est égal ou supérieur à celui de la population générale, notamment dans le cas des concerts de musique classique (+ 10 ans) et des concerts de jazz (+ 9 ans), dont le public a plus vieilli encore aux Etats-Unis (+ 13 ans).

Des inégalités grandissantes aux Etats-Unis

En France comme aux Etats-Unis, la lecture régulière de livres et la fréquentation des lieux de spectacle vivant ont dans l’ensemble diminué au sein de la partie la plus diplômée ou la plus riche de la population.

Les disparités liées au niveau de diplôme ont dans l’ensemble peu évolué au cours de la période étudiée, mais elles demeurent plus élevées aux Etats-Unis. Quant aux différences entre les plus riches et les plus pauvres, elles se sont atténuées en France en matière d’accès au spectacle vivant, grâce notamment à une légère progression de la participation des catégories les plus pauvres. Dans le même temps, les différences sur ce plan se sont creusées aux Etats-Unis.

L’accroissement des inégalités en matière de participation culturelle, plus accentué aux Etats-Unis qu’en France peut s’expliquer par le coût des sorties culturelles, moins subventionnées par l’Etat américain et donc plus élevé. Selon les auteurs de l’étude, le modèle français tend donc à limiter le creusement des inégalités dans l’accès à la cutlure.

Enquête comparée réalisée grâce aux études du ministère de la Culture et de la Communication français et au National Endowment of the Arts.

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