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Entrée en scène des Français Mathieu Amalric et Céline Sciamma

The Captive, La Chambre Bleue et Bande de Filles, présentés jeudi soir et vendredi, partagent, dans des registres très différents, une volonté de décentrement des sujets. Le 3e jour de festival est l’occasion de se pencher sur ces sélections parallèles. Compte-rendu.

The Captive (Captives en français)

En compétition pour la Palme d’or, le Canadien Atom Egoyan signe The Captive (devenu Captives en français), un thriller clinquant, enneigé et… superficiel. L’intrigue est située à Niagara Falls, côté canadien, sur fond d’enlèvement et de séquestration d’une jeune fille retenue pendant huit ans. Au casting : Ryan Reynolds, Rosario Dawson, Scott Speedman et l’actrice franco-américaine Mireille Enos, que l’on a pu voir précédemment dans les séries Big Love et The Killing. Le réalisateur tente de complexifier une intrigue plutôt simple, en flirtant avec une mise en abyme du dispositif cinématographique (la victime est observée en permanence par ses ravisseurs, qui filment et jouent avec la mère effondrée pour le plaisir pervers d’internautes). Malgré les rebondissements et le soin des détails, on ne sort pas des conventions du genre.

La Chambre Bleue

Mathieu Amalric n’est pas seulement l’acteur fétiche du cinéma d’auteur français (chez Arnaud Desplechin, Roman Polanski ou les frères Larrieu). Frenchie charmant dans les films de Spielberg (Munich, 2005), il endosse le rôle du méchant de James Bond (Quantum of Solace, 2008) ou celui du notaire bienveillant pour Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel, 2013). C’est aussi un réalisateur qui surprend à chacun de ses nouveaux projets. Lors de son dernier passage à Cannes, il était reparti avec le prix du jury pour la réalisation de Tournée (2010), joyeuse virée avec des danseuses burlesques américaines. Dans la sélection “Un certain regard”, Mathieu Amalric signe cette année une belle adaptation du livre de Georges Simenon, La Chambre Bleue, son cinquième long-métrage. Il y tient le rôle principal, celui de Julien, vendeur de machines agricoles en Vendée, qui retrouve sa maîtresse Esther (Stéphanie Cléau, sa compagne dans la vie) dans cette chambre. Elle ne peut s’empêcher de le mordre pendant leurs ébats amoureux. Il lui assure, l’esprit ailleurs, pouvoir passer le reste de sa vie avec elle. Julien est pris de panique quand le mari d’Esther fait irruption, ce qui déclenche sa chute, puis plus tard, son arrestation.

Le film est en format 1.33, une très bonne trouvaille qui permet de représenter l’étouffement de Julien face à l’irruption du public, via l’enquête de Police, au plus profond de l’intimité. Almaric  travaille aussi vite que Simenon (le tournage a duré trois semaines), se montre bref (1h13) et reprend parfois mot pour mot les dialogues du livre. Il cite aussi Gustave Courbet, change le nom des personnages pour rappeler Le Rouge et le Noir de Stendhal, et convoque Truffaut et Hitchcock, dont il partage le goût pour le symbolisme et les flash-back, tendance Le Grand Alibi (1950). La mise en scène suit l’évolution de l’état mental de Julien, prend des risques et impose finalement un charme vénéneux au film. “Tous mes romans, toute ma vie, n’ont été qu’une recherche de l’homme nu” a déclaré Simenon. Mathieu Amalric l’a pris au mot. Ce mystère de la chambre bleue reste opaque, pour le meilleur.

Bande de filles

C’est du côté de la Quinzaine des réalisateurs que l’attention médiatique se tourne aussi. On se presse aux projections et on applaudit généreusement à la fin de Bande de filles (Girlhood), troisième film de la française Céline Sciamma, dont le talent avait été souligné lors des sorties de Naissance des pieuvres (2007) et de Tomboy (2011). Sur des compositions électro du français Para One, qui structurent les parties du récit, et à l’aide d’une scène mémorable sur la chanson Diamonds de Rihanna, Céline Sciamma développe à nouveau ses thèmes de prédilection, l’ambiguïté sexuelle et les rapports de genres. Elle filme l’éducation sentimentale et la construction de l’identité de Marieme (la débutante et formidable Karidja Touré), 16 ans, habitante d’un “quartier” de la périphérie parisienne, entourée de ses trois amies qui composent le petit gang. La banlieue et ses normes dans les rapports de sexe est un sujet qui reste relativement absent du cinéma. Le film happe le spectateur en s’ouvrant sur un match de football américain, avant de révéler que sous les casques et les épaulières renforcées se cachent des adolescentes noires débordantes de vie et d’énergie. En rentrant le soir, elles s’imposent soudainement le silence lorsqu’elles passent devant les groupes de mâles qui tiennent les murs en bas de leurs immeubles. Marieme va apprendre à naviguer entre les groupes sociaux et les institutions de son environnement, avant de pouvoir s’affirmer individuellement.

L’accueil enthousiaste du film n’est pas seulement un phénomène français. La presse américaine a aussi souligné la réussite de Sciamma. Pour le Hollywood reporter, la réalisatrice “emmène dans de nouvelles directions vivifiantes avec tendresse, honnêteté, en évitant rigoureusement tout sentimentalisme.” Pour Variety, “l’approche de Sciamma est à la fois intelligente et désarmante. Elle obtient des performances superbement réalistes de ses actrices non-professionnelles”.

Quelques nouvelles de la Croisette pour terminer. La société Wild Bunch assure une promotion parfaitement millimétrée de Welcome To New York, réalisé par Abel Ferrara, avec Gérard Depardieu, librement inspiré de l’affaire DSK, dont l’arrestation eu lieu pendant l’édition 2007 du festival. Le film n’est présent dans aucune sélection mais une projection ouverte à tous (promesse d’une belle bousculade) aura lieu samedi soir à Cannes, avant la sortie du film directement en VOD le 17 mai. L’annonce a été faite en une du magazine des professionnels Le Film Français, avec en exergues des citations d’une poignée d’illustres cinéaste. Gaspard Noé trouve le film “couillu”, Bernardo Bertolucci le qualifie de “beau et puissant” et Milos Forman considère tout simplement que “c’est le meilleur film de Ferrara”. On attend encore le verdict du principal interressé.

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