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Fatima Daas : fragments d’un autoportrait

D’inspiration autobiographique, La petite dernière – qui sera publié aux Etats-Unis le 23 novembre – met au jour les questionnements d’une jeune femme, musulmane pratiquante, écartelée entre sa foi et son homosexualité. Un premier roman salué par Virginie Despentes.
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© Rémy Artiges

« Je m’appelle Fatima Daas. » C’est par cette phrase simple, martelée comme pour se persuader, que s’ouvrent tous les chapitres de La petite dernière. Parfois, le patronyme est élagué pour ne garder que le prénom, Fatima, « un personnage symbolique en islam », « un nom qu’il ne faut pas ‘salir’, comme on dit chez moi ». Née à Saint-Germain-en-Laye dans une famille algérienne, dernière de trois filles, la narratrice a grandi à Clichy-sous-Bois, une banlieue populaire de la région parisienne. Elevée par une mère aimante et un père qui voulait un garçon, Fatima a très tôt connu la peur, la honte, le sentiment de devoir cacher qui elle était dans sa famille, à l’école, à la mosquée. Elle a vécu des relations clandestines avec des femmes plus jeunes et plus âgées, s’est raconté qu’elle était polyamoureuse pour éviter de parler de ses sentiments.

Fatima Daas est un pseudonyme. L’autrice, qui se définit comme féministe intersectionnelle, a commencé à écrire au lycée en suivant les ateliers d’écriture menés par le romancier Tanguy Viel. Diplômée du master de création littéraire de l’université Paris 8, à Saint-Denis, elle a publié La petite dernière à vingt-six ans. « Elle creuse un portrait, tel un sculpteur patient et attentif », écrit à son propos Virginie Despentes. Les phrases de Fatima Daas sont simples, factuelles, intentionnellement répétitives.

A partir de scènes quotidiennes, elle empoigne la matière autobiographique pour en mettre au jour toutes les strates : la découverte presque simultanée de la pratique religieuse et de l’homosexualité, l’écartèlement entre une foi sincère et une identité que la religion réprouve et nie, la volonté de tout concilier, sans renoncer à rien. « Banlieusarde qui observe les comportements parisiens », la narratrice observe le fossé symbolique qui sépare les deux côtés du périphérique et le mépris de classe qui la fouette quand un professeur de classe préparatoire l’accuse de s’être fait aider pour un devoir, refusant de croire qu’elle peut être une élève brillante.

« Ça raconte l’histoire d’une fille qui n’est pas vraiment une fille, qui n’est ni algérienne ni française, ni clichoise ni parisienne, une musulmane je crois, mais pas une bonne musulmane, une lesbienne avec une homophobie intégrée », dit Fatima à sa mère à la fin du livre. « Quoi d’autre ? » La petite dernière commence et s’achève dans la cuisine familiale, le royaume de la mère qui veut apprendre à sa fille à préparer des plats pour un hypothétique mari. Fatima n’a pas appris à cuisiner mais à écrire, c’est aussi ce que raconte ce roman par fragments, qui se fraie un chemin étroit au milieu des interdits.

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La petite dernière de Fatima Daas, Les Editions Noir sur Blanc, 2020. 192 pages, 16 euros.


Article publié dans le numéro de décembre 2021 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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