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Fin du français à University of Southern Maine

Mauvais temps pour le français à University of Southern Maine (USM). Le 6 octobre dernier, le président de l’établissement a annoncé la suppression de deux départements, dont celui des langues. Les étudiants désirant poursuivre leur apprentissage en français ne savent pas encore quels moyens seront mis à leur disposition. Une enseignante se bat depuis plusieurs semaines pour la réintégration de ses cours au programme.

Nancy Erickson enseigne la langue française depuis 35 ans, dont 18 à l’Université du Maine (USM). Malgré ces années de bons et loyaux services et le plus gros effectif d’étudiants en français de l’Etat, elle a reçu une lettre de licenciement, au même titre que 25 autres professeurs. Elle pourra terminer le semestre, mais pas l’année. Afin de sauver le français, Nancy Erickson a lancé une pétition aujourd’hui clôturée avec 1 800 signatures, ainsi qu’une page Facebook Saving French at USM. “Je ne sais pas s’il est encore possible de faire marche arrière”, s’attriste-t-elle.

L’université connaît de grosses difficultés financières et tente de trouver 16 millions de dollars en effectuant diverses coupures budgétaires. Dans le collimateur, les départements jugés facultatifs et trop onéreux. Selon l’enseignante, le département de français ne créé pas de déficit. “Si je leur faisais perdre de l’argent, je comprendrais, mais je leur rapporte plus que mon salaire. Ils ont été obligés de le reconnaître”, explique-t-elle. “D’autant plus qu’ils sont obligés de payer les professeurs licenciés pendant 18 mois après leur départ. Ils auraient pu nous laisser terminer l’année tranquillement.”

30% de francophones dans le Maine

La décision paraît absurde pour de nombreuses personnes. Surtout dans un Etat comme celui du Maine, où 30% de la population est francophone. Plus de deux cents lettres tentant d’expliquer l’importance de l’enseignement du français ont été envoyées à l’administration de l’université.

“Entre les Franco-Américains, les Franco-Canadiens et les Franco-Africains, le français est omniprésent. Il fait partie d’un héritage, d’une histoire. Nous avons beaucoup de nouveaux arrivants originaires d’Afrique. Je ne défendrais la suppression d’aucune langue, mais faire disparaître les cours de français en particulier est incompréhensible”, se révolte l’enseignante. “Des professeurs de lycée venaient se faire certifier dans notre programme, comment vont-ils faire maintenant ? Ce que j’attends de l’administration, c’est qu’elle soit honnête avec les étudiants. Car pour le moment l’université ne dit rien, assure qu’il sera possible de continuer à étudier les langues. Le seul moyen est de prendre des cours par internet ou de se rendre dans un campus situé à 1h15. Ce ne sont pas les meilleurs conditions possibles. On attend des étudiants qu’ils changent de discipline, mais restent inscrits chez nous”, ajoute-t-elle.

La raison avancée pour expliquer la supression du français est un manque de diplômés de deuxième cycle. “Le chiffre de l’administration est 7 sur 58 élèves. Moi je dirais plutôt 16. Mais peu importe le taux, l’argument est biaisé. Pourquoi ne pourrait-on pas apprendre le français pour le plaisir ou en plus d’une autre spécialité ? Ce sont les bons étudiants qui, en général, apprennent le français. En agissant de la sorte nous les perdons. Le français n’est pas enseigné uniquement dans mon département. Je donne des cours en histoire et en musique. Je ne nie pas nos problèmes financiers, mais je doute que ce soit en coupant le français que nous deviendrons attractifs.”

Les professeurs de l’Université du Maine sont syndiqués, ce qui empêcherait l’embauche d’autres professeurs dans la discipline supprimée pendant une période de trois ans, selon l’enseignante. Mais Mr Flanagan, le président de l’établissement, n’est pas du même avis. “Nancy Erickson est une bonne enseignante, mais elle n’est pas avocate. Nous ne sommes pas d’accord avec son interprétation du contrat et nous embaucherons des professeurs de français à mi-temps. Des cours seront toujours disponibles.” Entre deux phrases tentées en français, le président Flanagan avoue supprimer ces cours avec regret. “J’ai moi-même appris le français étant plus jeune. Cela ne me fait pas plaisir, mais mon établissement a 12% de déficit que je dois combler à tout prix. Oui le français a été éliminé car il n’y a pas assez d’inscrits. Le budget qui lui était alloué reviendra à des disciplines où les effectifs sont plus importants.”

La protection de l’enseignement des langues doit venir de l’Etat du Maine

“Nous avons été pris de cours, on ne savait pas qu’il y avait des problèmes”, explique Magali Boutiot, attachée à l’éducation au consulat de France à Boston, en charge du Maine. “Nous allons rédiger une lettre avec le consulat du Canada à l’attention du président de l’université. Je ne sais pas si cela aura un impact, c’est plus symbolique qu’autre chose. Le vrai changement ne peut venir que de l’Etat du Maine. Il doit choisir de protéger l’enseignement d’une deuxième langue. Nous avons rencontré le recteur d’académie du Maine, le discours était clair : la deuxième langue n’est pas une priorité aux Etats-Unis. Nous avons créé ELAG (European Language Advocacy Group) avec l’Allemagne, le Portugal, l’Espagne et l’Italie pour faire la promotion de l’enseignement de ces langues. Nous allons contacter les représentants des grandes associations universitaires, les décideurs, pour tenter de faire évoluer la situation.”

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