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300 ans de culture française en Alabama

Seize ans avant la création de La Nouvelle-Orléans, les Français fondaient une petite ville sur le golfe du Mexique : Mobile, en Alabama. Pour célébrer le bicentenaire de son annexion par les Etats-Unis, l’Alabama organise ce week-end un symposium sur son héritage français. Steve Murray, directeur du département d’Archives et d’Histoire de l’Alabama, revient sur les lien entre son Etat et la France.

France-Amérique : la culture française aux Etats-Unis est plus souvent associée à la Louisiane qu’à l’Alabama. Quand les Français sont-ils arrivés en Alabama ?

Steve Murray : Mobile a été créée avant La Nouvelle-Orléans ! En 1702, deux frères canadiens-français, Pierre Le Moyne d’Iberville et Jean-Baptiste Le Moyne, fondèrent un fort militaire et un village surnommé « La Mobile » sur les rives du golfe du Mexique. La ville fut la première colonie européenne permanente de la région et resta la capitale du territoire de la Louisiane française jusqu’en 1720. Le premier Mardi Gras de l’histoire nord-américaine a été organisé à Mobile. Toutefois, en 1763, le traité de Paris a mis fin à la guerre de Sept Ans — appelée la guerre de la Conquête en Amérique du Nord — et la France a cédé à la Grande-Bretagne ses territoires situés à l’est du Mississippi. Les Français ont quitté l’Alabama et se sont repliés vers La Nouvelle-Orléans, qui est devenue la capitale de la Louisiane française en 1722.

Les Français ont-ils exploré d’autres régions de l’Alabama ?

En 1717, les explorateurs et colons français ont remonté le fleuve Alabama à partir de Mobile et ont établis Fort Toulouse près d’un village Creek, au confluent de deux rivières à proximité de la petite ville actuelle de Wetumpka, à environ 32 kilomètres au nord de Montgomery, la capitale de l’Etat. Réclamant l’intérieur des terres qui deviendraient l’Alabama et devançant les commerçants britanniques et écossais qui commençaient à arriver par voie terrestre depuis les colonies de l’est, les Français remportèrent une victoire décisive dans un contexte de concurrence entre les puissances européennes qui convoitaient les terres et les ressources d’Amérique du Nord. Fort Toulouse devint un centre commercial important où les Français échangeaient avec les tribus autochtones des peaux de cerf qui, à cette époque, étaient très prisées en Europe. Le fort fut abandonné lorsque l’Alabama tomba aux mains des Britanniques, mais les articles troqués par les Français comme des perles en verre, de la porcelaine, de l’argent et des armes à feu figurent maintenant dans les collections du musée de l’Alabama. La palissade, les baraquements et les quartiers des officiers du fort ont été fidèlement reconstruits et l’ancien fort est aujourd’hui un parc d’Histoire nationale.

Quels autres artefacts français sont conservés dans les archives de l’Alabama ?

Un petit canon français a été laissé pour compte lorsque les Français abandonnèrent Fort Toulouse. Il arriva finalement à Montgomery où il figure dans la collection du musée depuis 1901. C’est l’un de nos artefacts les plus précieux. Nos collections abritent également la fortune de William Rufus King, un riche planteur de coton de l’Alabama qui a été ambassadeur en France de 1844 à 1846. Pendant son séjour à Paris, il organisa des dîners somptueux pour la cour du roi Louis-Philippe et amassa une collection impressionnante de porcelaine chinoise, d’argenterie, de meubles et d’œuvres d’art. Un autre de nos artefacts est une tapisserie de treize mètres de long représentant des scènes de vie de la Société coloniale de la vigne et de l’olivier.

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Une section de la tapisserie représentant la Société coloniale de la vigne et de l’olivier. © Alabama Department of Archives and History

Parlez-nous de ses colons.

Après la défaite de Napoléon, plusieurs de ses officiers immigrèrent aux Etats-Unis pour échapper à la restauration des Bourbons. En 1817, des terres furent concédées par le Congrès dans l’ouest de l’Alabama pour y faire pousser de la vigne et des olives. Le climat et le sol de l’Alabama n’étaient cependant guère propices à aucune de ces cultures ! Une partie des colons est restée à Philadelphie, mais environ 150 d’entre eux vinrent s’établir dans l’ouest de l’Alabama. La colonie a disparu en 1825, mais les descendants des colons français vivent toujours dans cette partie de l’Etat. Quelques villes créées par les Bonapartistes existent encore aujourd’hui comme Aigleville, Marengo et Arcola.

Que reste-t-il de cet héritage français en Alabama ?

Les Français quittèrent la région dans les années 1760, mais un effort considérable fut fait pour réintroduire l’architecture coloniale française en Alabama aux XIXe et XXe siècles. Le centre-ville de Mobile ressemble maintenant au Vieux carré français de La Nouvelle-Orléans. Les noms des rues de la ville rendent aussi hommage à notre héritage français : rue Dauphin, rue Beauregard, rue Saint-Louis, rue Royale, parc Bienville. Plus contemporaine, l’entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale a marqué un tournant dans le conflit, mais aussi dans l’histoire de l’Alabama. L’économie de l’Etat, jusqu’alors centrée sur la culture du coton, s’est déplacée vers l’industrie lourde, les nouvelles technologies et l’armement. A l’heure actuelle, quelque vingt entreprises automobiles et aéronautiques françaises exploitent des sites en Alabama. En 2015, l’avionneur Airbus a ouvert une usine de montage à Mobile, à moins d’un kilomètre et demi de la colonie française de 1702.

Alabama’s French Connection: A Symposium on Shared History
Département d’Archives et d’Histoire de Montgomery, Alabama
9-10 juin 2017

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