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Adrien de Chaisemartin : « Le vaccin contre le Covid doit être un bien public mondial »

Young Leader de la French-American Foundation en 2016, Adrien de Chaisemartin est directeur de la stratégie, des financements et de la performance chez Gavi, l’Alliance du Vaccin. Ce partenariat public-privé lancé par la Fondation Bill & Melinda Gates en 2000 soutient l’accès aux vaccins dans les pays les plus pauvres et a contribué à sauver plus de sept millions de vies depuis sa création. Elle prépare notamment l’accès universel aux vaccins contre le Covid-19.


France-Amérique : En temps normal, développer un vaccin prend en moyenne 10 ans. Pourtant, quatre mois à peine après le début de la pandémie, on a l’impression que le vaccin contre le SARS-CoV-2 est déjà sur des rails. Comment expliquer cette rapidité ?

Adrien de Chaisemartin : Tout d’abord, les plus grands centres de recherche se sont mis très tôt sur le sujet avec des moyens quasi illimités. Ensuite nous bénéficions de recherches faites sur d’autres coronavirus comme SARS et MERS. Enfin, c’est un virus qui n’a pas la complexité d’autres maladies comme le sida ou le paludisme, pour lesquels nous cherchons des vaccins depuis plus de 30 ans. Cela étant dit, la question de la recherche n’est pas la seule. Il va aussi falloir mettre en place des capacités de production pour pouvoir produire très vite des milliards de doses de vaccin. Or, produire un vaccin implique des processus biologiques plus complexe que pour un médicament. Les normes de qualité sont aussi évidemment extrêmement strictes. Avec Gavi, nous travaillons dès à présent avec plusieurs producteurs pour s’assurer que ces capacités de production soient mises en place au plus tôt.

L’objectif d’un vaccin disponible d’ici à la fin de l’année, comme annoncé par certains politiques, vous semble-t-il atteignable ? Si non, à quelle échéance ?

Il y a effectivement des annonces très fortes, en particulier aux Etats-Unis, sur la disponibilité de 300 millions de doses en octobre, soit un mois avant les élections présidentielles. Ces annonces semblent être dictées par un agenda politique plus que scientifique. Si tout se passe bien, les premières doses d’un vaccin seront disponibles dans 12 à 18 mois, mais la vraie question est l’échéance à laquelle il y aura un volume disponible suffisant pour créer une vraie immunité mondiale contre le virus.

En mai, lors d’un entretien accordé au Financial Times, le PDG du laboratoire pharmaceutique français Sanofi, Paul Hudson, a choqué l’opinion en déclarant que le laboratoire servirait les Etats-Unis en premier s’il trouvait un vaccin, en raison de l’investissement financier des Américains dans la recherche. A qui, d’après vous, faudra-t-il réserver les premiers vaccins ?

Même si nous ne pourrons pas totalement échapper aux logiques de profits commerciaux, il faut que le vaccin soit un bien public mondial, qui bénéficie d’abord aux personnels de santé et aux personnes vulnérables, quels que soient leurs pays, avant d’être disponible pour la population plus générale. Il faudra aussi créer des stocks de vaccin pour pouvoir vacciner dans les lieux où nous observerons des flambées de la maladie. Les producteurs pharmaceutiques auront un rôle clé pour que le vaccin soit disponible à tous, sans oublier les pays en développement qui n’auront pas la même capacité financière que les pays riches. C’est évidemment une question d’équité, mais aussi un moyen d’éviter que ces pays ne deviennent des «  réservoirs » de la maladie pour le reste du monde.

Que répondez-vous aux complotistes accusant la Fondation Bill et Melinda Gates de contrôler les populations à travers l’implantation de puces sous-cutanées ou de tatouages numériques ou affirmant que la fondation a fait breveter un traitement il y a plusieurs années avant de répandre le nouveau coronavirus ?

Il y a des trésors d’imagination dans ces rumeurs et elles trouvent malheureusement une caisse de resonance via les réseaux sociaux. Ça en serait presque risible si elles n’avaient pas des conséquences dans le monde réel avec, dans certains cas, des violences contre les personnels de santé et des épidémies qui repartent faute de taux de vaccination suffisant.


Article publié dans le numéro de juillet 2020 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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