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Barack Obama défie Pékin

Le président américain Barack Obama a reçu samedi à la Maison Blanche le dalaï lama malgré la demande de Pékin d’annuler le rendez-vous, considérant que Washington remettait en question l’intégrité territoriale de la Chine et sa souveraineté sur le Tibet.

Le dalaï lama a été reçu à 11 heure 30 par le Barack Obama, a indiqué la Maison Blanche. Une source tibétaine a précisé que les deux prix Nobel de la paix se sont parlé dans la Salle des cartes de la Maison Blanche, et non dans le bureau ovale, un honneur réservé aux chefs d’Etat.

L’annonce de la rencontre, fermée à la presse, avait provoqué la colère de Pékin vendredi, le ministère chinois des Affaires étrangères demandant à Washington « d’annuler immédiatement sa décision d’arranger une rencontre entre le président Obama et le dalaï lama ».

La rencontre avait été annoncée à la dernière minute, vendredi en fin de journée, la veille du départ du dalaï lama après un séjour de onze jours à Washington où il a participé à un rite bouddhiste.

Lorsque le dalaï lama avait été reçu en février 2010 par Barack Obama, il avait été photographié par l’AFP quittant la Maison Blanche par une porte latérale près de laquelle des sacs poubelle étaient posés.

L’entrevue de samedi « illustre le soutien vigoureux du président en faveur de la préservation de l’identité religieuse, culturelle et linguistique unique du Tibet et de la protection des droits de l’homme des Tibétains », a commenté la veille la Maison Blanche.

Les Etats-Unis doivent « rester fidèles à leur engagement de reconnaître que le Tibet fait partie de la Chine », a rétorqué le porte-parole du ministère chinois, Hong Lei, exigeant que Washington « n’interfère pas dans les affaires intérieures chinoises » et ne fasse rien qui soit susceptible de « nuire aux relations sino-américaines ».

Le chef spirituel des Tibétains, qui a quitté son pays en 1959 après l’échec d’un soulèvement contre la présence chinoise, assure qu’il ne réclame pour le Tibet qu’une autonomie réelle. Mais Pékin accuse le dalaï lama de rechercher l’indépendance du « Toit du monde ».

Des négociations engagées épisodiquement entre des émissaires du gouvernement tibétain en exil à Dharamsala (Inde) et des représentants de Pékin sur l’avenir du Tibet n’ont débouché sur rien.

Un soutien au dialogue entre le Tibet et Pékin

Selon le communiqué de la Maison Blanche vendredi, l’entrevue de Barack Obama avec le dalaï lama vise à apporter un « soutien durable au dialogue entre les représentants du dalaï lama et le gouvernement chinois afin de résoudre leurs divergences ».

« Nous sommes fermement opposés à ce qu’un quelconque responsable politique étranger rencontre le dalaï lama sous quelque forme que ce soit », souligne pour sa part M. Hong, répétant une mise en garde qu’il avait déjà lancée la semaine dernière.

Des internautes chinois ont pour leur part laissé exploser leur colère. « Les Etats-Unis n’ont jamais respecté la Chine. Le moment est venu de vendre nos réserves en dollars (Pékin détient 1.153 milliards de dollars de bons du Trésor), pour frapper un grand coup le billet vert », a estimé « freemanchina8 ».

« Nous ne pouvons pas empêcher Obama de recevoir quelqu’un, mais nous pouvons lui interdire à vie d’entrer en Chine », a proposé de son côté « yuqiao1972 ».

La télévision nationale chinoise CCTV n’a pas mentionné la rencontre dans son journal de la mi-journée samedi, accordant en revanche une large place à une réception accordée par le président chinois Hu Jintao à des lycéens américains à Zhongnanhai, le siège du pouvoir à Pékin où des étrangers ne pénètrent que rarement.

Les précautions prises par la Maison Blanche pour garder l’entrevue discrète ont valu à Barack Obama des critiques du camp républicain. Le député Chris Smith a jugé que la rencontre aurait dû être annoncée « bien plus tôt ».

La visite survient au moment où Pékin célèbre les 60 ans de la « libération pacifique » du Tibet par les troupes communistes de Mao Tsé-toung.

A cette occasion, le gouvernement vient de publier un « Livre blanc sur le développement du Tibet », selon lequel « l’indépendance tibétaine » fait « partie d’un plan des agresseurs occidentaux pour dépecer le territoire chinois ».

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