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Bessie Coleman : les ailes noires en France

L’Afro-Américaine est devenue la première pilote noire de l’histoire, le 15 juin 1921. A une époque où aucune école américaine n’acceptait d’élève de couleur, elle a obtenu son brevet au Crotoy, dans le nord de la France. Aujourd’hui considérée comme une pionnière de l’émancipation des femmes et des Noirs, Bessie Coleman est une légende aux Etats-Unis.

En 1915, Bessie Coleman quitte le Texas et les champs de coton où travaillent ses parents pour devenir manucure à Chicago. Chaque mois, elle met de côté une partie de son salaire pour, un jour, réaliser son rêve : devenir aviatrice. En 1919, aucune école aux Etats-Unis n’accepte d’élève noir. Elle a entendu parler de l’école d’aviation du Crotoy en France, alors chaque soir, après sa journée au salon de beauté, elle prend des cours de français. Cette année-là, à Chicago, des émeutes raciales font trente-huit morts et des centaines de blessés. Bessie Coleman embarque pour l’autre côté de l’Atlantique, ses maigres économies en poche.

Elle débarque au Crotoy, petite ville de pêcheurs dans la baie de Somme. Les habitants ont la vision exotique des Noirs des images d’Epinal : femmes-girafes et autres négresses à plateaux. Ils se souviennent du « village nègre », clou de l’exposition internationale d’Amiens en 1906. La présence de cette belle jeune femme noire ne manque pas de susciter des regards appuyés, curieux, mais jamais hostiles. L’Américaine s’éprend des couleurs de la Manche, du patois et de la gastronomie locale. Elle y est amoureuse, heureuse, même si le soda et le charleston lui manquent.

Un message d’émancipation et de liberté

Bessie Coleman est la seule femme de sa promotion de douze élèves, la seule noire, mais aussi la meilleure et la plus appliquée. Elle obtient son brevet de la Fédération aéronautique internationale en sept mois. Un record. Elle a appris à piloter sur une version civile du Nieuport 82.E2. Surnommé « la grosse Julie », son avion est reconnaissable à ses ailes noires. Atterrissage, mécanique, vol de nuit, lorsqu’elle retournera aux Etats-Unis, elle n’aura plus rien à prouver. Elle pourra enfin envoyer des messages d’émancipation et de liberté, « donner un peu de couleur au ciel ».

En septembre 1921, elle est accueillie triomphalement par les journalistes à New York. La presse la surnomme bientôt « Queen Bess », et la jeune pilote va continuer d’écrire sa légende. Elle veut ouvrir des écoles d’aviation pour tous, et pour les financer, elle multiplie les meetings aériens. Elle exige des organisateurs que les publics noirs et blancs soient mélangés dans les tribunes, mais obtient rarement gain de cause. Elle n’aura pas le temps de voir les fruits de son combat. Le 30 avril 1926, lors d’un vol de repérage à Jacksonville, en Floride, son moteur s’emballe, son avion se retourne. Bessie Coleman, trente-quatre ans, est précipitée dans le vide et tuée sur le coup.

En 1929, la première école de pilotage pour Afro-Américains ouvre ses portes à Los Angeles, comme le souhaitait l’aviatrice. Depuis, des avenues, des aéroports, des écoles et des bibliothèques ont été rebaptisés en son honneur aux Etats-Unis et en France. On retrouve notamment une rue Bessie Coleman à Paris, à Nice et à Poitiers. Un documentaire sur la vie de l’aviatrice, Flying Free with Bessie Coleman, est en cours de production. L’Américain Philipp Hart, auteur de plusieurs ouvrages sur les pionniers afro-américains de l’aviation, est à l’origine du projet avec sa femme, l’animatrice et productrice Tanya Hart.

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