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Céline Sciamma : la réalisatrice française qui enflamme la critique américaine

Avec Portrait de la jeune fille en feu, sorti partiellement aux Etats-Unis début décembre avant une sortie nationale le 14 février, Céline Sciamma emporte l’adhésion des cinéphiles américains. Tous saluent sa liberté de regard et son approche de l’érotisme au féminin, dénué de toute objectification.

Fin du XVIIIe siècle, quelque part sur une île bretonne. La peintre Marianne (Noémie Merlant) est secrètement engagée pour faire le portrait d’Héloïse (Adèle Haenel), fille d’une comtesse (Valeria Golino) promise à un notable de Milan. Héloïse se dérobe d’abord, elle refuse de poser, avant de soutenir et défier le regard de l’artiste. Dans Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma filme à nouveau la naissance du désir.

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© Courtesy of NEON

Artiste majeure du cinéma d’auteur français, Céline Sciamma, 40 ans, a grandi dans la classe moyenne venue peupler Cergy-Pontoise, une ville nouvelle aux portes de Paris. Elle considère Virginia Woolf comme « la plus grande romancière », la réalisatrice belge Chantal Akerman comme l’une des cinéastes les plus importantes et cite David Lynch (Twin Peaks : Fire Walk with Me) comme une influence majeure.

Sa courte œuvre — quatre films en une douzaine d’années : Naissance des pieuvres (2007), Tomboy (2011), Bande de filles (2014) — s’intéresse à la jeunesse, à l’identité, au genre, aux rapports de classes, à la place et à l’amour des femmes. D’abord scénariste formée à la prestigieuse école de cinéma de la Fémis à Paris, elle a participé à la création de la série fantastique Les Revenants (2012-2015), qui a fait l’objet d’une adaptation américaine (The Returned, 2015), ainsi qu’au long métrage Quand on a 17 ans d’André Téchiné (2016).

L’année suivante, elle écrit le scénario de Ma vie de courgette, film d’animation de Claude Barras nominé aux Oscars en 2017. Naissance des pieuvres, son premier long-métrage avec l’actrice Adèle Haenel, est remarqué au festival de Cannes. Toujours sur la Croisette, Portrait de la jeune fille en feu a été récompensé du prix du scénario l’an dernier.

Aux Etats-Unis, où tous les films de Céline Sciamma sans exception sont sortis en salles, les critiques sont encore plus démonstratives. Désigné comme l’un des cinq meilleurs films étrangers par le National Board of Review, le film a été nominé dans la catégorie Meilleur film étranger aux Golden Globes. Du New Yorker à Variety, en passant par le Los Angeles Times, les médias américains soulignent l’importance centrale accordée aux femmes par Céline Sciamma dans ses films, en particulier dans Portrait de la jeune fille en feu. « La nature même de l’art féminin et la marginalisation des femmes dans le milieu artistique sont discutés dans le film grâce à une sous-intrigue (une grossesse non désirée et un avortement) d’une manière qui fait indéniablement écho au présent », écrit ainsi Richard Brody dans le New Yorker.

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© Courtesy of NEON

Entre deux écritures de fictions et tournages, Céline Sciamma pratique le football amateur au sein de l’association LGBT+ « Baston et courtoisie ». Elle nourrit d’ailleurs une passion pour Megan Rapinoe, la capitaine de l’équipe américaine de football, championne du monde en 2019 et militante des droits des femmes, des LGBT+ et des minorités. On le sait depuis l’essai de l’américaine Carol Hanisch, l’une des fondatrices du Women’s Liberation Movement, « le personnel est politique ».

Céline Sciamma écrit et réalise des films féministes qui ont la simple ambition de changer le regard au cinéma. Portrait de la jeune fille en feu lui permet de rendre hommage aux artistes oubliées de l’histoire et de déconstruire les logiques de domination qui sont traditionnellement associées au point de vue masculin et aux relations entre créateur et muse.

  • « Les logiques de domination qui sont traditionnellement associées au point de vue masculin et aux relations entre créateur et muse »… Ah bon ? Traditionnellement associées… par qui ??? Stéreotypes navrants. A de rarissimes exceptions près le cinéma contemporain est aussi bête que dépourvu d’ambition artistique.

  • Les navets du cinéma français honorés par la presse américaine. Le remarquable J’accuse de Polanski boycotté… Symboliquement tout le crétinisme moderne est résumé par ce paradoxe. (L’argument « moral » ne tient pas la route car par ex le passé violent de Ladj Ly ne semble pas avoir gêné l’Académie des Oscars ni la presse.)

  • Ladj Ly a été condamné le 2 mars 2011 à Bobigny à trois ans d’emprisonnement pour enlèvement et séquestration. Dans ce dossier il a été également mis en examen pour tentative d’assassinat et violences aggravées. Il semblerait donc qu’au yeux des médias, du cinéma français et de la cérémonie des Oscars, contrairement à ce qu’écrit Guy Sorman, dans certains cas le talent excuse bien les crimes.

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