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Cinq salariées payées à ne rien faire depuis quatre mois

Les salaires tombent chaque mois comme si de rien n’était, pourtant les cinq employées de National Powerpacks, à Pontarlier (Doubs), sont sans travail depuis quatre mois et leur direction hollandaise est aux abonnés absents.

« Depuis le mois de juin, on lit le journal, on joue au Rubik’s Cube, au Scrabble, au Sudoku et on fait des tours de bâtiment pour s’aérer et s’oxygéner », raconte Danièle Midali, l’une des employées de cette toute petite entreprise d’assemblage de batteries rechargeables qui, à trois ans de la retraite, n’espère plus retrouver un emploi.

Averties en mai dernier que leur société était vouée à la fermeture, les cinq femmes sont désoeuvrées depuis juin, période à laquelle les composants de fabrication ont été rapatriés en Hollande où est domicilié leur patron. Les machines de production sont restées sur place, les salariées s’étant opposées à leur départ.

Suivant les instructions de l’inspection du travail, elles ont continué à se rendre tous les matins dans les locaux de l’entreprise qu’elles quittent ponctuellement à 16h00. Et perçoivent chaque mois un salaire qui varie de 1.200 à 1.600 euros net.

« Notre employeur ne répond plus sur son téléphone portable », regrette Carmen Girard qui travaille depuis 15 ans chez National Powerpacks. L’entrepreneur hollandais n’a pas non plus répondu aux appels de l’AFP.

Face à cette situation ubuesque, les cinq femmes, toutes mères de famille, voire grand-mères, se sont rendues vendredi, sur conseil de la CGT, chez Me Anne-Sylvie Grimbert, avocate spécialisée en droit du travail.

« Elle nous a dit que si nous allions travailler ailleurs, nous serions considérées comme démissionnaires », indique Sandrine Jappel, six ans d’ancienneté. « On ne peut donc pas regarder les offres d’emploi parce qu’on ne peut pas y postuler », déplore Stéphanie Chollet.

Sur conseil de l’avocate, les femmes ont écrit une lettre à leur direction et à l’inspection du travail pour prévenir qu’elles « ne se rendraient plus sur le lieu de travail » mais restaient « à la disposition » de l’employeur.

« Jusqu’à présent, il ne répond pas, ni à mes clientes – excepté par des mails très brefs -, ni à l’inspection du travail qui lui a écrit. C’est manifestement quelqu’un qui fait la politique de l’autruche », constate Me Grimbert.

Dans son dernier mail du 1er octobre -dont a eu connaissance l’AFP-, le chef d’entreprise indique qu’il est en relation avec un avocat pour s’occuper du bail du bâtiment, mais il ne donne aucune information sur l’avenir de National Powerpacks et de ses salariées.

« Un employeur qui paye pendant quatre mois ses salariés à ne rien faire, ce n’est pas banal et je ne l’ai encore jamais vu. Normalement, lorsqu’une entreprise a des problèmes, on le ressent sur les salaires, et alors là, on peut agir », ajoute l’avocate qui s’avoue impuissante tant que les cinq femmes sont rétribuées.

« Il y a des gens que l’on met dans un placard, pour moi, nous sommes dans un placard géant », s’indigne Viviane Pellegrini.

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