Je m'abonne

La musique française a-t-elle une place aux Etats-Unis ?

Si Aznavour et Brel ont eu leur heure de gloire américaine, les artistes qui chantent en français peinent encore à s’exporter aux Etats-Unis, contrairement à ceux qui optent pour l’anglais.

En 2010, le DJ David Guetta et les rockeurs versaillais de Phoenix remportaient leurs premiers Grammy Awards pour des titres en anglais. Depuis, le nombre de concerts d’artistes français aux Etats-Unis augmente de 20% chaque année, selon l’agence de promotion de la musique française à l’étranger Bureau Export.

Avec 57 100 ventes d’albums et 2,5 millions de téléchargements, Kungs fut la révélation française de 2017, suivi de près par Petit Biscuit et Caravan Palace. L’arrivée de ces artistes sur le marché américain suit la popularisation des mouvements DJ et « dance ». L’absence de texte ou les paroles en anglais les rendent accessibles à tous.


« Le marché est plus favorable aux artistes qui chantent en anglais », admettent Pauline Guedj et Michele Amar, directrice du Bureau Export. « Mais certains musiciens qui privilégient le français enregistrent aussi des succès auprès des critiques et du public. » Les concerts de Jane Birkin au Carnegie Hall le 1er février dernier et de Camille au Poisson Rouge de New York ont affiché complet. D’autres artistes misent sur leur popularité auprès des communautés françaises installées dans le pays.

L’anglais, la clé du succès ?

« Le français est dépourvu d’accent tonique. Son articulation est claire et favorise les modifications apportées par la langue et les lèvres. Le texte tend à l’emporter sur la musique », explique la musicologue Danièle Pistone. La spécialité française de la « chanson à texte » a ponctuellement conquis l’Amérique, avec Charles Aznavour, Jacques Brel, Maurice Chevalier, Sheila ou Yves Montand.

A son arrivée à New York dans les années 1930, Edith Piaf fut d’abord boudée par le public, qui ne comprenait pas ses paroles. Elle ne connut le succès qu’après avoir pris des cours d’anglais et traduit ses textes. Les chanteurs en français ne seraient donc appréciés que par une élite ?

« Pas forcément », nuance Danièle Pistone. « L’atmosphère générale, le rythme et la mélodie peuvent supplanter le poids des mots. » Elle souligne l’importance des critères « artistico-socio-politiques ». Les productions françaises, en vogue dans les années 1940 et 1950 (Trenet, Piaf) ont laissé place à l’avènement du rock dans les années 1960. L’essouflement du rock permet le retour du français et de courants hispanophones.

Des « success stories » francophones

Aujourd’hui, les artistes qui défendent leurs textes en français sur le sol américain se distinguent par leur originalité. La spontanéité de Yelle, les clips audacieux de Stromae et ses emprunts à la musique savante avec la reprise de l’opéra « Carmen » séduisent le public. Zaz se distingue par ses tonalités jazzy ; Christine and the Queens par ses danses et mélodies saccadées.


Les séries, le cinéma et le visionnage en ligne diffusent largement les artistes français. Audrey Hepburn chantant « La vie en Rose » dans le film Sabrina de Billy Wilder (1954) a contribué à populariser la chanson d’Edith Piaf. Plus récemment, la série Girls a mis à l’honneur « iT » de Christine and the Queens.

Aux Etats-Unis, le Bureau Export de la musique française et Francophonie Diffusion aident à faire connaître la musique française. Le festival France Rocks de New York a accueilli 35 000 spectateurs lors de son édition 2017. Quant au géant californien Coachella, il a déjà reçu les francophones Yael Naïm, Air, La femme, M et Catherine Ringer. Le rappeur MHD est programmé pour l’édition 2018. Une variété qui permet l’optimisme. Pour Danièle Pistone, « si la qualité mélodique, la nouveauté, la personnalité d’un interprète et sa force de communication sont au rendez-vous, tous les espoirs sont permis pour notre langue ».

=> Ecoutez les quinze artistes français les plus populaires aux Etats-Unis :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related