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Emi Ferguson : la musique de Versailles renaît à New York

Et si Lana Del Ray et Kanye West avaient chanté à la cour du Roi Soleil ? La flûtiste anglaise Emi Ferguson, professeur à la Juilliard School de New York, offre une seconde jeunesse aux airs baroques du XVIIe siècle.

Emi Ferguson a passé les étés de son enfance dans un village de l’arrière-pays provençal, mais c’est sa rencontre avec un Américain de l’Etat de New York qui a influencé sa carrière de flûtiste francophile. En 2009, la jeune Anglaise est étudiante à la Juilliard School of Music de New York lorsqu’elle postule au Master « Historical Performance » qui vient d’être créé. Pionnier de l’interprétation historique et du répertoire baroque en France et aux Etats-Unis, fondateur de l’ensemble Les Arts Florissants, William Christie dirige les auditions. Il recrute la flûtiste de vingt-deux ans et lui offre son premier instrument.

La flûte d’ébène aux bagues d’ivoire, la réplique exacte d’un modèle « Palanca » du XVIIIe siècle, séduit la musicienne. Jusqu’alors passionnée de musique moderne et jazz, Emi Ferguson se tourne vers le baroque. Elle se produit avec l’orchestre de Juilliard et une fois diplômée, elle est invitée à jouer avec Les Arts Florissants lors du festival d’été que William Christie organise chaque année dans sa résidence vendéenne.

« Des musiciens pop à la cour de Louis XIV »

Le premier album d’Emi Ferguson, Amour Cruel, sorti en septembre dernier, redonne vie aux airs de cour, un genre qui s’est épanoui au XVIIe siècle sous l’influence de Louis XIV et du compositeur Jean-Baptiste Lully avant de tomber dans l’oubli. « J’ai réécris ces paroles et ces harmonies en imaginant que le roi avait invité des artistes pop à Versailles », explique-t-elle.

Des archives de la bibliothèque de Juilliard, Emi Ferguson exhume des chansons écrites il y a quatre cents ans. Un célèbre poème de Ronsard écrit en 1545 et mis en musique au XVIe siècle, déniché dans un « vieux livre poussiéreux », devient « Mignonne », la seconde piste de l’album. Deux airs sont « librement traduits » en anglais, les autres sont chantés en français. Pour placer sa voix, la musicienne demande conseil à l’Américain Thomas Grubb, coach de diction française et spécialiste du chant de la Renaissance.

Le magazine Billboard a placé Amour Cruel en dix-septième position de son classement des albums classiques. « C’est un honneur », admet Emi Ferguson, mais la musique baroque reste « une niche ». L’opéra attire plus d’étudiants que la musique de la Renaissance, mais la flûtiste francophile poursuit son œuvre. Elle se produira le 9 novembre au Manderley Bar de New York puis le 20 novembre à Montreuil, au nord-est de Paris.

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