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Football: Nicolas Anelka, le mal aimé

Le footballeur Nicolas Anelka, suspendu de l’équipe de France pour 18 matches, n’a plus la cote auprès des jeunes de Seine-Saint-Denis, mais à Trappes dans les Yvelines où il a grandi, des habitants le défendent coûte que coûte.

« L’image que j’ai de lui a changé. Il m’a déçu », lance Maurice, 16 ans, qui, comme des dizaines de jeunes de Sevran privés de vacances, joue au foot toute la journée à la cité des sports de cette ville de Seine-Saint-Denis. « Anelka ne fait plus partie de mes joueurs préférés », renchérit Ibrahima, 13 ans. Nicolas Anelka a été suspendu par la Fédération française de football après le fiasco des Bleus au Mondial en Afrique du Sud, marqué par une grève des joueurs et des insultes proférées à l’encontre du sélectionneur Raymond Domenech.

Cette sanction est « juste », juge Maurice, car « il n’a pas le droit de tenir des propos comme ça à un entraîneur ». « Dire ça et refuser de s’entraîner devant toute une nation, alors qu’il a la chance de porter le maillot de la France, c’est pas excusable », tempête le jeune homme*. Sur les terrains de foot de Sevran, d’autres trouvent aussi la sanction « normale », à l’instar de Wilfried, 12 ans, qui commence lundi au centre de pré-formation du Paris SG.

« Ça montre aux autres qu’il ne faut pas faire ça », analyse l’adolescent. « De toute façon, il jouait mal en équipe de France », tranche son frère Kevin, 13 ans, supporter du club anglais de Chelsea, où joue Anelka. Afid Djadaoui, référent sport à la mairie de Sevran, trouve « normal que les jeunes réagissent comme ça ». « J’essaie de leur inculquer le respect: je les sanctionne d’ailleurs quand ils ne sont pas respectueux des règles, de leurs camarades », dit-il.

Mais les avis sont bien différents dans une autre cité sensible de la banlieue parisienne, à Trappes, dans lesYvelines, où le footballeur a grandi. Dans son quartier, ceux qui l’ont connu gamin le défendent. « Dix-huit matches, c’est beaucoup trop, c’est tuer sa carrière à 30 ans en équipe de France alors qu’il aurait pu encore jouer l’Euro. De toute façon, il est boycotté depuis 1998 », s’énerve Baila, cuisinier de 32 ans, qui, plus jeune, a parfois joué au foot avec Anelka.

Selon lui, la réaction du champion après sa sanction est une marque d' »orgueil ». « Il est fier, il ne veut pas montrer que ça le touche mais je sais que ça le touche », assure-t-il. Nicolas Anelka a qualifié de « clowns » les responsables du football français, se disant « mort de rire » après sa sanction. Une ancienne voisine de la famille Anelka se rappelle qu’il « a offert des baskets aux enfants du quartier quand il a commencé le foot ».

Didier Parmentier, fan de l’OM et de l’équipe de France, reste sceptique sur la réalité des insultes attribuées à « l’enfant de Trappes ». « Anelka a sa personnalité, sa réputation n’est pas d’aujourd’hui, il s’est forgé son caractère dans la zone mais ici, on connaît ses valeurs », déclare-t-il. « Avec Jamel Debbouzze – un comédien lui aussi originaire de Trappes, NDLR -, ce sont des jeunes qu’on a connus et qui ont montré que l’on peut arriver à quelque chose », souligne le quinquagénaire.

*Ndlr: Anelka n’a pas participé à la grève de l’entraînement du 20 juin puisqu’il avait déjà été renvoyé d’Afrique du Sud

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