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Les Français derrière l’essor du rugby aux Etats-Unis

Les Etats-Unis, pays du football, pourraient accueillir la Coupe de rugby en 2031. Une ambition qui témoigne de l’essor de la Major League Rugby, la jeune ligue américaine, soutenue par des joueurs, entraineurs et managers français.

Entre la fin du mois d’avril et le début du mois de mai, deux joueurs français ont annoncé leur transfert aux Etats-Unis. Mathieu Bastareaud, centre de l’équipe de Toulon et capitaine de l’équipe de France, portera les couleurs du club new-yorkais Rugby United New York à partir de 2020 et David Mélé, demi de mêlée de l’équipe de Perpignan, rejoindra le club texan Austin Elite Rugby en tant que joueur et entraîneur.

« Nous faisons venir des joueurs français parce qu’il existe en France des centres de formation et les clubs professionnels qui n’existent pas encore aux Etats-Unis », explique Thierry Daupin, propriétaire et PDG du club Austin Elite Rugby. Ce Nîmois de 40 ans, installé au Texas depuis 2015, a participé à la création de la ligue américaine en 2017 — il a notamment négocié le contrat de diffusion des matchs avec la chaîne CBS Sports.

La Major League Rugby (MLR) regroupe actuellement neufs clubs professionnels : huit aux Etats-Unis et un au Canada. Les clubs de Boston, Washington D.C et Atlanta rejoindront la ligue en 2020 et Dallas et Los Angeles en 2021. Les villes de Chicago, Columbus (Ohio), Las Vegas, Montréal et Vancouver sont également intéressées. L’objectif de la ligue, poursuit Thierry Daupin, est de créer un championnat américain comparable au Top 14 français. Puis d’organiser la Coupe du monde.

Les Etats-Unis, nouvel Eldorado du rugby

Le rugby semble passer inaperçu dans la cohue des sports américains. Il est loin derrière le football, le baseball et le basketball en termes de popularité — un classement officieux le place en 21e position entre le bowling et la gymnastique ! — mais c’est le sport qui enregistre la plus forte croissance aux Etats-Unis. La fédération américaine compte 125 000 licenciés, une augmentation de 250 % en dix ans. « Les Etats-Unis sont classés dans les quinze premiers mondiaux en rugby à XV et dans les cinq premiers en rugby féminin », rappelle Thierry Daupin. « Le rugby a un énorme potentiel aux Etats-Unis ! »

Un potentiel qui n’a pas échappé à Pierre Arnald. L’ancien directeur du club parisien le Stade Français a investi l’année dernière 1,2 million de dollars dans le Rugby United New York. « Les clubs et les équipes existent, c’est le moment de créer une ligne professionnelle aux Etats-Unis », constate le Français, qui a aussi pris la direction du club new-yorkais. « Le rugby plaît aux Anglais et aux Irlandais, pourquoi pas aux Américains ? »

Pour attirer les fans, le patron du Rugby United New York compte cibler dans un premier temps les communautés déjà acquises au rugby. La création de programmes dans les collèges, les lycées et les universités permettra également de populariser le sport et de former la prochaine génération de joueurs. A Austin, Thierry Daupin a investi dans la construction d’un centre de formation.

Visas P-1 pour les athlètes français

Les joueurs étrangers représentent encore une part importante des équipes américaines. Au point que la fédération américaine a décidé de limiter à dix le nombre de joueurs étrangers autorisés par équipe et par match. A Austin, David Mélé rejoindra sur le terrain les Français Simon Bienvenu et Soheyl Jaoudat, recrutés en 2018. A New York, Pierre Arnald cherche à recruter « au moins un autre Français » pour seconder Mathieu Bastareaud. « J’ai besoin de joueurs qui ont l’esprit ouvert et un fort caractère pour s’adapter aux Etats-Unis », précise-t-il. Les joueurs internationaux bénéficient d’un visa d’athlète P-1 de cinq ans, qui correspond à la durée de leur contrat.

Avantage des clubs américains, le moindre coût du sport facilite l’achat de joueurs confirmés : comptez 1,6 million d’euros pour un joueur de rugby, contre 200 millions d’euros pour un joueur de foot ! Par ailleurs, la MLR plafonne le salaire des joueurs professionnels à 45 000 dollars par saison de sept mois. Ce qui limite la spéculation, mais force les joueurs à poursuivre une activité professionnelle en parallèle de leur carrière sportive. « Le salaire des joueurs aux Etats-Unis n’atteint pas encore le niveau de celui des joueurs européens [plus de 40 000 euros brut par mois pour Mathieu Bastareaud selon L’Equipe] », assure Thierry Daupin, « mais le rêve américain permet de faire venir des joueurs ».

La saison de rugby fait suite à celle de football et court de février à juin. Les matchs de final n’ont pas encore commencé, mais la ligue française a déjà exprimé son souhait de « prendre une participation commerciale dans le fonctionnement de la ligue américaine », témoigne Pierre Arnald. Des discussions sont en cours pour faire du rugby américain un vrai effort transatlantique.

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