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« La culture française a plus que de beaux restes »

Agé de trente ans, Gaëtan Bruel est le nouveau conseiller culturel de l’ambassade de France aux Etats-Unis. Il dirige depuis septembre une équipe de 90 personnes chargée du rayonnement culturel, éducatif et universitaire de la France.

Il connaît bien New York, pour avoir enseigné un an à Columbia University après des études à Normale Sup et à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Ancienne « plume » de Jean-Yves Le Drian au ministère de la Défense à partir de 2012, il a ensuite dirigé l’Arc de Triomphe et le Panthéon, avant de revenir aux côtés de Jean-Yves Le Drian, cette fois au Quai d’Orsay, dont il était jusqu’à l’été le conseiller pour les Amériques et pour la culture.


France-Amérique : Comment voyez-vous votre rôle de conseiller culturel ?

Gaëtan Bruel : A l’origine de notre action, il y a la passion réciproque que se vouent la France et les Etats-Unis. Cette passion réciproque n’est pas apparue en un jour, pas plus qu’elle n’est acquise pour toujours. Dans chacune de nos activités, nous avons la chance d’avoir des milliers d’Américains francophiles, qui ont un attachement pour notre pays parce que depuis des années, des décennies, ils ont vu des films, ils sont allés en France, ils ont fait des rencontres, ils ont appris le français… Notre travail, aujourd’hui, c’est d’entretenir et de renouveler ce lien pour l’avenir. C’est également de partager avec le public américain des manières de voir qui soient françaises, mais aussi européennes et francophones. C’est enfin d’accompagner le paysage culturel, éducatif et universitaire français dans ses propres enjeux de transformation, qui passent aussi par une exposition aux réalités américaines.

On a parfois l’impression que les Américains ont une image un peu datée de la culture française. Est-ce qu’il y a besoin de la moderniser ?

Il y a peut-être parfois une vision de la France comme celle d’un pays où le meilleur de la culture serait derrière nous. Mais pour ma part, je crois que le slogan d’Emmanuel Macron « France is back » est aussi une réalité culturelle : il suffit de regarder la richesse de la saison culturelle parisienne cet automne, les excellents chiffres de la Fiac (Foire internationale d’art contemporain de Paris), les expositions exceptionnelles sur Léonard de Vinci ou Greco, ou la floraison incroyable de fondations. Tout cela montre que notre culture a plus que de beaux restes ! Nous devons promouvoir à la fois une culture française telle que les Américains la rêvent, mais aussi une culture qu’ils ne connaissent pas complètement et qui est en mesure de les surprendre. Le public américain a des attentes, et il faut les satisfaire, mais il faut aussi aller au-delà, et lui montrer que notre culture ne s’est pas arrêtée avec la Nouvelle Vague ou la « French Theory » !

Comment faire découvrir cette modernité ?

Prenons l’exemple de la réalité virtuelle (films interactifs en 3D destinés à être vus avec des casques spéciaux, associant écrans, écouteurs et capteurs de mouvements). Ce domaine est en train d’émerger comme une pratique culturelle, mais son modèle économique reste encore à préciser. Le modèle français, qui repose en partie sur des financements publics, est bien adapté à une pratique émergente, parce qu’il rend possible la prise de risque. Cela a permis l’apparition précoce d’un écosystème de la réalité virtuelle, avec des créations qui sont primées depuis des années dans des festivals comme Sundance ou Tribeca. C’est un très beau sujet de travail avec les Américains : la France est identifiée comme un réservoir de talent sur le jeu vidéo, sur le design, sur l’animation, et désormais aussi sur la réalité virtuelle. Nous avons l’opportunité de pouvoir pousser les feux sur ces sujets.

Quelles actions allez-vous engager dans les prochains mois ?

J’ai la chance d’arriver dans un dispositif qui est en ordre de marche, où j’ai avant tout la volonté d’exercer une continuité. Mais nous sommes dans un contexte qui est en partie nouveau, avec plus que jamais un enjeu sur le renouvellement des publics et des partenaires. Comment contribuer à l’émergence de nouvelles générations d’Américains francophiles ? Cela nécessite d’avoir une conscience claire des publics auxquels nous nous adressons : les jeunes — sans faire de jeunisme —, les prescripteurs, toujours les élites mais plus que jamais aussi d’autres publics, dont la diversité est l’une des vraies richesses de ce pays. Cela passe aussi par le renouvellement de certaines actions dans de nouveaux domaines, comme la Nuit des Idées fin janvier. Nous sommes aussi en train de repenser notre dispositif de résidences à travers les Etats-Unis. Au printemps, nous ouvrirons la Villa San Francisco — en écho avec la Villa Médicis de Rome et la Villa Kujoyama de Kyoto. Ce sera une résidence pluridisciplinaire, au dernier étage de la résidence consulaire. Et le premier invité pourrait être un créateur de jeux vidéo !


Entretien publié dans le numéro de décembre 2019 de France-Amérique

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