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« Frenchy », la porte-parole des sans-abri de Los Angeles

A Los Angeles, la ville des Etats-Unis qui compte le plus grand nombre de sans-abri, une Française lutte pour les droits des démunis. Ancienne sans-abri, elle s’est improvisée « ambassadrice de la dignité ».

Dans Skid Row, le quartier des sans-abri au centre de Los Angeles, Louise Mbella se sent comme chez elle. Et pour cause. La Française a passé ses premières années californiennes dans la rue, puis dans un foyer d’accueil pour femmes sur South San Pedro Street. Elle a depuis retrouvé un logement mais continue de se battre pour les droits des démunis et des femmes dans la Cité des Anges.

Parmi ses combats les plus récents, la Française cite l’ouverture d’une aile réservée aux femmes dans un foyer d’accueil et l’installation d’un centre d’hygiène mobile ouvert aux résidents de Skid Row. Le manque de sanitaires publics dans ce quartier qui accueille entre 8 000 et 11 000 sans-abri contribue à la propagation de l’épidémie d’hépatite A qui sévit actuellement en Californie. « Le problème des sans-abri n’est pas uniquement un problème de logement, mais aussi d’éducation, de santé et d’hygiène », insiste Louise Mbella. En amont des Jeux olympiques de 2028, elle imagine des camps d’accueil permanents sur chaque parking et terrain vague de la ville, des programmes de soins psychologiques et de réinsertion. « Je me bats pour défendre les droits et la dignité de ceux qui n’ont pas les capacités de s’exprimer. »

Une enfance « cocoonée »

Louise Mbella a grandi à Créteil, une banlieue résidentielle au sud-est de Paris. Elle évoque une enfance « modeste mais privilégiée », des colonies de vacances et des cours de voile. « Je ne m’étais pas intéressée aux gens qui vivent dans la rue avant d’arriver aux Etats-Unis », précise-t-elle. Elle mentionne des « traumatismes », mais taît les raisons qui l’ont poussée dans la rue, quelques années après son arrivée à Los Angeles dans les année 1990.

Après « plusieurs années » dans la rue, la Française est acceptée dans un foyer pour femmes. C’est là qu’elle prend conscience de son statut particulier. « En tant que femme noire, française et éduquée, je me démarquais des autres résidentes. » Peu à peu, celle que l’on surnomme « Frenchy » endosse le rôle de porte-parole du foyer : c’est elle que l’on vient voir pour écrire une lettre, se plaindre des repas ou négocier avec l’administration.

Des talents de « diplomate »

En 2010, Louise Mbella partage son expérience de la rue lors d’une collecte de fonds pour le Downtown Women’s Center, une structure d’accueil pour les femmes démunies. Grisée par les caméras de télévision qui saisissent son intervention, « Frenchy » s’engage pour « la défense des droits humains ». Bénévole de l’organisation, elle devient bientôt responsable de l’accueil des nouveaux membres, secrétaire de la Downtown Women’s Action Coalition, puis coprésidente. En 2015, elle profite d’une réunion à Sacramento, la capitale politique de la Californie, pour inviter la sénatrice Holly Mitchell à visiter Skid Row. (Elle acceptera.) Devant une assemblée des dirigeants de la police de Los Angeles, « Frenchy » cite l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ».

La Française, félicitée par le maire de Los Angeles pour son engagement et son service à la communauté, impute ses talents de « diplomate » à sa nationalité. « Les sans-abri de Skid Row, essentiellement afro-américains, sont traumatisés », observe-t-elle. « Ils ne font confiance ni à la police ni aux élus. Je suis noire aussi, mais je n’ai pas les mêmes cicatrices. La ville de Créteil ne m’a jamais fait de mal. Cette position unique me permet de discuter avec les élus de Los Angeles et de faire changer les choses. »

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