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George Withers : un illustrateur en guerre

Il y a 75 ans, le 8 mai 1945, le caporal George Withers se trouvait à Paris. La guerre en Europe était finie et l’artiste américain peignait la liesse, la joie des Parisiens et le défilé de la victoire. « Aujourd’hui, j’ai vu Churchill, Anthony Eden et De Gaulle en tête de la parade de l’armistice », écrit-il dans une lettre adressée à sa femme à New York. « Les Français aiment les parades et sont venus en masse pour admirer les uniformes colorés. »

Depuis le mois de novembre 1944, George Withers est affecté au quartier général des forces alliées en Europe, sous le commandement du général Eisenhower. A partir de dépêches et de photographies émanant du front, il illustre les publications de l’armée américaine : Army Talks, Overseas Woman ou encore Stars and Stripes. Ses dessins à l’encre exaltent le courage des femmes en uniforme, l’héroïsme des maquisards, l’union des soldats alliés pour la victoire et montrent la tragédie de la guerre, les civils condamnés à l’exode, les procès de Nuremberg.

« Son travail pendant la guerre avait une double nature », explique Brian Withers, professeur d’arts plastiques à la retraite et archiviste improvisé de la mémoire de son père, terrassé par une crise cardiaque en 1959. « Dès qu’il avait un moment de libre, il allait se promener dans Paris avec son nécessaire à aquarelle, une petite boite métallique pas plus grande que la paume de la main qu’il emportait partout. »

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Bois de Boulogne, Paris, été 1945.
© All images courtesy of Brian Withers

Autant ses dessins pour l’armée sont graves et solennels, autant son travail personnel est léger et empli de couleurs. Ici, un soldat songeur assis sur un banc au Jardin des Tuileries ; là, un clown aux cheveux rouges au Cirque Medrano. Dans les jardins de la Croix-Rouge, les soldats américains se détendent au soleil ; ils visitent Notre-Dame et fréquentent les cabarets. Dans Paris libérée, la vie reprend son cours.

Lorsque vient le week-end, George Withers et ses camarades artistes empruntent une jeep et quittent Paris. Ils vont peindre au Bois de Boulogne ou le long de la Marne à Chelles, à l’est de la capitale. « Mon père adorait les peintres impressionnistes », se souvient Brian Withers. « Il avait accroché des reproductions des toiles de Degas, de Monet et de Gauguin partout dans la maison. »

Un artiste réputé

George Withers aurait dû être démineur. C’est la spécialité qu’on lui attribue lorsqu’il s’engage dans l’U.S. Army en décembre 1943. Après ses classes en Pennsylvanie et une formation aux explosifs en Virginie, il embarque sur le paquebot Queen Mary, converti en transport de troupes. Direction : l’Ecosse, l’Angleterre, puis la France. Il emporte avec lui un carnet de croquis.

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Sur le bateau vers l’Ecosse, 1944.

Le natif de Wichita, ancien joueur de football à l’Université du Kansas, est un dessinateur réputé. Avant de prendre l’uniforme, il travaillait pour une agence de publicité sur la 5e Avenue à Manhattan : il a illustré des campagnes pour Ford, AT&T, Pan Am, Pepsi-Cola et Canada Dry. Lorsqu’il arrive en Angleterre, ses croquis de la vie militaire attirent l’attention de ses supérieurs, qui le redirigent vers un poste d’illustrateur militaire à Londres, puis à Paris.

Il poursuivra son activité après la guerre, illustrant la presse américaine. Ses dessins seront publiés dans Life, Look, le New York Times et le New York Herald Tribune. Il illustrera une nouvelle de J.D. Salinger pour le Saturday Evening Post et exécutera plus de 400 dessins pour le magazine féminin Redbook. « Mon père parlait français », explique Brian Withers. « Il a vendu plusieurs dessins à des journaux parisiens avant d’être rapatrié en janvier 1946. Les combattants sont rentrés en premier après l’armistice et les artistes ont dû attendre leur tour ! »

 

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Déchargement d’un véhicule, probablement Cherbourg, Normandie, 1944.

 

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Notre-Dame, Paris, 1945.

 

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La Croix-Rouge, Paris, été 1945.

 

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Le café Belle Rive, Paris, été 1945.

 

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Le long de la Marne, 1945.

 

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Paris, été 1945.

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