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Ces statues que l’on déboulonne

Les uns après les autres, les symboles gênants de l’histoire américaine sont déposés. Hier les derniers drapeaux confédérés, aujourd’hui les statues. A New York, une commission municipale doit recenser les symboles qui doivent disparaître — à commencer avec le nom « Philippe Pétain » gravé sur Broadway.

Les Français ne sauraient être surpris par le débat qui divise actuellement les Etats-Unis quant au sort qu’il faut réserver aux statues sudistes. Nous avions éprouvé le même malaise avec le Maréchal Pétain. Son cas est plus complexe encore, puisque Philippe Pétain fut successivement le héros vainqueur de la Grande Guerre, puis le chef abominable du gouvernement de Vichy. Le premier, jusqu’en 1940, fut couvert d’honneurs. La ville de New York l’accueillit en triomphe le 26 octobre 1931 et c’est à ce titre qu’une plaque lui est dédiée sur Broadway. Après la Deuxième Guerre mondiale, l’ambiguïté persista. François Mitterrand faisait fleurir chaque année la tombe du « héros de la bataille de Verdun ».

Aujourd’hui, seule l’extrême droite française honore encore Pétain, précisément parce qu’elle partage l’idéologie nationaliste et xénophobe du régime de Vichy. La plaque qui honore Pétain sur Broadway sera retirée, a promis le maire de New York. Mais que faire de la dizaine de « Pétain Street » et « Pétain Avenue » qui subsistent aux Etats-Unis* ? Et que dire de Pierre Laval, chef de la Milice du régime de Vichy et architecte de la rafle du Vel d’Hiv, qui possède lui aussi sa plaque sur Broadway ?

Comment arbitrer et gérer la mémoire du passé complexe ? Un premier arbitrage vient de ce que l’histoire est écrite par les vainqueurs : Pétain a perdu en 1945 et le Général Lee en 1865. Tant pis pour eux, tant pis pour leur cause, tant mieux pour la morale. Car ce n’est pas la victoire seule qui détermine les commémorations mais aussi la morale. Le racisme des Confédérés et du régime de Vichy, relayé par les suprémacistes en Amérique et le Front national en France, fait souffrir aujourd’hui encore les Afro-Américains aux Etats-Unis et les Juifs en France.

Déboulonner Pétain et Lee, ce n’est donc pas tant réviser l’histoire que ne pas nuire à ceux qui de nouveau pourraient devenir victimes d’idéologies meurtrières. En revanche, il n’est pas interdit d’enseigner l’histoire, c’est même le remède indispensable à toute mauvaise querelle. Quant aux statues, il y a des musées pour cela ; il en existe un à Moscou où sont entreposées celles de Lénine et Staline.


* Ces rues et avenues américaines qui portent le nom du Maréchal Pétain :

Pétain Street
Defiance, OH
Ellwood City, PA
Hartselle, AL
Manchester, NH
Monroe, LA
Prichard, AL

Pétain Avenue
Dallas, TX
Abbeville, LA
Milltown, NJ
Carmichaels, PA
Yuma, CO

Source : Google Maps

  • On ne peut pas re-crire l’histoire. Bien ou Mal il faut s’en servir pour eduquer et ne pas refaire les memes fautes. Et surtout ne pas laisser certains groups dicter le future ou demander d’efacer le passé.

  • Très intéressant. J’ignorais toutes ces marques publiques de respect américain au héros français de la Première Guerre mondiale devenu la honte de la Seconde… Merci F-A de nous éclairer avec votre publication. On apprend à tout âge sur l’Histoire de son propre pays, notamment avec le recul bienfaisant qu’octroie la chance de vivre à plus ou moins long terme à l’étranger.

  • Que dire du bilan de Napoléon? Plus que contrasté si on est bienveillant, immonde si on se place au niveau européen. Combien de victimes des guerres napoléoniennes? Entre 1 et 5 millions ? Honte à la France de garder ces pseudo-victoires prestigieuses dans la capitale.

  • The person who wrote this is imagining that he is superior to the others whom he calls racists, white supremacists, xenophobes. But the author is calling other people names. The person who wrote this also sees a humantarian world where all persons are equal. These two thoughts are opposites and create great angst in the mind of the person who wrote this and all who accept it’s premise. The threat to mankind and the planet is in THINKING. Thinking that we are separate from each other. The solution is seeing your brother as yourself. As Martin Luther King said: « Nonviolence means avoiding not only external physical violence but also internal violence of spirit. You not only refuse to shoot a man, but you refuse to hate him. »
    I think Martin Luther King would not concern himself with the statues, but with the people around them. And his words of love would rise above both the hate and thejudgment.

  • La personne qui a écrit cela imagine qu’il est supérieur aux autres qu’il appelle les racistes, les suprématistes blancs, les xénophobes. Mais l’auteur appelle le nom d’autres personnes. La personne qui a écrit cela voit aussi un monde humantarien où toutes les personnes sont égales. Ces deux pensées sont contraires et créent une grande angoisse dans l’esprit de la personne qui a écrit ceci et tous ceux qui l’acceptent sont les prémisses. La menace pour l’humanité et la planète est en PENSION. En pensant que nous sommes séparés l’un de l’autre. La solution est de voir votre frère comme vous-même. Comme l’a dit Martin Luther King: la non-violence signifie éviter non seulement la violence physique externe, mais aussi la violence interne de l’esprit. Non seulement vous refusez de tirer sur un homme, mais vous refusez de le haïr.

    Je pense que Martin Luther King ne s’intéresserait pas aux statues, mais aux gens qui les entouraient. Et ses paroles d’amour se lèveraient au-dessus de la haine et du jugement.

    Pardonnez mon français élémentaire.

  • I was surprised to see the reference to Petain Street in Ellwood City, PA, which is not too far from my house. The street is about 2 blocks long! Ellwood City is an old industrial town, not very large, and I’d be shocked if most of the residents have the least idea of the history of Marshal Petain. It’s not practical to rename every street according to whether the person it is named for is currently revered or disdained. Let’s not accord obscure street names with more importance than they deserve. BTW there is also a city named Versailles in PA, which is pronounced Ver-sails by the locals, and a city of DuBois, which is pronounced Due-boys.

  • If I’m understanding Alexander Uff’s line of thinking, he feels that statues of anyone whose ideologies or admirations towards those who are racist, fascist or discriminating of people, should be removed. So, we should take down George Washington and Thomas Jefferson because they were slave owners, Woodrow Wilson because he was a racist, and Winston Churchill because he admired Benito Mussolini (it’s true), correct? It doesn’t matter that they were the Founding Fathers of our country, helped develop the United Nations, or someone whose legacy reminds us of freedom?

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